Assemblée générale: La Palestine, État non membre observateur, accède à la présidence du « Groupe des 77 et la Chine » pour 2019

Pour la première fois dans l’histoire des Nations Unies, un État non membre observateur, la Palestine, accède à la présidence d’un groupe, le « Groupe des 77 et la Chine », pour 2019.  L’Assemblée générale aura dû passer par un vote pour octroyer à l’État palestinien « des droits et privilèges supplémentaires ». C’est par 146 voix pour, l’opposition de l’Australie, des États-Unis et d’Israël et 15 abstentions, que la résolution, présentée par l’Égypte, a été adoptée, accordant à l’État de Palestine les droits de faire des déclarations au nom du Groupe des 77 et la Chine, y compris parmi les représentants de grands groupes; de formuler des propositions et amendements et de les présenter au nom du Groupe; et de se porter coauteur de propositions et d’amendements; et d’expliquer les votes au nom des États Membres du Groupe.  L’État de Palestine pourra aussi exercer un droit de réponse au sujet des positions du Groupe, soulever des motions de procédure, y compris des motions d’ordre, et demander la mise aux voix de propositions.

Ces droits valent pour les travaux de l’Assemblée générale mais aussi pour les conférences internationales convoquées sous ses auspices ou ceux d’autres organes de l’ONU, ainsi que pour les conférences des Nations Unies pendant toute l’année 2019.  L’Assemblée reconnaît ainsi le droit de chaque groupe de déterminer les modalités de sa représentation et de sa direction.  Les Ministres des affaires étrangères du Groupe des 77 ont élu, le 27 septembre dernier, l’État de Palestine à la présidence de leur Groupe pour 2019.

C’est par la résolution A/RES/67/19 du 29 novembre 2012 que l’Assemblée générale a accordé à la Palestine le statut d’«  État non membre observateur » auprès de l’ONU, sans préjudice des droits et privilèges acquis et du rôle de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), en sa qualité de représentante du peuple palestinien.  Trois ans plus tard, l’État de Palestine et le Saint-Siège, au statut identique, obtenaient par la résolution A/RES/69/320 du 10 septembre 2015, l’autorisation de hisser leur drapeau dans les différents sièges des Nations Unies.

La Palestine est membre du Groupe des 77 depuis 1976, a rappelé l’Égypte, Présidente actuelle du Groupe et selon laquelle l’héritage de son rassemblement est inextricablement lié à celui de l’ONU, puisque l’« on peut dire, sans risque d’exagérer, que ce que l’ONU a pu accomplir au cours des 50 dernières années dans le domaine du développement, aura été, d’une manière ou d’une autre, inspiré, fondé, modelé et soutenu par le Groupe ».

Le statut d’État non membre observateur et ses droits et privilèges varient d’un organe de l’ONU à l’autre.  C’est donc après des consultations avec le Secrétariat des Nations Unies qu’il a été convenu qu’une résolution était nécessaire, une résolution « technique et procédurale », a précisé l’Égypte.  L’Allemagne a d’ailleurs salué le fait que la résolution limite les droits et privilèges à la durée du mandat, tout en soulignant que son vote favorable ne signifie en rien une reconnaissance de l’État de Palestine.  La même précision a été apportée par les Pays-Bas et le Royaume-Uni, ce dernier ajoutant que la seule manière de donner au peuple palestinien l’État qu’il mérite et au peuple israélien la paix à laquelle il a droit, c’est une solution négociée.

L’Observateur permanent de l’État de Palestine a rendu hommage aux 146 États qui ont voté en faveur de la résolution, un vote qui représente le multilatéralisme sous son meilleur jour.  L’État de Palestine, a-t-il promis, ne ménagera aucun effort pour se montrer à la hauteur de cette confiance, en s’engageant de façon constructive, inclusive et transparente avec tous les partenaires, en vue de faire avancer la coopération et les accords mutuellement bénéfiques pour le bien commun de toute l’humanité.

Cette résolution prouve que le Groupe des 77 est utilisé à des fins politiques pour les intérêts d’un seul État, a tranché Israël, devant un texte qui constitue une violation du Règlement intérieur de l’Assemblée générale.  Israël a dénoncé ces « tentatives constantes » de modifier le Règlement pour servir la cause d’un État observateur, au détriment de l’Organisation tout entière.  Il a tout de même espéré qu’en 2019, la Palestine se gardera de manipuler le Groupe des 77.  Nous nous opposons à la résolution parce que nous ne reconnaissons pas l’État de Palestine, ont commenté les États-Unis.  Depuis des décennies, ont-ils argué, nous ne ménageons aucun effort pour faciliter les négociations israélo-palestiniennes et mettre fin au conflit, ce qui est également vrai aujourd’hui. Les États-Unis ont prévenu qu’ils comptent bien, chaque fois que la Palestine prendra la parole, rappeler qu’ils ne la reconnaissent pas en tant qu’État.

Il est tout à fait inapproprié, ont poursuivi les États-Unis, qu’un État observateur représente un groupe de pays aux Nations Unies.  Les États-Unis ont souligné qu’ils n’ont aucune « obligation contractuelle » vis-à-vis de la Palestine, rappelant leur opposition constante au changement de statut de l’Autorité palestinienne et à son adhésion aux différents traités.  Pour faire la paix, il faut avoir le courage de s’assoir et de consentir à des compromis, ont tranché les États-Unis, estimant que ce qui s’est passé aujourd’hui est « exactement le contraire ».  Ils ont invité les responsables palestiniens à faire « ce qui est bien pour leur peuple » et à reprendre les pourparlers de paix avec Israël.

L’Australie, qui a également voté contre, s’est dit fidèle à sa position.  Les résolutions unilatérales ne résoudront pas les questions en suspens et seuls des pourparlers entre les deux parties permettront d’atteindre ce but, notamment la solution des deux États qu’elle appuie.  L’Australie a dit espérer qu’aucune partie n’exploitera le vote d’aujourd’hui pour des intérêts particuliers.

Avec 134 États, le « Groupe des 77 et la Chine » est la plus grande organisation intergouvernementale aux Nations Unies, représentant 80% de la population mondiale.  Il offre aux pays du Sud les moyens de faire avancer leurs intérêts économiques communs, de renforcer leur puissance de négociation et de promouvoir la coopération Sud-Sud.

Créé en 1964 par les signataires de la « Déclaration conjointe des 77 pays en développement » lors de la première session de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Groupe a ensuite adopté en 1967 « La Charte d’Alger » qui a instauré une structure institutionnelle permanente conduisant à la création de bureaux de liaison à Genève auprès de la CNUCED, à Nairobi auprès du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), à Paris auprès de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), et à Rome auprès de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds international de développement agricole (FIDA).  La « Charte d’Alger » a aussi conduit à la création du « Groupe des 24 » auprès des institutions de Bretton Woods à Washington.