Les débats de haut niveau de l’ECOSOC et du Forum politique s’achèvent avec la promesse d’un programme de développement post-2015 centré sur l’humain

ECOSOC 1L’ECOSOC lance son dernier examen ministériel annuel avant la relève du Forum politique qui assurera à l’avenir le suivi des objectifs de développement durable

En adoptant, cet après-midi, une Déclaration ministérielle, le Conseil économique et social (ECOSOC) et le Forum politique de haut niveau sur le développement durable ont achevé leurs sessions de haut niveau.  Par ce texte, ils ont exprimé leur détermination à élaborer, pour les 15 prochaines années, un programme de développement qui soit « solide, ambitieux, inclusif » et « centré sur l’humain ».  Le programme de développement pour l’après-2015, ont déclaré les ministres, « sera fondé sur les bases jetées et l’expérience acquise durant le processus des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), en vue de mener à bien les tâches inachevées et de relever les nouveaux défis ».

La Déclaration ministérielle est l’aboutissement du Débat de haut niveau de la session de 2015 de l’ECOSOC et de la Réunion ministérielle du Forum politique de haut niveau pour le développement durable, convoqué sous les auspices de l’ECOSOC.  Ces deux sessions, tenues en parallèle, avaient respectivement pour thème « Comment assurer la transition des OMD à ceux du développement durable? » et « Renforcer l’intégration, la mise en œuvre et le suivi: le Forum politique de haut niveau pour le développement durable après 2015 ».

Les OMD ont défini une « vision commune » et permis des « progrès remarquables », ont noté les ministres dans la Déclaration en se félicitant aussi des progrès accomplis dans les processus de préparation à la troisième Conférence internationale sur le financement du développement, qui se tiendra la semaine prochaine à Addis-Abeba.  Il a ainsi été décidé qu’un résumé des délibérations des débats de haut niveau serait publié, à titre exceptionnel et sans créer de précédent, pour contribuer à cette Conférence.

Les ministres ont également salué les progrès accomplis dans les négociations intergouvernementales sur le programme de développement pour l’après-2015.  Ce programme, qui doit être adopté lors du sommet de l’ONU en septembre prochain, fixera 17 objectifs et 169 cibles assortis d’indicateurs précis pour mesurer les progrès dans leur réalisation.  « Ce sont de bons objectifs », a affirmé le Conseiller spécial auprès du Secrétaire général pour les OMD, M. Jeffrey Sachs, en conseillant aux gouvernements de les mémoriser pour mieux se les approprier.

À l’occasion de la clôture de la Réunion de haut niveau du Forum, l’un des cofacilitateurs des négociations sur ce programme, l’Ambassadeur Macharia Kamau, du Kenya, a souligné que les enjeux du programme étaient immenses.  C’est pourquoi, il est important de se doter des moyens nécessaires pour atteindre les objectifs fixés, ce que devront prévoir les chefs d’État et de gouvernement lors du sommet de septembre prochain.  Le Vice-Président de l’ECOSOC, M. Mohamed Khaled Khiari, a souligné, à cet égard, la détermination des délégations à ne laisser personne de côté.

Au cours de la table ronde organisée ce matin par le Forum, les délégations ont réfléchi à ce qu’elles avaient appris de l’analyse et du suivi des progrès réalisés en faveur des OMD, en vue d’assurer une mise en œuvre efficace des futurs objectifs de développement durable.  Les intervenants ont insisté sur la responsabilisation et la transparence dans cette mise en œuvre.  Un autre message fort exprimé ce matin, et tout au long de ces trois jours de débats, a porté sur la nécessité d’inclure tous les acteurs de la société civile, ainsi que les organisations régionales et les autorités locales, dans les efforts de mise en œuvre du futur programme de développement.

Réaliser les objectifs de développement durable exigera en outre des ressources, technologies et capacités suffisantes.  C’est sur ce sujet qu’ont débattu les participants au Forum dans l’après-midi.  La collecte par les gouvernements de données vérifiées et ventilées a été perçue comme un outil fondamental de la mise en œuvre.  « Google en sait plus que vous sur vos pays », leur a lancé M. Sachs en guise de motivation.

