Le nombre d’enfants réfugiés et migrants voyageant seuls multiplié par cinq depuis 2010 – UNICEF

Audio: Afshan Khan, Directrice régionale de l’UNICEF et coordonnatrice spéciale pour la crise des réfugiés et des migrants en Europe explique les causes de cette augmentation Crédit: ONU

À l’approche du Sommet du G7 prévu en Italie la semaine prochaine, le Fond des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) exhorte les dirigeants mondiaux à adopter un plan d’action en six points pour garantir la sécurité des enfants réfugiés et migrants.

Le nombre d’enfants réfugiés et migrants voyageant seuls a atteint un niveau historique dans le monde. D’après un nouveau rapport de l’UNICEF publié jeudi, ce nombre a presque quintuplé depuis 2010. Au moins 300.000 enfants non accompagnés et séparés ont été enregistrés dans environ 80 pays en 2015 et 2016, contre 66.000 en 2010 et 2011.

Selon l’agence onusienne, de plus en plus d’enfants empruntent seuls des chemins extrêmement dangereux pour fuir la violence, les conflits, la pauvreté et les désastres, en l’absence de voies migratoires légales. Ils se retrouvent alors souvent à la merci des passeurs et des trafiquants.

Le rapport de l’UNICEF précise que 200.000 mineurs non accompagnés de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord ont demandé l’asile dans 80 pays en 2015 et 2016 (dont 170.000 en Europe), tandis que 100.000 autres ont été appréhendés à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. En 2016 et durant les premiers mois de 2017, les enfants non accompagnés représentaient 92% du total des enfants arrivés en Italie par la mer.

L’étude montre également que les proportions les plus élevées d’enfants parmi les victimes de traite identifiées se trouvent en Afrique subsaharienne (64 %) et dans la région Amérique centrale et Caraïbes (62 %). Selon l’UNICEF, jusqu’à 20 % des passeurs sont liés à des réseaux de traite des personnes.

« Un enfant qui se déplace seul, c’est déjà un enfant de trop. Un nombre alarmant d’enfants est pourtant dans ce cas aujourd’hui et nous, en tant qu’adultes, ne parvenons pas à les protéger », a affirmé le Directeur général adjoint de l’UNICEF, Justin Forsyth, dans un communiqué. « Des passeurs et trafiquants sans pitié exploitent leur vulnérabilité à des fins personnelles et les aident à passer les frontières pour finalement les vendre comme esclaves ou les obliger à se prostituer. Il est inadmissible que nous ne protégions pas convenablement les enfants contre ces prédateurs ».

A cet égard, le rapport présente l’histoire de Mary, une mineure non accompagnée de 17 ans originaire du Nigéria, qui a personnellement vécu l’expérience traumatisante de la traite lors de son terrifiant voyage vers l’Italie via la Libye. Elle décrit le passeur devenu trafiquant qui lui a proposé son aide : « Il m’a dit que je serais bien traitée et en sécurité, mais tout n’était que mensonge ». Mary est restée bloquée en Libye pendant plus de trois mois où elle a été victime de maltraitance. « Il m’a dit que si je ne couchais pas avec lui, il ne m’emmènerait pas en Europe. Il m’a violée ».

Mettre fin à la détention des enfants migrants

Avec la publication de ce rapport, l’UNICEF appelle les gouvernements à adopter un plan d’action lors du sommet du G7 qui se tiendra la semaine prochaine à Taormina en Italie. Le but de ce plan est d’assurer le bien-être des enfants réfugiés et migrants, et de les protéger de l’exploitation et de la violence.

L’agence onusienne recommande notamment de mettre fin à la détention des enfants migrants ou demandant le statut de réfugié en proposant d’autres solutions pratiques. Elle demande également de préserver l’intégrité des familles, considérant qu’il s’agit du « meilleur moyen de protéger les enfants et de leur donner un statut juridique ». L’agence revendique pour tous les enfants réfugiés et migrants de leur donner les moyens d’apprendre et de se faire soigner.

L’UNICEF insiste pour que des mesures soient prises afin de combattre les causes sous-jacentes des mouvements massifs de réfugiés et de migrants. Le Fonds souligne la nécessité de « promouvoir des mesures de lutte contre la xénophobie, la discrimination et la marginalisation dans les pays de transit et de destination » et appelle « les citoyens à manifester leur solidarité envers les enfants déracinés par la guerre ».