La « diplomatie du développement » pour les peuples et la planète : un impératif arabe Par Abdallah Al Dardari

Photo : ESCWA/Dr Abdallah al Dardari

A l’occasion d’une réunion ministérielle des Nations Unies qui se tient à Doha, Qatar, du 13 au 15 décembre 2016, le Secrétaire exécutif adjoint de la commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), M. Abdallah Al Dardari, souligne l’importance de la « diplomatie du développement » dans le contexte du Programme de développement durable à l’horizon 2030, un plan adopté par les État membres de l’ONU pour atteindre 17  Objectifs du développement durable (ODD) d’ici quinze ans.

Les pays de la région arabe sont en conflit, directement ou indirectement. Des crises simultanées mettent en péril la réalisation des Objectifs du développement durable (ODD), mais comme nous pouvons en témoigner dans d’autres régions, travailler vers l’aboutissement de ces objectifs peut être une source de stabilité nationale et régionale.

En adoptant le Programme de développement durable à l’horizon 2030, la communauté internationale s’est entendu sur la priorité de mettre fin à toutes les formes de pauvreté en veillant à ne laisser personne de côté, de s’attaquer aux changements climatiques et de s’assurer l’appropriation du développement à travers la gouvernance participative. Les États Membres des Nations Unies, y compris ceux affectés par le fléau du conflit, sont devenus responsables pour l’accomplissement de cet impératif global.

Au vu des évènements accablants en Syrie, en Libye ou bien au Yémen, la région arabe doit s’unir pour atteindre « le développement en dépit du conflit ». Le Programme 2030, avec suffisamment d’attention et de ressources, peut créer une résistance et faire avancer ces pays sur de nouvelles voies. Au niveau national, les 17 ODD sont des biens publics qui ont le potentiel de mobiliser différents partis autour d’objectifs communs ; là où il n’est pas encore possible de parvenir à un accord politique, ces objectifs peuvent offrir une plateforme conviant ces partis autour de priorités économiques et sociales reconnues et approuvées.  Ainsi, en raison des efforts diplomatiques qui tardent à mettre fin aux violences, une nouvelle “diplomatie du développement » mérite d’être employée comme levier pour la paix et la réconciliation au sein et entre les nations.

Dans certains pays, ce processus est peut être le seul « dialogue national » qui existe et qui puisse conduire à une résolution pacifique. Par exemple, il est impressionnant de voir comment la mise en œuvre par la Colombie d’une stratégie nationale pour les ODD a coïncidé avec des pourparlers de paix et la signature d’un accord.  En effet, les dirigeants colombiens ont choisi d’aborder cet exercice en identifiant des cibles ayant un effet direct sur le processus de paix, et pouvant contribuer à rétablir la confiance entre non seulement divers groupes, mais aussi entre les citoyens et l’État. Pour cela, une commission interinstitutionnelle a été établie, avec des représentants de ministères, de municipalités, de la société civile, du milieu universitaire ainsi que du secteur privé. Quarante-sept cibles furent identifiées sur la base de leur impact direct sur le processus de paix, et 34 furent sélectionnées pour action multilatérale, étant donné les liens transnationaux entre la Colombie et ses pays voisins. Ceci illustre l’impératif de favoriser une collaboration régionale pour faire avancer l’agenda de la communauté internationale.

Au sein de la région arabe, la commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) a développé une approche pour identifier des interactions intersectorielles similaires afin d’appuyer les gouvernements.  Cela inclut une analyse des synergies et des compromis possibles entre les ODD qui met en avant qu’en cette ère de mondialisation, les pays en conflits ne souffrent pas seuls.

A Doha, la session ministérielle de la CESAO est l’opportunité de présenter ce plan, d’offrir une analyse plus en profondeur sur la philosophie de cette approche, son application pratique, et les instruments politiques qui permettront de mettre en œuvre cette stratégie. La région a désespéramment besoin de ces nouveaux instruments pour rebâtir ses infrastructures, préserver ses ressources naturelles, et protéger sa jeunesse.  Nous sommes convaincus qu’en mobilisant l’effort régional autours des 17 objectifs, nous pouvons nous départir des circonstances sombres actuelles et saisir cette opportunité de changement—un changement profond axé sur l’être humain et la planète. Un changement qui pourrait mettre fin aux conflits, mais sans lequel ils perdureront.

La politique économique du développement durable est claire mais c’est la volonté politique qui demeure incertaine. Les gouvernements qui ont approuvé le Programme de développement durable à l’horizon 2030 en sont responsables, y compris ceux en crise. Entre temps, le peuple et la classe politique en Colombie, avec leur programme de paix et de développement, nous ont offert une leçon importante. Le monde—et en particulier notre région—devrait suivre leur exemple et répondre aux attentes des peuples.

Les opinions exprimés sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux de la CESAO.