Propos du Secrétaire général adressés au 44e sommet du G7 La Malbaie, Canada, le 9 juin 2018

Photo : ONU Secrétaire général de l’ONU à son arrivée au Canada pour le Sommet du G7

Excellences, Je salue la décision que vous avez prise de placer les océans au cœur de vos débats. Les faits sont imparables : nos océans sont un dépotoir. Quelque 8 millions de tonnes de déchets plastiques aboutissent, chaque année, dans les océans. Si nous ne changeons pas nos habitudes, ces déchets pourraient, d’ici à 2050, dépasser en nombre celui de tous les stocks de poissons des océans. Déjà, les déchets plastiques sont présents dans les zones les plus reculées de la planète. Ils tuent la vie marine et nuisent gravement aux communautés qui dépendent de la pêche et du tourisme. Dans le Pacifique, la masse de matières plastiques s’étend sur une surface plus grande que la France.

C’est pourquoi, je salue la Charte sur le plastique, adoptée aujourd’hui. Pour autant, nous devons tous faire beaucoup plus – pas seulement dans la lutte contre les déchets plastiques, mais contre tous les fléaux qui accablent les océans. Car ne nous y trompons pas, nous sommes en guerre. Et nous perdons sur tous les fronts. La surpêche est en passe d’épuiser les stocks halieutiques. La pollution de la terre fait de nos côtes de vastes zones mortes. Près de 80 pour cent des eaux usées sont déversées, sans autre forme de traitement, dans la mer.

Et pour couronner le tout, les effets des changements climatiques s’aggravent. L’acidification des océans perturbe la chaîne alimentaire marine. La température des océans a atteint un niveau record, tuant les récifs coralliens, démultipliant la force et augmentant la fréquence des tempêtes.

Quarante pour cent des habitants de la planète vivent à moins de 100 kilomètres d’un rivage. La plupart d’entre eux sont exposés, non seulement aux tempêtes, mais également à l’élévation du niveau de la mer et à l’érosion du littoral. Des pays insulaires de faible altitude sont menacés par des inondations, tout comme le sont les principales villes côtières. En d’autres termes, les communautés côtières sont en danger, les océans sont submergés par une vague de pollution, la vie marine est en déclin et les changements climatiques ont des effets de plus en plus puissants.

Heureusement, nous avons un plan de bataille. Nous avons pour guides les objectifs de développement durable, et en particulier l’objectif 14, assorti de ses 10 cibles visant la lutte contre la pollution marine et l’acidification des océans, l’élimination de la surpêche et la protection des écosystèmes. Nous avons pour cadre juridique la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, sorte de Constitution des océans, à l’échelle planétaire.

L’an dernier, à la Conférence sur les océans, nous avons enregistré plus de 1 300 engagements et partenariats. Néanmoins, toutes ces initiatives et déclarations ne valent rien si nous ne reconnaissons pas que nous sommes en situation d’urgence mondiale. C’est ce qui explique ma présence aujourd’hui. Je suis ici pour tirer la sonnette l’alarme. Pour instiller un sentiment d’urgence réelle dans vos délibérations et dans vos décisions.

Plus que jamais, votre initiative est requise pour lutter contre la pollution d’origine terrestre ; pour créer des zones marines protégées ; pour reconstituer de manière durable les stocks de poissons ; pour renforcer la résilience des écosystèmes et communautés côtiers et, surtout, pour lutter contre les changements climatiques. Et au sujet de l’initiative, n’oublions pas que l’autonomisation des femmes et le leadership contribueront de manière essentielle à la préservation de l’environnement et à apporter des solutions. Si nous ne protégeons pas nos mers et nos océans, et si nous ne remportons pas la guerre que nous devons livrer aux changements climatiques, tous les postulats sur lesquels nous fondons nos politiques seront vidés de leur substance. Par conséquent, j’implore chacun d’entre vous de prendre au sérieux ces menaces faites à notre environnement planétaire et de comprendre que notre sécurité et notre avenir collectifs sont en jeu.

Je vous remercie.