Cinq questions pour un défenseur de l’éducation des jeunes

Photo  : UNESCO

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Rencontre avec Robert Napier de Malte, un représentant des jeunes et des étudiants à la Réunion mondiale sur l’éducation 2018. Jeune leader passionné, il est Président de l’Union des étudiants d’Europe (ESU). Robert est engagé dans le mouvement étudiant depuis plus de quatre ans et a participé au Conseil national des étudiants de Malte en qualité de commissaire en charge de la politique sociale, Secrétaire général et Président. Ses principaux domaines d’action au sein de l’ESU sont la dimension sociale (notamment les Objectifs de développement durable), le Groupe de suivi de Bologne, la coopération avec d’autres organismes tels que le Conseil de l’Europe, EUROSTUDENT, le Groupe E4 et l’UNESCO, ainsi que le secteur européen de l’éducation.

En marge de sa participation à la manifestation « Une éducation de qualité pertinente, équitable et inclusive pour tous : un impératif pour le XXIe siècle » au Forum politique de haut niveau à New York le 15 juillet, Robert a répondu à cinq questions sur le point de vue des jeunes au sujet de l’Objectif de développement durable 4.

En quoi pensez-vous que le droit à l’éducation est aujourd’hui menacé ?

Les menaces qui pèsent sur l’éducation sont nombreuses : de la privatisation du secteur aux inégalités en matière d’accès et d’achèvement, en passant par les limites imposées à la liberté académique et à l’autonomie institutionnelle, pour n’en citer que quelques-unes. L’éducation est un droit humain fondamental, et pourtant, nombreux sont ceux qui refusent toujours de voir cette réalité. En créant des obstacles à l’accessibilité, aussi bien directs qu’indirects, nous empêchons les individus d’atteindre leur potentiel et d’être des catalyseurs du changement dans ce monde. Le droit à l’éducation ne devrait dépendre de la taille du porte-monnaie ni du milieu socio-économique de personne, et nous devons donc poursuivre notre lutte pour faire en sorte que l’éducation soit perçue comme un bien public pour lequel les gouvernements doivent prendre les responsabilités nécessaires.

L’UNESCO est en train d’élaborer une convention mondiale qui aidera à améliorer la mobilité des étudiants et la reconnaissance de leurs qualifications à l’étranger – en quoi pensez-vous que cela aidera les jeunes ?

De nos jours, la mobilité est un outil essentiel pour favoriser un dialogue constructif dans un environnement multiculturel. Les compétences et la compréhension interculturelles, ainsi que les valeurs et les principes démocratiques et les compétences linguistiques, sont indispensables dans le monde globalisé et nécessaires à la construction d’une société où tous les individus puissent vivre ensemble pacifiquement. Je crois que cette convention mondiale aidera à améliorer la qualité de l’éducation en élargissant les perspectives internationales et en faisant circuler les connaissances, ainsi qu’en renforçant la compréhension interculturelle, indépendance et les compétences transversales chez les étudiants.

Qu’est-ce que l’inclusion dans l’enseignement supérieur signifie pour vous ?

L’inclusion a de nombreuses facettes, mais malheureusement, nous ne faisons souvent que gratter la surface et pensons parler d’inclusion holistique. Tout d’abord, l’inclusion dans l’enseignement supérieur suppose de supprimer les obstacles à l’accès et à la transition, ainsi que les obstacles qui existent ou qui coexistent quotidiennement au sein de la société de l’enseignement supérieur. Pour parler d’inclusion holistique, l’inclusion et la participation des étudiants, ainsi que de leurs représentants, doivent être assurées à tous les niveaux de la communauté éducative. Il s’agit de fournir un appui au logement, le cas échéant, des informations pratiques et un soutien au processus d’adaptation, ce qui suppose des activités et des mesures d’intégration de qualité afin de promouvoir l’inclusion de tous les individus, quels que soient leur profil ou leur milieu.

Nous ne sommes pas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de l’éducation – à votre avis, quelle devrait être la priorité pour y arriver ?

Le fait de prendre conscience que nous ne sommes pas sur la bonne voie est déjà une étape très importante, car il n’y a rien de pire que d’être déconnecté de la réalité. Je pense que nous devons commencer par mettre l’accent sur le soutien entre pairs d’un pays à l’autre. Nous devons être assez courageux pour réaliser qu’admettre que nous ne sommes pas sur la bonne voie n’est pas quelque-chose de honteux, mais plutôt quelque-chose dont nous devrions nous servir pour apprendre les uns des autres. Certains pays ont fait de grands progrès en matière d’éducation, et d’autres se sont trop concentrés sur des sujets futiles qui ne résolvent pas l’ensemble du problème. Personnellement, je pense que notre objectif premier devrait consister à ne laisser personne de côté, ce qui suppose de faire beaucoup d’efforts pour réduire les inégalités qui existent et donner à chacun le droit d’accéder à une éducation de qualité. Nous devons axer les mentalités sur l’éducation. Selon moi, l’ODD 4 est le plus important de tous les ODD, car ce n’est que par le pouvoir de l’éducation que nous pouvons remédier à tous les autres problèmes. Ainsi, si vous me demandez, je dirais le cas échéant, abandonnez tout le reste et concentrez l’énergie de tous sur la création d’une éducation de qualité. Le reste des Objectifs seront atteints par la transformation que l’éducation aura suscitée.

Que peuvent faire les jeunes pour inciter les gouvernements à maintenir le cap ?

Les jeunes et la société civile en général jouent un rôle crucial pour surveiller et garder le contrôle sur les actions des gouvernements. J’encourage vivement les jeunes à rejoindre les OSC et à agir de manière holistique. En tant que jeune, je comprends la difficulté de garder espoir, en particulier en ces temps agités où rien ne semble aller. Cependant, rappelez-vous que votre voix est importante et forte. Cela n’en a peut-être pas l’air, mais nous sommes la voix la plus forte et les gouvernements nous écoutent lorsque nous parlons. Ne laissez aucun gouvernement vous convaincre que vous êtes l’avenir – vous êtes le présent, et les seuls à avoir suffisamment d’énergie, de détermination et de pouvoir pour amener les bons changements. Ce que nous semons aujourd’hui, nous en récolterons les fruits demain – alors faisons en sorte de devenir de meilleurs êtres humains et de préparer un monde meilleur pour nous aujourd’hui, et pour nos enfants demain.