Covid-19 : l’OIM craint une instrumentalisation de la crise contre les migrants

Photo : OIM

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L’Agence des Nations Unies pour les migrations (OIM) redoute une instrumentalisation de la crise du coronavirus dirigée contre les migrants. « Le débat sur l’immigration sera toujours un débat polarisé », a reconnu jeudi António Vitorino, le Directeur général de l’OIM, lors d’un point de presse virtuel organisé depuis Genève. La propagande anti-migrants se nourrit des angoisses suscitées par la pandémie du Covid-19 et risque de polariser davantage la question migratoire après la pandémie, a affirmé M. Vitorino. « Et c’est un de nos soucis, mais ça nous (encourage) à tenir bon, à tenir notre cap, comme nous l’avons toujours tenu », a-t-il souligné. Autre préoccupation relevée par le chef de l’OIM : les « exigences accrues en matière de santé pour l’immigration » après cette pandémie. Les systèmes d’identification de problèmes sanitaires seront probablement étendus. « Dans plusieurs Etats dans le monde, nous avions déjà un système d’identification sanitaire des migrants (« screening »), surtout pour la malaria, la tuberculose ou le VIH/Sida », a rappelé le Directeur général, qui anticipe déjà d’autres « exigences accrues en matière de contrôle sanitaire pour l’immigration régulière ».للغة العربية، أنقر هنا

Médecins et soignants étrangers en première ligne face à l’épidémie

Pour l’OIM, la crise du coronavirus ne doit pas réduire les voies légales pour les migrants, ni favoriser le recours à la clandestinité. « Mon souci, c’est que si on ferme les voies légales d’immigration, le regroupement familial, le travail saisonnier, mais aussi les accords bilatéraux d’immigration de travail, nous aurons une forte pression pour les autres voies d’accès aux pays développés », a alerté M. Vitorino, évoquant « une menace à l’intégrité et à la dignité des migrants mêmes ».

Les populistes ont déjà exploité la crise sanitaire pour amplifier davantage leurs discours xénophobes et faire entendre davantage. « C’est évident que les forces populistes qui font des migrants un bouc-émissaire de tous les problèmes sociaux dans les pays développés sont en train de mener une campagne, pour profiter de la pandémie pour approfondir cette ligne anti-immigrant, raciste, xénophobe contre les migrants », a déploré le chef de l’OIM. Le Directeur général estime que laisser prospérer de tels discours de haine et « faux récits » xénophobes sans réponse, risque également de saper la réponse sanitaire au Covid-19.

  1. Vitorino rappelle que les travailleurs migrants représentent un pourcentage important des travailleurs du secteur de la santé dans de nombreux pays développés, notamment au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Suisse. « Il y a des signes qui montrent que les migrants sont essentiels à la vie des communautés des pays d’accueil », a-t-il ajouté.

Mais les discours populistes ciblent les migrants comme porteurs de maladies. Une propagande qui pourrait déstabiliser la sécurité des pays par des bouleversements sociaux et économiques après la crise du Covid-19, en supprimant des emplois essentiels dans l’agriculture et dans les secteurs des services où les migrants sont nombreux, a-t-il poursuivi.

Le débat sur les bénéfices de l’immigration est toujours là

De façon générale, l’OIM rappelle que de nombreux migrants vivant dans des conditions déjà difficiles ou effectuant un travail saisonnier sont désormais sans emploi. D’autres sont dans l’impossibilité d’accéder aux services les plus élémentaires en raison de leur statut juridique, par crainte de poursuites judiciaires ou d’expulsion. Ces migrants se retrouvent bloqués dans les pays d’accueil, en transit ou aux frontières.

De plus, les envois de fonds par les migrants ont déjà connu une baisse de 30 % pendant la pandémie, rappelle M. Vitorino, citant des données de la Banque mondiale. Environ 20 milliards de dollars n’ont pu être envoyés à leurs familles dans des pays où jusqu’à 15 % du produit intérieur brut (PIB) provient des gains gagnés à l’étranger.