La journée s’est achevée avec le témoignage dynamique d’une jeune chinoise ayant émigré aux États-Unis qui, malgré tous les obstacles liés à son appartenance à une minorité, a réussi à fonder une société alors qu’elle était encore étudiante.  Son message a été le suivant: pour parvenir à réaliser ses objectifs, il ne faut pas hésiter à prendre des risques et il faut savoir convaincre les futurs partenaires.

L’ECOSOC, qui a poursuivi aujourd’hui son Débat de haut niveau, a aussi ouvert son dernier examen ministériel annuel avant la relève que prendra le Forum politique qui assurera à l’avenir le suivi des objectifs de développement durable.  Cet examen, qui se déroulera au cours des deux prochains jours, permettra d’entendre les présentations du Kirghizistan, de la Mongolie, des Philippines et de la Zambie.  Il se penchera également, cette année, sur la mise en œuvre du Programme d’action pour les pays les moins avancés (PMA) pour la décennie 2011-2020.

L’ECOSOC poursuivra donc l’examen ministériel annuel demain, jeudi 9 juillet, à partir de 10 heures.  Il achèvera, dans l’après-midi, son débat de haut niveau.

Suite du débat général

Mme DAMIRA NIYAZALIEVA, Vice-Premier Ministre du Kirghizistan, a annoncé que son pays présentera prochainement son plan de transition des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) aux objectifs de développement durable (ODD) qui tiendra compte des spécificités du pays et de l’avis de toutes les parties prenantes.  C’est un instrument de responsabilisation des acteurs de développement qui n’oubliera pas les recommandations des autres conférences internationales comme celles sur la réduction des risques de catastrophe de Sendai et le financement du développement d’Addis-Abeba.  Le Gouvernement prévoit aussi un mécanisme de coordination des actions et des partenariats et juge indispensable, en la matière, de renforcer le rôle des parlements.  À cet égard, les composantes mondiales et régionales sont tout aussi importantes pour trouver des solutions communes à des problèmes communs.  La collecte des statistiques et le recours aux technologies de l’information et des communications (TIC) sont cruciaux.

Mme MARÍA LUISA NAVARRO, Vice-Ministre des affaires multilatérales et de la coopération du Panama, a souligné l’importance du renforcement des capacités, notamment pour les pays à revenu intermédiaire.  Le Panama a proposé la création de deux pôles: un pôle régional pour renforcer la coordination des agences des Nations Unies présentes dans la région et un deuxième pôle sur les moyens logistiques en vue de renforcer la réponse aux catastrophes dans des régions vulnérables comme l’Amérique latine.  La coopération internationale est « essentielle » pour une réalisation effective des ODD, a insisté la représentante.

Mme RITA SCHWARZELÜHR-SUTTER, Secrétaire d’État parlementaire auprès du Ministre fédéral de l’environnement, de la préservation de la nature, du bâtiment et de la sécurité nucléaire de l’Allemagne, a voulu que le Forum politique de haut niveau sur le développement durable ait les moyens de son ambition. En septembre, l’Assemblée générale doit se mettre d’accord sur l’architecture du suivi du programme post-2015 mais elle doit en laisser les détails aux États et aux régions.  Le Forum politique devrait être l’« apex » du processus d’examen et de suivi aux niveaux national, régional et mondial.  Ces processus ne devraient pas seulement servir à s’informer sur la mise en œuvre des objectifs fixés mais aussi permettre aux États de partager leurs meilleures pratiques, les enseignements qu’ils ont tirés de leur expérience et les défis qu’ils ont identifiés.  Les gouvernements sont comptables de leurs actes, d’abord et avant tout devant leurs citoyens.  À cet égard, les processus de suivi nationaux devraient impliquer la société civile.  Les régions quant à elles devraient être autorisées à choisir le forum le plus approprié pour les échanges d’expériences et dans certains cas, les commissions régionales de l’ONU pourraient être les fora idoines.  Pour le Secrétaire d’État, les États devraient participer au moins deux fois aux processus d’examen d’ici à 2030.

