Face aux inégalités croissantes, l’ONU se bat pour un monde plus équitable

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Photo : ODD 10

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 – le plan d’action des Nations Unies pour un avenir meilleur et plus durable pour tous – appelle à une réduction des inégalités entre les pays et au sein de ceux-ci. Néanmoins, les inégalités mondiales augmentent. Alors, que peut-on faire?

L’inégalité, un « déséquilibre enraciné »

La question de l’inégalité a été soulevée à plusieurs reprises par l’ONU en janvier. Lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a souligné que les progrès technologiques et la mondialisation ont engendré des « améliorations fantastiques » dans de nombreux domaines mais qu’ils ont aussi augmenté les inégalités et marginalisé des millions de personnes.

Lise Kingo, à la tête du Pacte mondial des Nations Unies, qui soutient les efforts du secteur privé pour un commerce responsable et équitable, note qu’en 2018, « un petit groupe de personnes s’enrichit de manière exponentielle alors que des milliards d’autres sont laissés pour compte dans la pauvreté ».

Les inégalités ne sont pas seulement en hausse, elles sont aussi représentatives d’un « déséquilibre enraciné », souligne Richard Kozul-Wright, expert de la mondialisation et haut-fonctionnaire à la CNUCED, l’agence onusienne pour le commerce et le développement.

Dans un entretien accordé à ONU Info, M. Kozul-Wright souligne que les taux d’emploi théoriquement élevés dans de nombreuses économies masquent le fait que les salaires et les conditions de travail ne s’améliorent pas et que les salaires stagnent depuis une décennie, tandis que les dividendes sur les participations sont repartis à la hausse, profitant aux détenteurs d’actifs financiers. Il a tenu ces propos après la publication en janvier du rapport sur la Situation et les perspectives de l’économie mondiale en 2019 (WESP), qui montre une croissance inégale (entre les Etats et au sein même de chaque pays) qui n’est pas présente là où elle est le plus nécessaire.

L’intelligence artificielle va-t-elle détruire ou transformer nos emplois ?

Début 2019, le rôle de la technologie dans le monde du travail et son impact sur les inégalités ont attiré de plus en plus d’attention. L’Organisation internationale du Travail (OIT) a publié un rapport historique en janvier : la Commission mondiale sur l’avenir du travail. Cette étude a conclu que les innovations technologiques offrent « d’innombrables possibilités » aux travailleurs, mais a averti que, si ces technologies ne sont pas déployées dans le cadre d’un programme centré sur l’homme basé sur l’investissement dans les personnes, les institutions axées sur le travail et un emploi décent et durable, « nous courons le risque de nous diriger aveuglement vers un monde qui élargit les inégalités et les incertitudes existantes ».

L’intelligence artificielle (IA) est l’une des principales innovations technologiques mentionnées dans le rapport et suscite une grande attention dans les médias. Un rapport de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), publié à la fin du mois de janvier, fait état d’un « bond en avant » dans les brevets liés à l’AI, suggérant que cette dernière pourrait bientôt « révolutionner tous les domaines de la vie quotidienne au-delà du monde de la technologie ».

L’IA inspire autant d’enthousiasme que de peur, évoquant un monde dystopique dans lequel de plus en plus de travail est effectué par des machines, où la société est divisée entre une petite élite super-riche et le reste, une masse de personnes au chômage qui n’ont aucune perspective de trouver du travail.

Kriti Sharma ne voit pas les choses de cette façon. Elle a été reconnue par l’ONU comme une jeune leader sur la question des Objectifs de développement durable, en reconnaissance de son travail visant à faire en sorte que l’IA contribue à créer un monde meilleur et plus équitable, par le biais de son organisation AI For Good. Mme Sharma est également membre de Sage Future Makers Lab, un organisme qui fournit aux jeunes du monde entier un apprentissage pratique leur permettant d’entreprendre une carrière dans l’intelligence artificielle.

Dans un entretien avec ONU Info, Mme Sharma a reconnu que les personnes vivant dans des pays qui se situent du mauvais côté de la fracture numérique (avec un accès moindre aux données) seront désavantagées. Elle a fait référence à des études montrant qu’une fracture entre les sexes se profilait et que les femmes sont deux fois plus susceptibles de perdre leur emploi au profit de l’automatisation, en raison du type de travail dans lequel elles sont impliquées. « Nous devons veiller à donner aux gens suffisamment de possibilités de se requalifier, sans quoi nous créerons davantage d’inégalités », a-t-elle dit.

Cependant, Mme Sharma pense que l’un des plus gros risques est de ne pas adopter cette technologie et de ne pas donner aux gens les compétences nécessaires pour l’utiliser pour résoudre des problèmes mondiaux. Elle a exposé trois manières de faire en sorte que l’IA crée un monde plus juste.

Tout d’abord, il est important qu’un groupe varié de personnes de divers horizons créent cette technologie, des personnes qui « comprennent la société, les décideurs ». Le deuxième point consiste à faire en sorte que l’intelligence artificielle soit utilisée pour résoudre les « vrais problèmes » tels que l’accélération des Objectifs de développement durable, en réorientant l’énergie, la recherche et le financement vers ce domaine. Enfin, il convient de convenir de normes internationales afin de s’assurer que la technologie que nous créons soit utilisée de manière sûre et conforme à l’éthique pour le monde.

Pas de progrès sans coopération internationale

Alors, quel est le moyen de sortir du « déséquilibre enraciné » de l’inégalité ? Pour l’ONU, mettre davantage l’accent sur la coopération internationale est une partie importante de la solution. Le rapport sur la Situation et les perspectives de l’économie mondiale en 2019 conclut que, au niveau international, une « stratégie de coopération globale et à long terme pour la politique mondiale » constitue le moyen de réduire les inégalités de revenus et prévient qu’un « retrait du multilatéralisme entraînera de nouveaux revers pour ceux qui sont déjà laissés pour compte ».

Comme le Secrétaire général l’a dit à Davos, une réponse coordonnée et globale est le seul moyen de lutter contre les inégalités, car « nous devons travailler ensemble. Il est impossible de trouver des solutions isolées aux problèmes auxquels nous sommes confrontés, ils sont tous liés entre eux ».