Covid-19 : 1,37 milliard d’enfants et de jeunes affectés par la fermeture des établissements scolaires

Photo : UNESCO

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Alors que la fermeture d’établissements scolaires à cause de la pandémie de Covid-19 concernent près de 80% des écoliers et étudiants dans le monde, l’UNESCO a organisé une réunion en ligne de ministres de l’éducation qui ont échangé des informations sur les mesures déployées dans leurs pays pour aider les enseignants, les parents et les élèves à faire face à l’apprentissage à domicile. « La responsabilité d’agir est collective », a déclaré la Directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Audrey Azoulay, en ouvrant la réunion qui a eu lieu lundi 23 mars.

La cheffe de l’UNESCO a annoncé la création prochaine d’une « Coalition mondiale de l’éducation Covid-19 » afin de mobiliser davantage l’expertise de multiples partenaires et de renforcer le soutien aux réponses éducatives nationales.

Au cours des dix derniers jours, le nombre de jeunes touchés par les fermetures d’écoles et d’universités dans 138 pays a presque quadruplé pour atteindre 1,37 milliard, ce qui représente plus de 3 enfants et jeunes sur 4 dans le monde. En outre, 60,3 millions d’enseignants ne sont plus en classe.

Appuyer les enseignants et les familles

Alors qu’au début de la fermeture des écoles, l’accent était mis sur le déploiement de solutions d’apprentissage à distance, il est mis désormais sur le soutien aux enseignants et aux familles.

« Plus que jamais, les apprenants ont besoin d’être accompagnés tant sur le plan scolaire qu’émotionnel », a déclaré Stefania Giannini, Sous-Directrice générale de l’UNESCO pour l’éducation.

« Il s’agit d’un signal d’alarme pour les systèmes d’enseignement qui doivent consacrer des efforts particuliers aux compétences socio-émotionnelles – l’empathie et la solidarité », a-t-elle déclaré.

 « Nous ne pouvons pas remplacer la présence des enseignants et les relations pédagogiques mais nous n’avons pas le choix et devons faire de notre mieux pour soutenir les chefs d’établissement, les enseignants, les parents et les apprenants tout en assurant leur sécurité », a déclaré la Ministre italienne de l’éducation Lucia Azzolina. « Nous utilisons les outils des médias sociaux pour maintenir en vie la relation entre les enseignants et les élèves et entretenir leur motivation ».

Le Costa Rica utilise ainsi ces outils pour relayer des plans de lecture quotidiens aux élèves et aux parents.  Il lance un défi aux élèves, celui de concevoir des campagnes pour contenir la propagation de la pandémie.

Le Ministre iranien de l’éducation, Mohsen Haji Mirzaie, a décrit pour sa part un « nouveau triangle d’apprentissage reliant enseignants, parents et élèves » via des classes virtuelles soutenues par des réseaux sociaux.

En plus des plateformes virtuelles, tous les pays utilisent la télévision publique pour offrir des cours aux élèves et étudiants ainsi que des formations aux enseignants.

« Seuls 60% des jeunes ont accès à Internet, nous avons donc dû proposer un mélange d’enseignement à distance et de télévision ouverte pour atteindre tout le monde », a expliqué le Ministre mexicain de l’éducation, Esteban Moctezuma Barragán, qui a ajouté que son pays étudiait également des stratégies pour atteindre les enfants ayant des besoins spécifiques.

Autonomiser le enseignants

Si la durée des fermetures d’écoles reste incertaine, les pays concentrent leurs efforts sur l’autonomisation des enseignants.

« Nous sommes très attachés à donner aux professeurs la responsabilité du processus d’apprentissage et à offrir des cours d’apprentissage virtuel », a déclaré la Vice-ministre du Costa Rica, Melania Brenes.

La Ministre croate des sciences et de l’éducation, Blaženka Divjak, a partagé l’approche de son pays qui a d’abord privilégié les contenus sur mesure pour les enseignants. L’État accroît maintenant son soutien pour les aider à développer des matériels d’apprentissage de manière indépendante, à s’approprier le processus et à se sentir à l’aise dans un environnement numérique.

Lutter contre les inégalités

Plusieurs ministres ont évoqué les mesures à prendre pour lutter contre les inégalités. L’Italie a annoncé une enveloppe de 85 millions d’euros afin de soutenir l’enseignement à distance pour 8,5 millions d’élèves et d’étudiants et améliorer la connectivité des réseaux dans les régions enclavées.

Le Pérou a traduit des contenus dans dix langues autochtones et a développé des supports sur les aspects socio-émotionnels de l’éducation pour aider les apprenants à faire face à l’isolement.

Le Ministre de l’éducation du Nigeria, Adamu Adamu, a appelé à une extension nationale du programme de l’UNESCO « L’école vient au-devant des élèves » qui utilise la technologie pour atteindre les filles et les femmes non scolarisées dans le nord-est du pays.

La généralisation soudaine de l’enseignement à distance crée de nouveaux défis. Le Ministre égyptien Tarek Shawki a appelé à une action autour de la gouvernance de « l’océan numérique de matériels qui ne sont pas accrédités par le ministère ou par des institutions crédibles ».

Le Ministre français de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a souligné la nécessité d’une collaboration mondiale autour de la réglementation appropriée des fournisseurs d’apprentissage numérique. Il s’agit, a-t-il expliqué, de garantir le respect des règles relatives à la collecte, à la gestion et à l’utilisation des données, en particulier les données personnelles des enfants et des jeunes.

Parallèlement, plusieurs ministres ont souligné que la crise actuelle ouvrait également la voie à une nouvelle réflexion sur la pratique de l’éducation.

« Nous avons fait plus de progrès avec l’apprentissage numérique et à distance ces dix derniers jours qu’au cours des dix dernières années. Il ne fait aucun doute que cette crise va changer notre façon de penser l’offre d’éducation à l’avenir », a déclaré M. Shawki, tandis que son homologue français soulignait l’impact des nouvelles approches et mentalités : « L’éducation, a-t-il dit, est une réponse clé à la crise et à la reconstruction de nos sociétés par la suite ».

Le Ministre Koichi Haguida du Japon a noté que les fermetures d’école avaient permis d’améliorer les mécanismes nationaux de protection de l’enfance. Tout en faisant montre de la plus extrême prudence, il a indiqué que son pays envisageait la rentrée des classes pour le mois prochain, début de la nouvelle année scolaire, en étroite coordination avec les experts de la santé.

Faisant le point sur la pandémie qui touche désormais 200 pays, Khassoum Diallo, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a souligné que la préparation devait être renforcée dans tous les pays. Il a insisté sur la nécessité d’adopter des approches intersectorielles.