Mme KAZUYUKI NAKANE, Vice-Ministre parlementaire des affaires étrangères du Japon, a soutenu que les recommandations de la Conférence de Sendai sur la réduction des risques de catastrophe pourront apporter une contribution utile à la réalisation des ODD.  La Vice-Ministre est revenue sur la proposition de son pays de proclamer le 5 novembre « Journée internationale des tsunamis ».  Elle a invité les États Membres à adopter cette proposition qui sera soumise à l’Assemblée générale en novembre prochain.

  1. PEIMAN SAADAT, Directeur général pour l’environnement et le développement durable de la République islamique d’Iran, a déclaré que pour réaliser les ODD, il faut être « uni ».  Nous devrons nous focaliser sur l’élimination de l’extrême pauvreté.  Nous ne pouvons pas non plus nous contenter de traiter les symptômes du sous-développement.  Nous avons besoin d’un partenariat véritable et d’un accès équitable aux moyens de mise en œuvre.  Il a appelé à un Forum politique « fort et visionnaire » pour soutenir le programme de développement pour l’après-2015.  Il a aussi voulu que l’on laisse aux gouvernements la marge de manœuvre politique nécessaire pour adapter les ODD aux réalités nationales.
  2. TONY PIPA, Coordonnateur spécial pour le programme de développement pour l’après-2015 (États-Unis), a insisté sur la transparence dans la planification de la transition des OMD aux ODD.  Jetons un regard neuf sur les discussions du Forum et demandons-nous si les tables rondes sont vraiment le meilleur moyen de parvenir à des discussions de fond.  Le Forum, a estimé le représentant, devrait se focaliser sur l’identification des meilleures pratiques, des tendances et défis nouveaux et du renforcement de l’interface politique-sciences.  L’idée que le Forum soit la plateforme d’une conversation avec la communauté scientifique est à saluer.  La société civile doit être ici avec nous, a poursuivi le représentant qui a appuyé l’idée que les rapports nationaux de mise en œuvre alimentent les analyses régionales qui, à leur tour, viendraient informer le Forum.  Il a appelé à des directives qui seraient suffisamment souples pour gérer les différentes structures gouvernementales.  Un rapport « concis et substantiel » sur le développement durable dans le monde devrait être la base des discussions du Forum où des plateformes consacrées aux données faciliteraient la prise de décisions informées.
  3. AMRITH ROHAN PERERA (Sri Lanka) a dit que comme nous n’avons pas terminé avec les OMD, il faut les intégrer aux ODD.  La transition vers ces ODD doit se focaliser sur la lutte contre l’extrême pauvreté, le fossé numérique, le renforcement des capacités et le financement du développement.  Il faut aider les pays en développement notamment les pays à revenu intermédiaire à accéder aux prêts concessionnels.  Il faut aussi un partenariat renforcé entre les gouvernements et le secteur privé.  La justice et l’équité seront essentielles, surtout dans les contextes postconflit.
  4. IBRAHIM OMAR DABBASHI (Libye) a mis en évidence l’importance du processus intergouvernemental et de la coopération régionale et sous-régionale dans la mise en œuvre du nouveau programme de développement pour l’après-2015.  Il a tout particulièrement souligné le rôle que peut jouer la technologie, en insistant sur la nécessité d’instaurer un mécanisme de transfert des technologies afin que l’ensemble des pays, dont les pays en développement, puissent faire face aux défis.  Dans certains pays en développement, a-t-il ajouté, le retour à la stabilité et à la sécurité sont des facteurs essentiels pour remettre sur les rails les efforts en faveur du développement.  Il a émis l’espoir que les Nations Unies, à travers leur Mission d’appui en Libye (MANUL), pourront continuer à soutenir les efforts de la Libye à la fois dans le domaine de la reconstruction, du développement et de la lutte contre la corruption.
  5. KELEBONE ALBERT Maope (Lesotho) a davantage insisté sur le rôle majeur que va endosser le Forum politique dans l’examen et le suivi de la mise en œuvre du nouveau programme de développement.  Il a mis en évidence la nécessité d’adopter une approche intégrée dans ce processus d’examen et de suivi et s’est, de facto, félicité du fait que la structure institutionnelle du développement durable ait été renforcée par la création du Forum.  Il a cependant estimé que le Forum devrait s’inspirer des enseignements tirés par la Commission du développement durable et concevoir des stratégies appropriées concernant son mandat.

