Forum politique de haut niveau: la science, la technologie et l’innovation examinées comme des vecteurs du développement durable à privilégier

Photo : ONU

Photo : ONU

Le Forum politique de haut niveau pour le développement durable, placé sous les auspices du Conseil économique et social (ECOSOC), a achevé sa première semaine de travaux en examinant, ce matin, le rapport du quatrième Forum de collaboration multipartite sur la science, la technologie et l’innovation (STI) pour la réalisation des objectifs de développement durable. Les premiers jours du Forum politique étaient surtout consacrés à des discussions thématiques et à l’évaluation de l’état de mise en œuvre des six objectifs de développement durable qui sont au programme de cette session 2019, lancée mardi dernier.  Ce matin, les participants ont échangé leurs avis sur les principales observations et conclusions du Forum STI, qui s’est tenu les 14 et 15 mai derniers à New York, insistant pour la plupart sur les pratiques et mesures pouvant renforcer le rôle des STI dans la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Ils ont, en même temps, rappelé l’importance du Mécanisme de facilitation des technologies et son rôle dans le renforcement des capacités des pays qui sont à la traîne.

L’assistance a, dans un premier temps, entendu la présentation du rapport du Forum STI par la Représentante permanente de la Barbade auprès des Nations Unies, qui était coprésidente de l’édition 2019 du Forum STI.  Mme Elizabeth Thompson a ainsi rappelé que les participants au Forum ont examiné les difficultés rencontrées dans la réalisation des objectifs de développement durable nos 4, 8, 10, 13 et 16, lesquels sont également au menu des travaux du Forum politique.

Lors du débat du Forum STI, a indiqué Mme Thompson, il a été mis en évidence la nécessité d’établir un mécanisme de financement international destiné à soutenir les petites et moyennes start-ups du secteur de la technologie et les jeunes esprits brillants et créatifs, ainsi qu’à renforcer les compétences humaines grâce à de nouveaux laboratoires de fabrication de type « fab labs » et centres d’apprentissage technologiques, où les innovateurs pourraient mettre à l’essai et commercialiser leurs produits et services.

Le Forum STI a également encouragé à répondre aux besoins des petits États insulaires en développement (PEID) et autres petits pays en développement et à chercher des solutions qui permettent à ces pays de mieux tirer parti des technologies.  Le but est d’utiliser celles-ci au service du développement dans ces pays et en même temps de les inciter à créer eux-mêmes de telles technologies.

Dans ce contexte, la République dominicaine a plaidé pour plus de soutien à la recherche menée dans les petits pays en développement qui risquent d’être laissés sur le côté dans un environnement mondial marqué par des évolutions fulgurantes dans le secteur de l’innovation.  C’est fort de ce constat que la Chine a aussi insisté pour renforcer les capacités de ces pays, avant de promettre que « 5 000 ressortissants de pays en développement seront bientôt formés en Chine dans les domaines liés aux STI ».

Mme Thompson a ensuite rappelé que le Mécanisme de facilitation des technologies est actuellement le premier instrument multipartite du système des Nations Unies chargé de promouvoir les applications dans les domaines des STI à l’appui des objectifs de développement durable.  Les organisateurs des conférences et manifestations tenues au sein du système des Nations Unies ou en dehors pourraient donc s’associer au Forum STI et envisager d’y présenter une synthèse de leurs constatations dans le domaine des STI.

Elle a ensuite souligné que la volonté politique et le rôle mobilisateur de la communauté scientifique continuent d’être d’une importance capitale.  Les participants au Forum STI ont d’ailleurs préconisé un appui technique et financier à la plateforme en ligne du Mécanisme, afin de la rendre pleinement opérationnelle.  Des améliorations continuent d’être apportées au prototype de cette plateforme, faisant naître un nombre croissant de partenariats visant à la développer davantage, à la mettre à jour et à garantir son bon fonctionnement.  Néanmoins cette plateforme en ligne, créée dans le cadre du Programme 2030, a besoin du soutien accru des donateurs, du secteur privé, des organisations internationales et d’autres acteurs pour atteindre sa phase finale.

Le coprésident du Groupe consultatif de 10 membres auprès du forum STI, qui est aussi Directeur exécutif chargé des affaires politiques et mondiales à la « National Academy of Sciences, Engineering and Medicine » des États-Unis, M. Vaugham Turekian, a aussi insisté sur l’importance de cette plateforme numérique pour promouvoir les échanges entre scientifiques du monde.  Un autre membre de ce Groupe consultatif a appuyé cette idée.  Selon M. Paulo Gadelha, qui est également coordonnateur de la stratégie FIOCRUZ relative au Programme 2030 à la Fondation brésilienne Oswaldo Cruz (FIOCRUZ), la communauté internationale se doit de financer cette plateforme en ligne pour qu’elle soit pleinement opérationnelle.

Toujours en se basant sur le rapport du Forum STI, Mme Thompson a appelé à une coopération internationale sensiblement renforcée en matière de recherche, d’infrastructures d’accès et de capacités, afin de combler le fossé technologique existant entre les pays comme à l’intérieur des États, ainsi que les écarts entre hommes et femmes et entre groupes sociaux.  Cette coopération doit ainsi contribuer à éviter de faire des « laissés-pour-compte de la technologie ».  Il faudra, pour ce faire, pouvoir compter sur des approches multipartites et sur l’appui du système des Nations Unies.

