Journée internationale de la jeunesse: 12 août 2015 – l’emploi formel : un moyen indispensable de faire participer les jeunes

 

En 2015, la Journée internationale de la jeunesse sera placée sous le thème de l’engagement civique des jeunes, notamment l’engagement économique et social. Les jeunes travailleurs intégrés dans l’économie formelle ont plus de chance que les adultes d’avoir accès à un travail décent.

Reportage | 11 août 2015

Guillermo Dema, spécialiste de l’emploi des jeunes au bureau régional de l’OIT pour l’Amérique latine et les CaraïbesGENEVE (OIT Info) – Pour de nombreux jeunes des pays en développement, la première expérience professionnelle a lieu dans l’économie informelle. Et pour la plupart d’entre eux, la transition vers l’économie formelle est souvent une âpre lutte, voire un combat impossible.

Leur manque d’expérience et de formation sont l’une des raisons à cela, de même que le fait qu’ils sont affectés de manière disproportionnée par les cycles économiques.

Toutefois, certains pays s’emploient à mettre en place des politiques visant à faciliter l’accès des jeunes à l’emploi formel.

A l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, nous sommes entretenus avec le spécialiste de l’emploi des jeunes au bureau régional de l’OIT pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Guillermo Dema, au sujet de certaines des politiques actuellement appliquées dans la région, qui affiche le taux d’emploi informel le plus élevé au monde.

BIT: Quels sont les principaux obstacles auxquels se heurtent les jeunes d’Amérique latine et des Caraïbes et qui les empêchent de se mobiliser davantage?

Guillermo Dema: Les jeunes représentent la promesse de changements positifs dans nos sociétés. Cependant, il n’y a pas suffisamment d’emplois pour eux. Il y a également des millions de jeunes qui n’ont pas accès à des possibilités de travail décent et qui sont exposés au risque d’exclusion sociale.

L’Amérique latine et les Caraïbes sont une région jeune. L’évolution de la population a conduit à une «fenêtre démographique», qui offre aux 108 millions de jeunes la possibilité de mener la transformation de nos sociétés au 21e siècle. Toutefois, la jeunesse d’Amérique latine et des Caraïbes se heurte à des conditions de travail particulièrement difficiles, qui se traduisent par des taux élevés de chômage et d’emploi informel. Cette situation peut s’expliquer par leur manque d’expérience et de formation, et aussi par le fait qu’ils sont affectés de manière disproportionnée par les cycles économiques. Cela est particulièrement d’actualité en ces temps où la région doit faire face à un ralentissement de la croissance économique.

BIT: Les jeunes en particulier sont durement touchés par l’emploi informel. Pourquoi? Quelle est l’ampleur du problème en Amérique latine et dans les Caraïbes?

G. Dema: L’officialisation de l’emploi, notamment l’emploi des jeunes, représente un défi pour les pays de la région. L’emploi informel en dehors du secteur agricole en Amérique latine et dans les Caraïbes a baissé de presque 50 pour cent en 2009 à 47 pour cent en 2012, l’ampleur et la rapidité de cette évolution étant variables d’un pays à l’autre. Les données ventilées par âge indiquent que le travail informel est plus répandu parmi les jeunes travailleurs que parmi les adultes.

 On estime à environ 27 millions le nombre de jeunes travailleurs occupant un emploi informel, ce qui représente 56 pour cent de l’ensemble des jeunes qui travaillent, contre 46 pour cent d’adultes (âgés de plus de 25 ans). Sur 10 emplois créés pour les jeunes, six se situent dans l’économie informelle.

 31 pour cent des jeunes qui travaillent dans des entreprises du secteur formel occupent un emploi informel, soit un taux deux fois plus élevé que chez les adultes (15 pour cent).

45 pour cent des jeunes occupant un emploi salarié ou non salarié relèvent de l’emploi informel, contre presque 30 pour cent d’adultes.

87 pour cent des jeunes qui travaillent pour leur propre compte occupent un emploi informel (contre 83 pour cent d’adultes).

Parmi les 20 pour cent de la population les plus pauvres, seuls 23 pour cent de jeunes ont un contrat écrit, et très rares sont ceux qui ont accès à la sécurité sociale (12 pour cent d’entre eux bénéficient d’un système d’assurance santé et retraite).

BIT: L’OIT a identifié les meilleures pratiques dans la région d’Amérique latine pour promouvoir la transition vers l’économie formelle. Pouvez-vous nous en donner quelques exemples?

G. Dema: Voici quelques exemples des expériences nombreuses et variées menées dans la région et qui s’annoncent prometteuses:

L’Uruguay a institutionnalisé les mesures incitatives visant à encourager l’embauche de jeunes dans le cadre du programme de promotion des investissements et de la loi sur la promotion du travail décent pour les jeunes. L’Etat accorde des exonérations fiscales pouvant aller jusqu’à 30 pour cent pour promouvoir l’emploi des jeunes ainsi que, dans certains cas, des subventions salariales aux employeurs qui embauchent des jeunes âgés de 15 à 24 ans n’ayant aucune expérience préalable de travail formel. Ces subventions salariales peuvent atteindre 60 à 80 pour cent dans le cas d’employeurs qui embauchent des jeunes de moins de 30 ans qui sont au chômage et en situation vulnérable.

Le Brésil a voté une loi qui accorde des subventions à l’embauche de jeunes apprentis, y compris pour leur formation. Cette loi vise à faciliter la transition des jeunes de l’école vers l’emploi formel. Elle fixe également un quota pour l’embauche d’apprentis, que les entreprises doivent respecter. Elle impose aux moyennes et grandes entreprises d’affecter entre cinq et 15 pour cent de leur main-d’œuvre à des postes exigeant la formation de jeunes âgés de 14 à 24 ans, qui fréquentent une institution d’enseignement de type classique ou qui sont formés dans des centres de formation agréés. La journée de travail est de six heures, et le salaire horaire minimum correspond au salaire horaire minimum pratiqué dans le pays. La durée des apprentissages ne peut excéder deux ans. Entre 2005 et 2015, plus de 2 millions de jeunes Brésiliens ont bénéficié de ces modes de formation et de recrutement.

BIT: Une nouvelle recommandation de l’OIT visant à faciliter la transition vers l’économie formelle  a été adoptée lors de la Conférence internationale du Travail en juin 2015. Comment ce nouvel instrument juridique peut-il contribuer à réduire le travail informel pour les jeunes qui travaillent comme pour tous les autres travailleurs d’Amérique latine et d’ailleurs?

G. Dema: La nouvelle recommandation adoptée par la CIT en 2015 devrait contribuer de manière significative à promouvoir la formalisation de la population active jeune ainsi que la protection des travailleurs dans un monde du travail en pleine mutation. Elle contribuera également à promouvoir la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle pour les petites et moyennes entreprises. Elle affirme en outre la nécessité d’accorder une attention particulière aux jeunes en tant que sous-groupe exposé à des déficits plus graves liés à l’activité informelle.