Mme KAIRAT ABDRAKHMANOV (Kazakhstan) a également affirmé que le Forum politique de haut niveau sur le développement durable devait avoir une vision claire pour les 3 à 5 années à venir, c’est-à-dire à court et moyen termes.  La représentante a estimé que les travaux du Forum devaient être renforcés par les rencontres et les grands rendez-vous du Conseil économique et social (ECOSOC), de la Banque mondiale, des commissions régionales de l’ONU ou d’autres partenaires, tels que l’Union africaine ou l’Union européenne.  Elle a aussi insisté sur le fait que les différentes situations rencontrées par les pays en matière de développement exigent la collecte de statistiques adéquates et appropriées par le Bureau de l’ONU pour les statistiques.  Elle a aussi plaidé pour une participation plus élargie des populations locales, des femmes, des jeunes et des individus les plus vulnérables dans le processus d’examen et de suivi des progrès réalisés en matière de développement, et ce, afin de disposer de données les plus vastes et compréhensibles possibles.  Enfin, il a appuyé la participation des parlements au suivi et à l’examen des objectifs de développement durable (ODD) et a invité le Forum politique à accorder une attention particulière à certains pays, tels que les pays les moins avancés (PMA), qui manquent de données et de mécanismes de suivi de qualité.  Selon lui, les commissions régionales de l’ONU peuvent fournir un appui important aux pays en

  1. ABULKALAM ABDUL MOMEN (Bangladesh) s’est plus particulièrement attardé sur le rapport du Secrétaire général axé sur la transition des OMD aux ODD.  «  Les efforts à mettre en œuvre pour préparer ces ODD sont énormes.  Nous devons dépasser le statu quo et nous assurer que le système de développement de l’ONU fonctionne de manière efficace et orientée vers des résultats », a-t-il dit.  Il s’est également félicité du rapport sur les travaux de la dix-septième session du Comité des politiques de développement qui, dans le cadre de la préparation de l’examen triennal de 2018 de la liste des pays les moins avancés, a procédé à un réexamen de l’indice du capital humain et décidé d’y ajouter le ratio de mortalité maternelle.  Avant de conclure, il a insisté sur la nécessité pour les pays développés de respecter les engagements pris à Istanbul de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide publique au développement.

Le but devrait être de créer un cadre qui changerait les paramètres du système économique international au service du développement, a estimé M. MOHAMED KHALIL (Égypte).  Le but devrait être de créer un environnement international qui permette à chaque pays de réaliser les objectifs de développement selon ses propres priorités et avec les politiques de son choix.  C’est ce que devrait être « l’objectif stratégique » du programme de développement durable pour l’après-2015.  C’est ce que devrait être « le changement porteur de transformations » que nous visons tous et qui devrait porter sur les questions du commerce, de la réforme du système financier international, de la gouvernance mondiale, de la dette, de la restitution des fonds illicites et de la coopération financière et technologique.  Les partenariats doivent être revitalisés, en particulier les partenariats public-privé.  Les réformes systémiques devraient être des engagements explicites du G7, G8 et autres G20, avec des calendriers précis, allant au-delà des généralités de l’OMD 8 sur le partenariat mondial.  Les gouvernements devraient assumer leurs responsabilités communes mais différenciées car sans cela, le partenariat mondial pour le développement demeurera une « rhétorique creuse ».  Le représentant a appuyé l’élaboration d’une feuille de route pour le Forum jusqu’en 2018.  Le Forum, a-t-il dit, devrait pouvoir assumer toutes ses fonctions, au-delà du suivi et de l’examen.  Après tout, il a été créé pour remplacer la Commission du développement durable et non l’examen ministérielle annuel (EMA).