À ce propos, plusieurs orateurs ont déploré le fossé numérique entre les genres.  En plus de cela, le rapport souligne qu’au niveau mondial, les femmes consacrent deux fois plus de temps que les hommes au travail non rémunéré.  Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), chaque jour, le temps de travail non rémunéré des femmes représente 12 milliards d’heures, soit quelque 2,1 milliards d’emplois.  Ces contributions non rémunérées, quoique vitales, ne sont généralement pas prises en compte dans les statistiques officielles ni dans le calcul du produit intérieur brut (PIB) et les politiques économiques.  Il importe donc de les reconnaître et de combler ce manque de données substantiel.

Le Ghana a noté que, pour améliorer cette participation des femmes, il faut déjà veiller à combler le manque de données sexospécifiques, notamment dans les domaines liés aux STI.  De son côté, l’Union européenne a dit être déjà à pied d’œuvre pour éliminer les inégalités de genre dans la recherche et pour promouvoir les connaissances autochtones.

En revanche, le grand groupe des femmes a relevé que dans les Caraïbes, les femmes font face à de nombreux obstacles et ne peuvent pleinement bénéficier de formations dans les domaines des STI.  Il faut donc faciliter l’intégration des femmes dans ces secteurs, en commençant par les familiariser aux disciplines scientifiques dès l’école primaire, a suggéré le groupe.

Des « feuilles de route » sont nécessaires, selon le rapport du Forum STI, tant au niveau national qu’au niveau infranational, pour mettre les STI au service des objectifs de développement durable.  Il faut aussi les assortir de « plans d’action » connexes et, idéalement, de « mesures de suivi » des progrès.  Tous ces outils doivent être alignés sur les stratégies de développement nationales et mondiales.  Pour y arriver, il importe donc de forger de nouveaux partenariats et de mobiliser davantage la communauté scientifique, les bailleurs de fonds, les milieux universitaires et le secteur privé.

Tous ces acteurs doivent tout de même garder à l’esprit que la promotion de la science ne doit pas se faire sans conscience, ont souligné quelques intervenants ce matin.  En effet, le rapport insiste sur un équilibre entre l’utilisation responsable et éthique des technologies, d’une part, et les préoccupations liées à l’imposition de restrictions « excessives » à l’innovation qui pourraient priver l’humanité de nombreux bienfaits, d’autre part.  À cette fin, le rapport préconise de procéder à des évaluations éthiques, pragmatiques et fondées sur des faits, inspirées des valeurs consacrées par la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Document final de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable et le Programme 2030.

C’est ainsi que le Mexique a demandé de veiller à ce que les nouvelles technologies ne renforcent pas les inégalités, alors que la Représentante permanente de la République tchèque auprès des Nations Unies, l’une des coprésidentes du Forum STI de 2019, Mme Maria Chatardová, a salué la réussite de ce Forum qui a donné lieu à pas moins de 35 évènements parallèles, et pour la première fois à un débat ministériel.  Le Mexique s’est tout de même interrogé sur l’opportunité d’organiser concurremment la sixième session de la Plateforme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe (GP2019), qui s’est tenue du 13 au 17 mai 2019 à Genève.

En tout état de cause, le Président de l’Institut des stratégies pour l’environnement mondial du Japon, M. Kazuhiko Takeuchi, a estimé qu’il est désormais urgent d’établir un plan de route pour les STI et établir une franche collaboration entre pays développés et pays en développement.  Tout en appelant, elle aussi, à la collaboration, la Présidente de la Fédération mondiale des organisations d’ingénieurs, Mme Marlene Kanga, a fait part de sa surprise de voir que le domaine de l’ingénierie a été oublié des délibérations du Forum STI.

Autre grande oubliée, la moitié de la population mondiale n’a pas accès à Internet, a fait remarquer l’Union internationale des télécommunications (UIT), en soulignant pourtant que le marché de la communication mobile va bientôt atteindre un chiffre d’affaires de 4 600 milliards de dollars, selon les prévisions pour les prochaines années.  Pour l’UIT, il faut absolument éviter que le fossé numérique ne se creuse pendant que le marché de l’innovation s’étend.

Sur une note plus optimiste, le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) a dit que son agence souhaite faciliter le développement, le transfert et l’utilisation des technologies propres aux pays en développement.  Même son de cloche chez la Banque islamique de développement (BID) qui a créé une plateforme numérique liée aux STI pour ses 57 États membres.  La Banque met également à disposition des crédits dédiés aux starts-ups qui évoluent dans des domaines liés aux objectifs de développement durable.  Les Émirats arabes unis ont aussi pris les devants en investissant dans les technologies futuristes, a expliqué leur représentante qui, a évoqué l’existence de bourses pour les innovateurs de pays en développement.

Le Forum politique de haut niveau a également tenu, ce matin, un débat sur l’objectif 13 de développement durable portant sur les « mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques ».  Dans l’après-midi, les participants ont échangé sur le bilan de la mise en œuvre de l’objectif 16 de développement durable qui porte sur la question « paix, justice et institutions efficaces ».

Le programme des travaux prévoit pour la semaine prochaine le débat ministériel du Forum politique, du mardi 16 au jeudi 18 juillet, ainsi que 47 examens nationaux volontaires.  Le Forum politique de haut niveau reprendra ses travaux lundi 15 juillet à 9 heures, en commençant par une table ronde sur le financement des objectifs de développement durable.