Plus de la moitié des personnes âgées dans le monde sont privées de soins de longue durée de qualité, selon une nouvelle étude de l’OIT.

Une nouvelle étude de l’OIT révèle qu’il manque 13,6 millions de travailleurs sociaux dans le monde, ce qui empêche de prodiguer des services de qualité à plus de la moitié des personnes âgées. Plus de la moitié de la population mondiale âgée de 65 ans et plus, soit 300 millions de personnes, est exclue des soins de longue durée (SLD) (…) 

dont elle a un besoin urgent, affirme l’Organisation internationale du Travail (OIT).

La nouvelle étude de l’OIT, LTC protection for older persons: A review of coverage deficits in 46 countries  («La protection des SLD pour les personnes âgées: analyse des déficits de couverture dans 46 pays»), qui couvre 80 pour cent de la population mondiale âgée de 65 et plus, constate l’existence de déficits abyssaux dans la protection sociale des personnes âgées ayant besoin de soins de longue durée en raison d’une pénurie de 13,6 millions de professionnels dans ce secteur à l’échelle mondiale.

En Afrique, où il manque un million et demi de travailleurs dans les SLD, plus de 90 pour cent des personnes âgées ne reçoivent pas les services de soins de longue durée dont elles ont besoin. Le déficit le plus important en chiffres absolus est constaté en Asie et dans le Pacifique où la pénurie de professionnels des SLD s’élève à 8,2 millions, ce qui veut dire que 65 pour cent de la population âgée sont exclus de l’accès aux soins de longue durée. Combler ce manque permettrait de créer un grand nombre d’emplois.

Déficits de couverture légale des SLD par rapport à une couverture universelle fondée sur la législation nationale, 2015 (en pourcentage de la population totale)
Source: Estimations OIT 2015; Banque mondiale, 2015 (données de population de 2013)

«Nous sommes confrontés à ces déficits bien que l’essentiel des soins – jusqu’à 80 pour cent des SLD – soit fourni par des femmes de la famille des personnes âgées qui ne sont pas rémunérées. Leur nombre dépasse de loin celui des travailleurs sociaux officiellement affectées aux SLD dans tous les pays», explique Xenia Scheil-Adlung, Coordinatrice de la politique de santé de l’OIT et auteur de l’étude.

Combler l’écart

Selon un expert de l’OIT, la situation est aggravée par l’absence totale de couverture des SLD dans la plupart des régimes de protection sociale. Seuls 5,6 pour cent de la population mondiale vivent dans des pays qui fournissent une couverture universelle des SLD.

Alors que plus de 48 pour cent de la population mondiale ne sont pas protégés par une législation nationale sur les SLD, 46,3 autres pour cent sont, dans une large mesure, exclus de la couverture des SLD en raison de règles strictes qui limitent les prestations aux plus pauvres. Ces dernières contraignent de nombreuses personnes de 65 ans et plus à payer de leur poche les services de SLD.

Estimations mondiales des déficits de couverture en matière de SLD: Proportion de la population mondiale qui n’est pas protégée par la législation, 2015Source: Estimations OIT 2015; Banque mondiale, 2015 (données de population de 2013)

«Cette situation déplorable se mesure par le très faible niveau de dépenses publiques consacrées aux SLD qui, en moyenne, représentent moins de 1 pour cent du PIB à l’échelle mondiale. On trouve les plus bas niveaux en Afrique, où la majorité des pays dépensent 0 pour cent de leur PIB pour les SLD», précise Mme Scheil-Adlung.

Les pays les plus «généreux» se trouvent en Europe mais ne consacrent en moyenne que 2 pour cent de leur PIB aux SLD. De ce fait, la population âgée vivant dans les pays développés et en développement doivent payer jusqu’à 100 pour cent de leurs SLD de leurs propres deniers.

«La négligence des besoins vitaux des personnes âgées et l’exploitation non rémunérée des femmes de la famille sont les conséquences de nombreuses années de sous-investissement dans la protection des SLD. Le comblement de ces manques et la fourniture d’une couverture universelle des SLD permettraient de respecter les droits et la dignité des personnes âgées et des soignants, et de créer des millions d’emplois», affirme Isabel Ortiz, Directrice du Département de la protection sociale de l’OIT.

Discrimination liée à l’âge et au sexe

Mépriser les besoins de SLD relève de la discrimination en raison du sexe et de l’âge – que l’on désigne souvent par le terme «âgisme». Cela se traduit par un traitement systématiquement inégal des personnes âgées ayant besoin de services de SLD par rapport aux personnes plus jeunes ayant les mêmes besoins médicaux, l’ignorance des droits des personnes âgées, la forte pénurie de professionnels des SLD et un sous-financement public.

L’âgisme actuel se manifeste aussi par une peur irrationnelle prévalant dans l’opinion publique que les SLD ne sont pas abordables plutôt que de considérer les avantages qu’il y a à investir dans les SLD en termes de création d’emplois et d’amélioration du bien-être de la population.

Alors qu’on ne considère généralement pas la discrimination liée à l’âge comme un grave problème, elle a les mêmes répercussions sociales et économiques que d’autres types de discrimination et les bénéficiaires des SLD connaissent alors une forme d’appauvrissement, d’exclusion et parfois d’abus et de violences dans le milieu des SLD.

L’étude préconise de placer les SLD en tête des priorités à l’ordre du jour politique de tous les pays:

  • en garantissant une protection universelle des SLD basée sur les principes fondamentaux des socles nationaux de protection sociale tels qu’ils sont définis par la recommandation n° 202 de l’OIT ;
  • en les finançant par le biais des dispositifs nationaux d’assurance sociale ou des taxes et en réduisant les restes à charge au minimum;
  • en augmentant les effectifs des SLD pour mettre des services de qualité à disposition de tous ceux qui en ont besoin, créant ainsi des emplois dont on a grandement besoin.

Une nouvelle étude de l’OIT révèle qu’il manque 13,6 millions de travailleurs sociaux dans le monde, ce qui empêche de prodiguer des services de qualité à plus de la moitié des personnes âgées.