Rosemary DiCarlo parle des crises à surveiller en 2019


En décembre 2018, Rosemary DiCarlo USG aux affaires politiques, visite un centre de formation pour les anciens rebelles des FARC en Colombie

Alors que le monde et les Nations Unies font face à de multiples crises, ONU Info a rencontré la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Rosemary DiCarlo, qui nous explique son rôle et les crises à surveiller en ce début d’année. « Mon rôle est double. Le premier consiste à aider à résoudre les conflits et à prévenir les conflits. Notre rôle au sein du Département des affaires politiques – qui deviendra bientôt Affaires politiques et consolidation de la paix – est très axé sur la prévention des conflits. Et nous travaillons sur un éventail de questions, dont beaucoup ne sont pas portées devant le Conseil de sécurité. Notre objectif est d’aider à les résoudre avant qu’elles ne viennent au… Conseil », a-t-elle dit lors de cet entretien.

C’est la première fois, à ce poste, qu’elle couvre le monde entier. « En tant qu’adjointe à la mission américaine auprès des Nations Unies, j’ai beaucoup travaillé sur des questions soumises au Conseil de sécurité », souligne-t-elle. « Mais là où je me trouve maintenant, c’est d’autant plus compliqué qu’il faut un ensemble de compétences différent pour travailler avec autant d’individus et de pays pour pouvoir aider à résoudre un problème particulier ou parvenir à un accord sur des questions spécifiques ».

Selon Mme DiCarlo, plusieurs crises sont à surveiller en ce début d’année, en particulier le Yémen, la Syrie, la crise des réfugiés rohingyas, et la Colombie.

Yémen

Les images d’enfants yéménites affamés ont bouleversé le monde l’an dernier, alors que plus de huit millions de Yéménites sont au bord de la famine, dont 1,8 million d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë.

La situation humanitaire au Yémen est dramatique en raison des destructions et des pertes en vies humaines depuis 2011. Dans ce contexte, l’ONU est heureuse de voir les deux parties en conflit – le gouvernement et les rebelles houthis – unir leurs efforts en Suède en décembre 2018 pour discuter de la fin du conflit.

Il y a maintenant des observateurs de l’ONU sur le terrain [dirigés par le général néerlandais à la retraite Patrick Cammaert] pour surveiller les éventuelles violations du cessez-le-feu dans la ville portuaire de Hodeïda, et pour aider à ouvrir des passages pour que l’aide puisse être reçue dans ce port et distribuée dans d’autres régions du pays.

Selon, Mme DiCarlo, l’accord de cessez-le-feu n’est qu’un début : « Il reste encore beaucoup à faire pour résoudre le conflit au Yémen, mais c’est un très bon début ». Elle attribue ces progrès aux bons offices de l’Envoyé spécial Martin Griffiths.

Syrie

Après près de huit ans de guerre, plus de 13 millions de personnes ont besoin d’aide, dont 6,1 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et 5,5 millions de personnes réfugiées en Iraq, en Jordanie, au Liban et en Turquie.

« La Syrie nous occupe depuis longtemps et nous n’avons pas vraiment avancé sur la question d’un processus politique, mais notre intention est de continuer à soutenir ces efforts », a déclaré Mme DiCarlo.

À partir de janvier, les efforts de négociation diplomatique sous l’égide de l’ONU seront dirigés par Geir Pederson, qui succède à Staffan de Mistura.

Les dernières discussions ont porté sur l’élaboration d’une nouvelle Constitution plus inclusive dans la Syrie de l’après-guerre, qui a fait l’objet de consultations intensives entre trois pays très investis dans l’avenir de la Syrie – l’Iran, la Russie et la Turquie.

La nouvelle année apporte de nouvelles inconnues, dont la récente annonce par les États-Unis du retrait de leurs troupes de Syrie, et ce que cela signifie pour le conflit et pour les personnes affectées.

La crise des réfugiés rohingyas

« Nous n’avons pas vu de progrès, ni de conditions propices au retour des réfugiés, à la fois en termes de configuration physique et de garanties politiques », a déclaré Mme DiCarlo à ONU Info sur la situation des réfugiés rohingyas qui ont fui le Myanmar pour le Bangladesh.

En vertu d’un accord conclu entre les deux pays, des milliers de réfugiés qui ont fui à partir d’août 2017 devaient rentrer au Myanmar en novembre 2018. Mais personne n’a voulu le faire par crainte de l’armée du Myanmar et d’autres groupes accusés de génocide.

L’ONU a nommé un Envoyé spécial chargé de collaborer avec le gouvernement du Myanmar afin de renforcer la coopération pour faire face à cette crise. Christine Schraner Burgener a rencontré Aung San Suu Kyi et d’autres hauts responsables gouvernementaux. Sa tâche consiste à travailler avec le gouvernement pour tenter de résoudre les problèmes en suspens et l’aider à mettre en place un cadre permettant le retour des réfugiés, a précisé Mme DiCarlo.

Colombie

En 2016, les rebelles des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont déposé les armes après 50 ans d’un conflit sanglant qui a tué plus de 260.000 personnes et déplacé environ sept millions de personnes.

Mme DiCarlo s’est rendue en Colombie au début du mois de décembre et a rencontré des anciens combattants devenus parlementaires, tailleurs, boulangers et enseignants.

« Les Nations Unies ont aidé ces communautés à développer leurs moyens de subsistance afin qu’elles puissent se détourner des activités du mouvement auquel elles appartenaient », a-t-elle déclaré. « J’ai vu un certain nombre de FARC à présent à l’Assemblée législative qui sont très fiers d’un groupe qui prend des décisions concernant l’avenir du pays ».

L’ONU affirme que le processus de réintégration a progressé mais reste complexe : « Il reste encore beaucoup à faire, mais je pense que l’ONU peut être fière du rôle qu’elle a joué pour aider à la conclusion d’un accord, mais aussi pour vérifier sa mise en œuvre », dit la cheffe des affaires politiques des Nations Unies.

Dans le cadre de cet accord, une cour spéciale examine les crimes flagrants commis pendant le conflit et une commission de la vérité mise en place en mai espère aider les victimes à surmonter le traumatisme du conflit. « Beaucoup de gens sont extrêmement reconnaissants de voir que la violence qu’ils ont subie est terminée. Bien que des groupes criminels soient toujours à l’origine de la violence, il s’agit d’un processus à long terme », a déclaré Mme DiCarlo.