« On est à un carrefour », a déclaré M. Vitorino, insistant sur « les signes très contradictoires » au sujet du narratif sur les migrants. « Donc le débat et le combat pour l’acceptation des bénéfices de l’immigration est toujours là », a-t-il fait remarquer. « Je ne sais pas quel sera la tendance à venir. Mais à nous de garder notre position de principe et la défense des objectifs d’une organisation comme l’OIM », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, l’agence onusienne s’attend pour les années à venir à un effet « durable » des applications de traçage sur la mobilité. Les contrôles sanitaires de migrants vont aussi probablement s’étendre, situation qui pourrait favoriser la clandestinité.

L’OIM appelle les Etats à ne pas oublier les migrants dans leur réponse à la pandémie

« Il est tout à fait clair que la santé est la nouvelle richesse et que les préoccupations de santé seront introduites dans les systèmes de mobilité – pas seulement pour la migration – mais dans l’ensemble. Lorsque l’on voyage pour des raisons professionnelles ou d’affaires, la santé sera la nouvelle monnaie d’échange en ville », a insisté M. Vitorino.

Selon le chef de l’OIM, une trentaine de pays ont déjà lancé des applications de traçage des cas de Covid-19. Mais « quelle que soit la solution », celle-ci ne doit pas être prise « dans l’urgence de la lutte contre la pandémie » pour exclure certains pays et certaines personnes de la mobilité internationale. « Et si la pandémie actuelle conduit à un système de mobilité à deux ou même trois niveaux, alors nous devrons essayer de résoudre le problème – le problème de la pandémie – mais en même temps nous avons créé un nouveau problème d’aggravation des inégalités », a-t-il dit.

Plus largement, M. Vitorino appelle les Etats à ne pas oublier les migrants dans leur réponse à la pandémie. Comme le montre la seconde vague d’infections à Singapour, la santé de ces personnes « est dans l’intérêt de l’ensemble de la communauté ».

L’OIM réitère son inquiétude pour le sort de plusieurs milliers de migrants bloqués par le Covid-19 aux frontières et qui n’ont souvent pas accès aux soins. Certains tentaient de rentrer dans leurs pays d’origine et d’autres étaient en transit vers leurs pays de destination. Pour l’OIM, il est important que les gouvernements autorisent un accès humanitaire et à la santé.

A noter que dans les camps dont l’OIM a la responsabilité, quelque 200 cas de coronavirus ont été observés en Grèce. Pour l’agence onusienne, la prévention de la propagation du Covid-19 reste la priorité pour éviter de nouvelles infections dans le millier de camps qu’elle gère à travers le monde.

آلاف المهاجرين العالقين عبر العالم يتعرضون لمخاطر صحية واجتماعية كبيرة جراء جائحة كورونا

تقطعت السبل بآلاف المهاجرين في جميع أنحاء العالم، وهم يواجهون خطر الإصابة بفيروس كوفيد-19 على نحو متزايد. هذا ما أوضحه المدير العام للمنظمة الدولية للهجرة التابعة للأمم المتحدة، يوم الخميس، في مؤتمر صحفي افتراضي من جنيف.

وأكد أنطونيو فيتورينو أن “الصحة هي الثروة الجديدة”، مستشهداً بمقترحات بعض البلدان لإدخال ما يسمى بجوازات الحصانة واستخدام تطبيقات الهاتف المحمول المصممة لمنع انتشار فيروس كورونا المستجد، لكنه حذر من أن تلك التدابير قد تهدد المساواة بين مهاجرين.

وأوضح أنطونيو فيتورينو ردّا على أسئلة صحفيين خلال المؤتمر الصحفي عبر الفيديو، أن القيود المفروضة على السفر لمحاولة الحد من تفشي الجائحة جعلت المهاجرين أكثر ضعفاً من أي وقت مضى وغير قادرين على العمل لإعالة أنفسهم.

قلق إزاء ظروف المهاجرين

قال رئيس المنظمة فيتورينو، إن “هناك الآلاف من المهاجرين الذين تقطعت بهم السبل في جميع أنحاء العالم. في جنوب شرق آسيا، وشرق أفريقيا، وفي أمريكا اللاتينية بسبب إغلاق الحدود وفرض قيود السفر. وأراد الكثير من المهاجرين الذين كانوا في حالة تنقل، العودة وذلك بعد الجائحة”.