Le Forum, a dit, à son tour, M. CHARLES THEMBANI NTWAAGAE (Botswana), doit devenir le point de référence pour les directives, les recommandations et le leadership « stratégiques » dans la mise en œuvre du programme pour l’après-2015.  Il doit promouvoir l’échange de pratiques optimales et les enseignements tirés de l’expérience, tout en renforçant la cohérence des politiques de développement durable et des mécanismes de mise en œuvre.  Le dialogue entre les États, les agences de l’ONU et les organisations internationales, sans oublier les experts indépendants, est essentiel en ce qu’il faciliterait une meilleure compréhension des décisions prises et plus important encore, renforcerait l’appropriation nationale qui se traduit immanquablement par une mise en œuvre effective dans les pays.  Le Botswana, a confié le représentant, voudrait une discussion plus approfondie sur la manière dont le Forum pourrait être renforcé pour assumer son mandat de suivi et d’examen et garantir une approche participative et du bas vers le haut de la mise en œuvre du programme pour l’après-2015.

  1. IB PETERSEN (Danemark) a dit que le Forum devrait être un lieu d’inspiration où les leaders partagent les meilleures pratiques et s’aident les uns les autres à franchir la ligne du développement durable.  Les liens entre les niveaux national, régional et international seront critiques pour rendre le Forum pertinent.  Il ne doit pas être le lieu où on s’accuse les uns et les autres mais où l’on trouve l’inspiration pour améliorer la mise en œuvre du programme pour l’après-2015 à tous les niveaux.  L’implication d’un large éventail de parties prenantes, y compris le secteur privé et la société civile, est essentielle.  Soulignant que l’examen par les pairs peut promouvoir la mise en œuvre, le représentant a voulu que le Forum soit le lieu où les enseignements tirés de l’expérience de « la viabilité » sont partagés.  Il a plaidé pour des thèmes transsectoriels, comme les modes de production et de consommation durables.
  2. RON PROSOR (Israël) a prévenu que le programme de développement pour l’après-2015 ne peut réussir sans une pleine égalité entre les sexes et donc la participation totale de la moitié de la population mondiale.  Nous sommes tous ici pour retrousser les manches et travailler ensemble pour léguer à nos enfants un monde plus viable, plus prospère et plus pacifique, a dit le représentant.  « Mesurer c’est savoir.  Si tu ne peux pas mesurer, tu ne peux pas améliorer », a dit le représentant en citant le physicien britannique, Lord Kelvin.  Prenant, cette fois, l’exemple de « Waze » l’application de navigation israélienne, le représentant a dit: nous devons avoir les meilleurs instruments de mesure pour recalculer constamment notre trajet et arriver à bon port le plus rapidement possible.  Depuis 2012, a-t-il rappelé, Israël fait un travail de pionnier avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour lancer un programme pilote sur des moyens nouveaux et novateurs de mesurer le bien-être et la viabilité, au niveau national.  L’approche quantifie le capital humain et social, en plus des ressources économiques et naturelles.  Il s’agit pour les gouvernements d’utiliser ces données pour améliorer la vie de leurs citoyens.  Le but est de faire en sorte que les hommes et femmes politiques ne négligent pas l’impact de leurs décisions sur les générations futures.  Dieu, a conclu le représentant, a créé le monde en sept jours.  D’aucuns diront que ce n’était en rien moins compliqué que les négociations sur le nouvel agenda du développement qui, nous le savons tous, nous ont pris plus de 700 jours.  Mais, comme disait l’ancien Président israélien, Shimon Peres, « les gens qui ne fantasment pas ne font pas de choses fantastiques ».

Mme MARÍA EMMA MEJÍA VÉLEZ (Colombie) a tenu à mettre en évidence la vulnérabilité de certains pays face aux changements climatiques, en insistant sur les enjeux auxquels sera confrontée la communauté internationale à la Conférence sur les changements climatiques à Paris, qui devrait aboutir à un accord universel.  Elle s’est félicitée des 17 objectifs de développement durable mais a rappelé que « nous n’en sommes qu’au début » en citant plusieurs défis « énormes » auxquels les États vont devoir faire face pour mettre en œuvre ce nouveau programme aux niveau national, local, régional et mondial.  Dans ce contexte, elle a plaidé pour une « alliance mondiale » nouvelle et robuste en faveur du développement.

