Les populations les plus marginalisées du monde continuent d’être laissées pour compte, selon le PNUD

Photo : ONU

Bien que le développement humain moyen ait considérablement progressé dans toutes les régions entre 1990 et 2015, une personne sur trois dans le monde vit dans des conditions de développement humain faible, selon un nouveau rapport publié mardi par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). « Le monde a fait d’importants progrès. Il est parvenu à faire reculer l’extrême pauvreté, à améliorer l’accès à l’éducation, à la santé et à l’assainissement, et à élargir les possibilités ouvertes aux femmes et aux filles », a déclaré l’Administratrice du PNUD, Helen Clark, lors de la présentation du Rapport sur le développement humain 2016, à Stockholm, en Suède. « Ces progrès sont cependant un prélude au prochain défi à relever, qui pourrait être encore plus lourd : veiller à ce que les progrès mondiaux bénéficient à chaque être humain ».

D’après le rapport, intitulé ‘Le développement humain pour tous’, les pays développés sont eux aussi confrontés aux problèmes de la pauvreté et de l’exclusion, avec plus de 300 millions de personnes vivant dans une pauvreté relative, dont plus d’un tiers de tous les enfants.

Des groupes exclus

Le rapport note aussi qu’à la gravité des privations, s’ajoute la manière disproportionnée dont les inégalités affectent certains groupes.

« Nous accordons trop d’attention aux moyennes nationales, qui occultent souvent d’énormes variations dans la vie des individus », souligne l’auteur principal du rapport et directeur du Bureau du Rapport sur le développement humain, Selim Jahan. « Pour avancer, nous devons examiner de plus près non seulement ce qui a été accompli, mais aussi qui a été exclu et pour quelles raisons ».

Le rapport indique que dans presque tous les pays, plusieurs groupes sont souvent désavantagés dans plusieurs domaines à la fois. Cela aggrave leur vulnérabilité et creuse les inégalités entre les générations. Plus le monde avance, plus ils ont du mal à rattraper leur retard.

Les femmes et les filles, les populations rurales, les peuples autochtones, les minorités ethniques, les personnes handicapées, les migrants, les réfugiés et la communauté LGBTI font partie des groupes qui sont systématiquement exclus par des obstacles qui ne sont pas purement économiques mais aussi politiques, sociaux et culturels.

Dans le cas des femmes, le plus grand de ces groupes, le rapport fait état d’un lent resserrement des écarts entre les deux sexes à l’échelle mondiale, tout en soulignant cependant que l’exclusion et le manque d’autonomie des femmes et des filles restent des problèmes pressants.

Les femmes ont tendance à être plus pauvres, à être moins bien payées et à bénéficier de moins de possibilités que les hommes dans presque tous les domaines de la vie. Dans 100 pays, certains emplois sont légalement interdits aux femmes à cause de leur sexe. Dans 18 pays, une femme ne peut pas travailler sans l’accord de son mari. Les mutilations génitales féminines et le mariage forcé continuent d’être pratiqués et de mettre les filles en danger.

Les populations rurales se heurtent elles aussi à des obstacles multiples. Par exemple, les enfants de ménages ruraux pauvres qui vont à l’école ont moins de chances d’apprendre la lecture, l’écriture et les mathématiques.

Qui plus est, les migrants et les réfugiés sont souvent confrontés à des obstacles au travail, à l’éducation et à la participation politique. Plus de 250 millions de personnes dans le monde sont victimes de discriminations fondées sur leur appartenance ethnique, fait observer le rapport, entre autres exemples.

Eliminer les lois discriminatoires

Selon la cheffe du PNUD, « en éliminant les normes sociales et les lois discriminatoires profondément ancrées et persistantes, en s’attaquant aux inégalités d’accès à la participation politique qui ont entravé le progrès pour tant de personnes, nous viendrons à bout de la pauvreté et un développement pacifique, juste et durable pour tous sera réalisable ».

Les groupes marginalisés manquent souvent de possibilités d’influencer les institutions et les politiques qui affectent leur vie. Cela doit impérativement changer pour briser le cercle vicieux de l’exclusion et des privations.

Par exemple, les populations autochtones représentent 5% de la population mondiale, mais 15% des populations qui vivent dans la pauvreté. Les membres de la communauté LGBTI ne peuvent pas défendre activement leurs droits alors que les rapports sexuels entre personnes de même sexe sont interdits par la loi dans plus de 70 pays.

À cette fin, le rapport préconise d’accorder une bien plus grande attention à l’autonomisation des plus marginalisés de la société et reconnaît l’importance de veiller à accroître leur participation aux processus décisionnels. Le rapport recommande également une analyse plus fine pour éclairer les actions, notamment l’évaluation des progrès dans des domaines comme la participation et l’autonomie. La ventilation des données clés, selon le lieu, le sexe, le statut socio-économique et l’appartenance ethnique, est essentielle pour savoir qui est laissé pour compte.

Les principaux chiffres du développement peuvent exagérer les progrès lorsqu’ils portent principalement sur l’aspect quantitatif du développement, plutôt que sur son aspect qualitatif. Par exemple, les effectifs de filles dans l’enseignement primaire ont augmenté mais, dans la moitié des 53 pays en développement qui disposent de données, la majorité des femmes adultes qui ont suivi quatre à six ans de cycle primaire sont analphabètes.

« En dépit de progrès inégaux, le développement humain est à notre portée », estime Selim Jahan. « Les progrès du développement humain des dernières décennies étaient autrefois inimaginables ».