وبحسب منظمة الهجرة، تقطعت بهم السبل بهؤلاء، وتم حظر بعضهم في مجموعات كبيرة والبعض الآخر في مجموعات صغيرة في المناطق الحدودية في ظروف بالغة الصعوبة، بدون إمكانية الحصول على الحد الأدنى من الرعاية، وخاصة الفحص الصحي. وقد أعرب فيتورينو عن قلقه إزاء ذلك بقوله، “هذا مصدر قلق كبير بالنسبة لنا، وقد طلبنا من الحكومات السماح للعاملين في المجال الإنساني والعاملين الصحيين بالوصول إلى هذه المجموعات الكبيرة من المهاجرين الذين تقطعت بهم السبل”.

وأشارت المنظمة الدولية للهجرة أيضا في البيان، إلى قلقها بشأن المهاجرين العالقين في الصحاري، حيث تم ترحيل البعض منهم دون مراعاة للإجراءات القانونية الواجبة أو التخلي عنهم للمهرّبين عبر غرب ووسط وشرق أفريقيا.

حاجة ماسة للدعم الصحي

ومن أجل مساعدتهم في هذا الصدد، يواصل موظفو الوكالة الأممية إجراء عمليات البحث والإنقاذ في الصحراء، وتوفير المأوى والمساعدة الصحية والدعم لمئات المهاجرين العالقين، في كل أسبوع.

وأصر فيتورينو على أن تشمل الأولويات الفورية للمهاجرين، ضمان حصولهم على الرعاية الصحية وغيرها من مساعدات الرعاية الاجتماعية الأساسية في بلدهم المضيف.

ومن بين المخاوف المباشرة الأخرى للوكالة، هي منع تفشي عدوى فيروس كورونا المستجد في أكثر من 1100 مخيم التي تديرها المنظمة في جميع أنحاء العالم.

وذلك يشمل مجمع كوكس بازار في بنغلاديش، وهو موطن لحوالي مليون من الروهينجا من ميانمار، معظمهم فروا من الاضطهاد الذي شبّه بالتطهير العرقي من قبل  المفوض السامي السابق لمفوضية حقوق الإنسان، زيد رعد الحسين.

المنظمة تتحدى الصعوبات من أجل تأمين الأساسيات

أكد رئيس المنظمة إنه حتى الآن لم يتم الإبلاغ عن حالات إصابة، مضيفا أنه تم إعلام مئات الآلاف من سكان المخيم بالإجراءات الوقائية، بينما تم تعزيز القدرات الطبية.

أما بالنسبة لوضع المهاجرين في المخيمات في البر الرئيسي اليوناني، فالمنظمة الدولية للهجرة لا تعمل في الجزر التي يعيش فيها مهاجرون ولاجئون يعبرون مياه شرق البحر الأبيض المتوسط من تركيا، ومع ذلك تم التعرف على حوالي 200 حالة إصابة بالفيروس.

وصف رئيس المنظمة، تدابير التباعد الاجتماعي بأنها “لا يمكن تصورها”، وأضاف أن “الحصول على المياه والصرف الصحي يمثل تحديا كبيرا”.

عوامل كثيرة تهدد الأمن الصحي والاجتماعي

وبالانتقال إلى المهاجرين الفنزويليين، الذين يعتقد أن عددهم يبلغ حوالي خمسة ملايين وسط تفاقم الأزمة الاقتصادية في البلاد. وأوضح فيتورينو أن “الآلاف فقدوا وظائفهم في دول مثل الإكوادور وكولومبيا، ويعودون إلى فنزويلا في حشود كبيرة دون أي فحص صحي وتطبيق للحجر الصحي عليهم عند عودتهم”.

