Conférence du désarmement : Guterres plaide pour une nouvelle vision sur la maîtrise des armements

Photo : ONU

Devant la Conférence du désarmement à Genève, le chef de l’ONU a appelé lundi les Etats-Unis et la Russie à préserver Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) menacée d’une possible disparition. « Les nations doivent désarmer ou périr ». La phrase du Britannique Robert Cecil, l’un des architectes de la Société des Nations, est gravée dans le marbre au-dessus de l’entrée de la Salle du Conseil du Palais des Nations qui abrite la Conférence du désarmement. Une maxime qui n’a pas échappé à António Guterres qui l’a rappelé de manière directe aux Etats participant ce lundi à la conférence.

« La situation est particulièrement dangereuse en ce qui concerne les armes nucléaires » a déclaré d’emblée le Secrétaire général des Nations Unies. Le 2 février, les Etats-Unis sont sortis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. La Russie a annonce le même jour qu’elle suspendait sa participation à ce traité.

« Si elle était autorisée, la disparition du FNI rendrait le monde plus fragile et instable », a alerté M. Guterres soulignant qu’une telle insécurité et instabilité seraient « vivement ressenties ici en Europe ».

Dans ce contexte, le chef de l’ONU a mis en garde contre toute volonté d’un brusque retour en arrière. « Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de revenir à la compétition nucléaire effrénée des jours les plus sombres de la guerre froide », a-t-il averti, insistant sur l’importance de préserver ce traité.

  1. Guterres a demandé à Washington et Moscou de réviser le traité de réduction de leurs capacités nucléaires (New START) avant son expiration en 2021 pour diminuer davantage leurs stocks.

Selon le Secrétaire général, New START est le seul instrument juridique international qui limite la taille des deux plus grands arsenaux nucléaires du monde. Ses dispositions en matière d’inspection constituent d’importantes mesures de confiance qui profitent au monde entier. Il a ainsi exhorté les gouvernements américain et russe « à utiliser le temps qu’offre la prorogation du traité pour envisager de nouvelles réductions de leurs arsenaux nucléaires stratégiques ».

« Je rêve du jour où ces accords bilatéraux deviendront multilatéraux », a-t-il fait valoir dans l’enceinte du désarmement à Genève.

Le système international de maîtrise des armements « s’effondre »

Le processus bilatéral de maîtrise des armements entre la Russie et les États-Unis est l’une des caractéristiques de la sécurité internationale depuis 50 ans. Grâce à leurs efforts, les stocks mondiaux d’armes nucléaires sont aujourd’hui moins d’un sixième de ce qu’ils étaient en 1985.

« Cet héritage est en grand danger », a mis en garde M. Guterres.  Le régime de maîtrise des armements et de désarmement repose sur la mise en œuvre de bonne foi des dispositions et sur une vérification et application rigoureuses de leur respect. Plus généralement, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires demeure un pilier essentiel de la paix et de la sécurité internationales et le fondement du désarmement et de la non-prolifération nucléaires.

Face à ce scénario préoccupant et à l’effondrement des « principaux éléments de l’architecture internationale de maîtrise des armements », le chef de l’ONU a plaidé pour une nouvelle vision de la maîtrise des armements dans le contexte complexe de la sécurité internationale actuelle.

Car sur le terrain, l’utilisation continue des armes chimiques en toute impunité est à l’origine d’une nouvelle prolifération. Des milliers de civils continuent de mourir à cause d’armes légères illicites et de l’utilisation dans les zones urbaines d’armes explosives conçues pour des champs de bataille ouverts. « Les nouvelles technologies d’armement intensifient les risques d’une manière que nous ne comprenons pas encore et que nous ne pouvons même pas imaginer », a fait remarquer M. Guterres. Or dans le même temps, les États cherchent la sécurité non pas dans la valeur collective avérée de la diplomatie et du dialogue, mais dans la mise au point et l’accumulation de nouvelles armes.

La Conférence du désarmement doit « se remettre au travail »

Un effort sur ces différentes composantes fait partie de l’initiative pour le désarmement lancée l’année dernière par le Secrétaire général à Genève. Intitulé Assurer notre avenir commun, ce programme comprend 40 engagements spécifiques en faveur du désarmement. « Cette vision devrait servir de pont entre les leçons du passé et les défis émergents du XXIe siècle », surtout face à des États membres qui ne peuvent pas laisser le monde « somnoler dans une nouvelle course aux armements nucléaires ». M. Guterres a instamment invité les gouvernements à prendre des mesures décisives pour sauvegarder et préserver le système existant.

Reste que « l’unique instance multilatérale de la communauté internationale pour les négociations sur le désarmement n’a entrepris aucune négociation sur cette question en 20 ans », a dit le Secrétaire général. En conséquence, les négociations relatives à la maîtrise des armements se déroulent de plus en plus souvent dans d’autres instances, y compris à l’Assemblée générale ou hors du cadre de l’ONU.

Face à ce constat, M. Guterres a invité la Conférence du désarmement à démontrer qu’elle peut apporter de la valeur ajoutée au système multilatéral. « Vous devez vous remettre au travail », a-t-il dit, rappelant que pour la première fois depuis de nombreuses années, « la maîtrise des armements et le désarmement font la une, pour de mauvaises raisons ».

Alors que les principaux acquis de la diplomatie internationale est gravement menacé, le Secrétaire général a plaidé pour « une action décisive ». Si l’ONU doit prêter main-forte, il a néanmoins insisté sur le fait que c’est aux États membres qu’il revient de créer une dynamique et une stratégie.

« Il nous faut agir sans délai », a conclu M. Guterres. « L’histoire de cette salle vient nous rappeler que l’incapacité du Conseil de la Société des Nations à s’attaquer aux problèmes de sécurité les plus pressants de l’époque a compté pour beaucoup dans le fait qu’il a perdu sa raison d’être », a-t-il rappelé.