Sauvegarder la planète oui, mais pas au prix du développement, avertissent les pays du Sud au troisième jour du débat général

Photo : 74ème session de l'Assemblée générale de l'ONU

Photo : 74ème session de l’Assemblée générale de l’ONU

Près d’une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement et de hauts responsables se sont succédé au podium de marbre vert de l’Assemblée générale durant cette troisième journée du débat général, dont la sobriété protocolaire n’aura été interrompue que le temps pour le Président salvadorien de prendre un selfie à l’entame de son allocution et pour les partisans du Président de la République démocratique du Congo, le premier à prendre pacifiquement les rênes du pouvoir depuis l’indépendance du pays, de l’acclamer depuis la salle.  Toutefois, l’heure n’était pas aux réjouissances dans l’enceinte de l’Assemblée, où de nombreuses délégations ont appelé à raviver l’action climatique dans la foulée du Sommet Action Climat 2019, organisé en début de semaine par le Secrétaire général de l’ONU. « Les changements climatiques ne sont pas seulement une question politique, pour nous, ils sont une question de survie », a ainsi martelé le Roi des Tonga, M. Tupou VI.  Bien que les petits États insulaires du Pacifique comme le sien ne contribuent qu’à moins de 1% au réchauffement planétaire, M. Tupou VI et ses homologues de Sao Tomé-et-Principe, des Comores et de la Micronésie ont tous réaffirmé leur engagement à respecter l’Accord de Paris.  Signé en 2015, ce dernier vise à limiter le réchauffement global à 1,5 degré Celsius par le biais de mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre, en vue d’atteindre l’objectif de neutralité carbone.

Soucieux de préserver l’Accord de Paris, plusieurs pays en développement ont souligné les efforts qu’ils déploient pour réaliser ces objectifs au niveau national.  Le Vice-Président de la Côte d’Ivoire, M. Daniel Kablan Duncan, a notamment indiqué que son pays s’était doté d’une stratégie de lutte contre les changements climatiques 2015-2020, afin de réduire de 28% ses émissions d’ici à 2030.  À l’instar d’autres dirigeants, il a toutefois souhaité que ces efforts soient davantage soutenus financièrement par les pays développés et émergents.

C’est également le sens du message livré dans la matinée par le Président de la République démocratique du Congo (RDC).  « La nature a fait de mon pays le dépositaire de 47% des forêts du continent, a relevé M. Félix Tshisekedi, soulignant la responsabilité majeure de son pays pour la survie de la planète.  Mais la préservation de notre patrimoine naturel ne saurait se faire « au détriment du développement » et de l’industrialisation du pays, a-t-il prévenu, jugeant « incompréhensible » que les forêts du bassin du Congo ne captent que 1% des financements disponibles.  Pour y remédier, le Président a proposé d’amender l’architecture du Fonds monétaire international (FMI), afin qu’il prenne davantage en compte la donne environnementale dans son analyse des critères et défis macroéconomiques.

En réponse à ces différents appels, plusieurs pays développés ont insisté sur leurs efforts pour débloquer des ressources.  L’enveloppe de 200 millions d’euros allouée pour la période 2021-2025 aux activités de lutte contre les changements climatiques dans les pays en développement illustre bien notre solidarité internationale, a ainsi estimé le Premier Ministre du Luxembourg, M. Xavier Bettel.  Entre autres initiatives, M. Bettel a cité deux projets novateurs de finance verte, dont le « Luxembourg Green Exchange », première plateforme mondiale de cotation dédiée exclusivement aux obligations vertes, et la « Climate Finance Plateform », chargée d’accroître l’effet de levier sur les investissements privés en faveur de projets climatiques.  À sa suite, le Premier Ministre de la Belgique, M. Charles Michel, a invité les États Membres à ne pas céder à la peur, à la colère ou au « catastrophisme ».  Le tout est de reconnaître avec « lucidité » le diagnostic climatique, a-t-il dit, faisant écho aux propos livrés quelques minutes plus tôt par le Président du Conseil européen de l’Union européenne, M. Donald Tusk.  Ce dernier a en effet appelé les hommes politiques à arrêter de « répandre des mensonges » pour accéder ou se maintenir au pouvoir et à cesser de « courtiser des dictateurs », au profit d’une défense de la vérité et de la liberté de la presse.  Dans le cas contraire, les dirigeants de ce monde risquent, selon M. Tusk, de passer dans l’histoire « non pas pour des héros mais pour des faussaires ».

La réforme de l’ONU, sujet récurrent du débat général, était également à l’honneur.  Le monde change et l’Assemblée générale continue, toujours la même depuis 74 ans, a critiqué le Président d’El Salvador, M. Nayib Bukele, jugeant cette dernière obsolète.  « Nous pouvons l’ignorer et attendre de subir le même sort que Kodak ou que les dinosaures », s’est-il impatienté.  Même ton d’agacement chez le Président de la Sierra Leone, M. Julius Maada Bio, s’agissant de la réforme du Conseil de sécurité.  « L’Afrique demeure la seule région sans représentation dans la catégorie des membres permanents, et elle est également sous-représentée dans celle des non permanents », a-t-il déploré.  Selon le Chef de l’État, le « bon sens » voudrait pourtant que l’Afrique dispose de deux sièges permanents, ainsi que d’une voix égale dans les processus décisionnels relatifs à la paix et à la sécurité internationales.

La séance d’aujourd’hui a justement été marquée par les discours de parties à des conflits, à commencer par le Président de l’État de Palestine.  M. Mahmoud Abbas a notamment décrié l’annonce par le Premier Ministre Netanyahu, une semaine avant les récentes élections israéliennes, de sa volonté d’annexer en cas de victoire la vallée du Jourdain, le nord de la mer Morte et les colonies de peuplement israéliennes.  « Nous rejetons totalement ce plan illégal », a déclaré M. Abbas, accusant les États-Unis d’avoir enhardi Israël dans son entêtement à violer tous les accords conclus avec la Palestine.  Pour sa part, le chef de la diplomatie israélienne, M. Israël Katz, a appelé l’Autorité palestinienne à arrêter d’encourager et de financer le terrorisme et à reconnaître le droit du peuple juif à son propre État.  Il a demandé aux Palestiniens de revenir à des négociations directes « sans aucune précondition ».

Avec véhémence, le Ministre des affaires étrangères de l’Arabie saoudite, M. Ibrahim Bin Abdulaziz Al-Assaf, a accusé le régime iranien d’être responsable des attaques du 14 septembre contre ses infrastructures pétrolières, puis demandé à l’ONU d’adopter une réponse « ferme et unifiée ».

Sur une note plus positive, le Président de la Somalie a estimé que son pays était « le parfait exemple du succès que peut produire le système multilatéral ».  Les progrès vers la reconstruction avancent à grands pas, a assuré M. Mohamed Abdullahi Mohamed, en évoquant les élections législatives et présidentielle de 2021.  À son tour, la Présidente de l’Éthiopie, Mme Sahle-Work Zewde, a salué le chemin parcouru ces dernières années par la Somalie, qui consolide aujourd’hui selon elle ses institutions.  Dans le même temps, la menace des Chabab subsiste dans le pays et dans toute la région, a-t-elle nuancé, appelant à éviter toute retour en arrière sur les progrès réalisés grâce à la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et aux forces armées somaliennes.  De même, leur homologue djiboutien, M. Ismaïl Omar Guelleh, s’est félicité de la poursuite du « mouvement salutaire vers la paix » dans la Corne de l’Afrique, avant de saluer les « bonnes nouvelles » en provenance du Soudan voisin.