وأكد أنه بالإضافة إلى التهديد الصحي المباشر لعدوى فيروس كورونا، يواجه المهاجرون أيضا وصما متزايدا يحتاجون إلى الحماية منه. وشدد على أن السماح بخطاب الكراهية وروايات كره الأجانب بالتزايد دون التصدي لها، يهدد أيضا بتقويض استجابة الصحة العامة للجائحة. وأشار إلى أن العمال المهاجرين يشكلون نسبة كبيرة من قطاع الصحة في العديد من البلدان المتقدمة، بما في ذلك المملكة المتحدة والولايات المتحدة وسويسرا.

يمكن أن تؤدي الروايات الشعبوية التي تستهدف المهاجرين بصفتهم حاملين للفيروس، إلى زعزعة الأمن القومي من خلال الاضطرابات الاجتماعية والانتعاش الاقتصادي للبلدان بعد كوفيد-19، عن طريق إزالة العمال المهمين في مجال الزراعة وصناعات الخدمات، وفقا للمدير العام للمنظمة الأممية.

انخفاض ملحوظ بالتحويلات المالية نتيجة الجائحة

أوضح فيتورينو مشيرا لبيانات البنك الدولي، إلى أن التحويلات المالية قد شهدت بالفعل انخفاضا بنسبة 30 في المائة خلال فترة الجائحة، مما يعني أن حوالي 20 مليار دولار لم يتم إرسالها إلى عائلاتهم في البلدان التي يأتي فيها ما يصل إلى 15 في المائة من إجمالي الناتج المحلي من حزم الأجور المكتسبة خارج البلاد.

وفي نداء من أجل إيلاء صحة المهاجرين نفس القدر من الاهتمام لصحة السكان المضيفين في جميع البلدان، لاحظ رئيس المنظمة أيضا أن الحكومات التي لا تراقبهم، تخاطر بضرورة استئناف تدابير الإغلاق. كما حذر من أنه في المستقبل، قد تكون القيود على السفر المتعلقة بالصحة الأشد وطأة، وقد تنطوي على ممارسة تمييز غير متناسب ضد العمال المهاجرين.

وقال فيتورينو: “في الكثير من بلدان العالم، لدينا بالفعل نظام فحوصات لتحديد صحة المهاجرين، وخاصة الملاريا والسل والإيدز وفيروس نقص المناعة البشرية، والآن أعتقد أنه سيكون هناك طلب متزايد على الضوابط الصحية”.

الصحة هي الثروة الجديدة

ومن الواضح تماما أن “الصحة هي الثروة الجديدة وأنه سيتم إدخال المخاوف الصحية في أنظمة التنقل- ليس فقط للهجرة – ولكن ككل. حيث يكون السفر لأسباب تجارية أو مهنية، فإن مفهوم الصحة الجديد سيغير كل شيء في المدينة”، كا جاء على لسان فيتورينو.

وأكد أن مثل هذه الظروف الصحية قد تترك بعض الدول وبعض الأفراد مستبعدين من الحركة الدولية. وقال: “إذا أدت الجائحة الحالية إلى نظام تنقل من مستويين أو حتى ثلاثة مستويات، فسيتعين علينا محاولة حل أزمة الجائحة، ولكننا في الوقت نفسه قد أوجدنا مشكلة جديدة لتفاقم التفاوتات”.

المنظمة بحاجة ماسة إلى الدعم المادي والتعاون

جزء من العمل الأساسي للمنظمة الدولية للهجرة هو العودة الطوعية للمهاجرين الذين يواجهون صعوبات، بما في ذلك المتضررون من الجائحة كـوفيد-19. وللقيام بذلك، تطلب الوكالة التمويل وتعمل بالشراكة مع الحكومات التي تطلب المساعدة.

لدى المنظمة طلبات من عدد من دول في المنطقة، للمساعدة في إعادة هؤلاء المهاجرين إلى بلدانهم الأصلية، سواء كانت موزمبيق أو ملاوي أو زيمبابوي أو نيجيريا. فالمنظمة تعمل إلى حد كبير على أساس المشاريع، لذلك أشار رئيس المنظمة فيتورينو في البيان إلى أنه ليس لدى المنظمة القدرة المالية لمساعدة البلدان على إعادة مواطنيها ما لم يكن هناك تمويل متاح للقيام بذلك.