Mme ISABELLE PICCO (Monaco) s’est félicitée de l’inclusion des océans et des changements climatiques dans les ODD sans lesquels le programme pour l’après-2015 ne saurait être « transformateur ».  On ne peut, a-t-elle poursuivi, minimiser la difficulté d’intégrer les ODD à l’ensemble du système onusien et relayer ceux-ci au sein des différentes institutions, conventions et cadres existants.  « De la définition des politiques aux actions concrètes sur le terrain, la communication devra être claire et accessible afin que chacun s’approprie ces objectifs », a-t-elle insisté.  Cette appropriation devra ensuite être relayée par la pleine mobilisation de tous les secteurs de la société.  Il s’agit là d’une condition sine qua non à la mise en œuvre des engagements que prendront les chefs d’État et de gouvernement en septembre 2015, a-t-elle ajouté.  S’agissant du Forum politique de haut niveau sur le développement durable, elle a estimé qu’il fallait doter celui-ci des moyens nécessaires à l’exercice du mandat qui lui a été confié à Rio, en 2012, et d’en faire la pierre angulaire du suivi global des politiques de développement durable et des ODD.

Mme NGUYEN PHUONG NGA (Viet Nam) a souligné combien les OMD avaient apporté des changements réels dans la vie de millions d’individus.  Elle a notamment précisé que, dans son pays, 90% des cibles avaient été atteintes et que les changements opérés avaient été perceptibles.  Expliquant que le Viet Nam possède déjà une stratégie de développement nationale qui couvre les 17 ODD et qui s’accompagne de mécanismes de suivi et d’évaluation, elle a rappelé que la mise en œuvre du nouveau programme de développement allait exiger, pour les États, une approche holistique à tous les niveaux de prise de décisions.  « Il s’agira de coordonner à la fois le soutien parlementaire, les stratégies financières nationales, la participation des communautés et des ONG », a-t-elle insisté.  Par ailleurs, ces efforts de coordination vont aussi avoir besoin d’un engagement politique fort, pas uniquement de la part des politiques, mais aussi de la part des partenaires au développement.

Réaffirmant le rôle majeur que devra tenir le Forum politique de haut niveau en matière de gouvernance du développement durable, M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a considéré que sa session 2015 devait poser les jalons de son bon fonctionnement et faire en sorte que ce Forum trouve sa place au sein du système onusien du développement car, dès 2016, celui-ci va devoir passer en revue la mise en œuvre des progrès, a-t-il insisté.  Cependant, le représentant a estimé que le Forum ne pourra pas évaluer, à lui seul, la mise en œuvre du programme et qu’il devra, par conséquent, s’appuyer sur les mécanismes existants, et les fonds et programmes en vue d’éviter une logique de silos.  Il a estimé que le « couple institutionnel » formé par le Conseil économique et social et le Forum politique devra se renforcer mutuellement et être complémentaire.  « Ce lien institutionnel est une opportunité dont il faut tirer pleinement parti », a-t-il dit, en prônant toutefois la nécessité d’une réforme du système de développement des Nations Unies.

  1. ASOKE KUMAR MEKERJI (Inde) a estimé que ce qui avait été démarré à l’aube de ce Millénaire n’était encore qu’une tâche à moitié remplie étant donné que 1,3 milliard d’individus –soit 2 fois la population combinée du continent européen– vit encore dans la pauvreté.  Il a invité les États Membres à tirer les enseignements du passé et à adopter, notamment, d’autres modes de vie et de consommation.  Citant le mahatma Gandhi, qui disait que « La Terre fournit suffisamment pour satisfaire les besoins de tous les hommes, mais pas la cupidité de chaque homme », il a invité les pays développés à assurer un rôle de chef de file en la matière en combinant les notions de développement et d’harmonie avec la nature.  S’agissant du suivi et de l’examen des ODD, il a rappelé que celui-ci devait être assuré par les États avec une ambition de partager les expériences et les meilleures pratiques.
  2. GONZALO KONCKE (Uruguay) a rappelé que l’intégration est l’élément clef du programme de développement pour l’après-2015, une intégration qui inclut les droits fondamentaux de l’homme.  S’agissant du Forum politique de haut niveau, le représentant a dit qu’après l’adoption du programme de développement en septembre prochain, il est important d’avoir un Forum fort qui puisse orienter la mise en œuvre.  Il a souligné l’importance de l’aide publique au développement, en la matière, et a demandé qu’une attention particulière soit accordée à la situation des pays à revenu intermédiaire.  Il a demandé de l’on revoit les critères d’accès à l’aide, lesquels excluent aujourd’hui plus 500 millions d’individus dans le monde sous prétexte qu’ils vivent dans des pays à revenu intermédiaire.
  3. WANG MIN (Chine) a demandé quant à lui la révision du partenariat mondial pour le développement qui aujourd’hui ne met pas suffisamment l’accent sur l’éradication de la pauvreté et la gouvernance internationale.  Il faut laisser les pays formuler leur propre politique de développement.  Il faut certes promouvoir un système commercial ouvert mais respecter la voie choisie par chaque pays.  C’est en réalité l’égalité et la justice qu’il faut respecter.  Il a demandé l’augmentation de l’aide au développement et le respect par les pays donateurs de leurs engagements.  Il a aussi demandé le respect du Consensus de  Monterrey et de la Déclaration de Doha, et le renforcement de la coopération Sud-Sud.  Le Forum doit se focaliser sur le renforcement de capacités et le transfert des technologies, a-t-il conclu.

Il s’agit maintenant de bien gérer la transition des OMD aux ODD, a plaidé M. DANIELE D. BODINI (Saint-Marin).  Les ODD doivent être réalisables au risque de compromettre la crédibilité des plans nationaux et internationaux de développement.  Le Forum doit en toute transparence analyser les performances des pays et se montrer inclusif et fiable.

Mme SEWA LAMSAL ADHIKARI (Népal) a déclaré que la pauvreté constitue le principal obstacle au développement durable.  Elle a aussi énuméré d’autres obstacles majeurs comme l’accès à l’aide au développement pour les pays à revenu intermédiaire, l’isolement des pays en développement sans littoral et la fracture numérique.  Le Népal est non seulement un des pays les moins avancés (PMA) mais aussi un pays postconflit.  Comme si cela ne suffisait pas, les derniers séismes ont eu des conséquences dévastatrices sur le pays.  « Mais nous comptons tout de même sortir des PMA à l’horizon 2022 », a-t-elle annoncé.  Pour cela, nous comptons sur la coopération internationale.  Le Népal attend avec espoir l’adoption et la mise en œuvre du programme de développement durable et les résultats de la troisième Conférence sur le financement du développement.

  1. PETER PETERSON (Royaume-Uni) a plaidé pour la mise en place de mécanismes robustes d’examen et de suivi de la mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015, basés notamment sur des principes d’universalité et de participation.  « Nous ne devons oublier personne et atteindre les plus pauvres et les plus vulnérables.  Nous devons considérer qu’un objectif ou qu’une cible ne sera pas atteinte si tous les groupes concernés n’ont pas été touchés », a-t-il dit.  Il a également prôné une meilleure utilisation de données, en insistant sur la nécessité de bénéficier de données ventilées par objectif et par cible afin, a-t-il insisté, d’atteindre toutes les personnes concernées.  S’agissant du principe de participation, il a expliqué que l’implication des citoyens était vitale et que, à travers d’importants efforts en matière de communication, le programme de développement pour l’après-2015 devait être compris de tous.
  2. GUILHERME DE AGUIAR PATRIOTA (Brésil) a considéré que l’intégration des trois dimensions du développement durable dans ce nouveau programme est un résultat sans précédent pour la communauté internationale.  Il s’est félicité de la manière dont s’est déroulé le processus d’élaboration des ODD qui, a-t-il dit, contrairement aux critiques émises après la définition des OMD, ont pu compter sur un processus participatif.  Il a expliqué que les États de sa région avaient décidé de créer un forum des pays d’Amérique latine et des Caraïbes sur le développement durable, qui sera défini après l’adoption en septembre prochain du programme de développement pour l’après-2015.  Ce forum, dans son état d’avant-projet, a d’ores et déjà reçu le soutien de principe de la part de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), s’est-il réjoui.  Il sera l’une des clefs de voute des efforts collectifs de la région en matière de suivi et d’examen du programme de développement.

Mme KIRSTIN DONALDSON (Australie) s’est dite favorable à une approche thématique du processus mondial d’examen et de suivi de la mise en œuvre du nouveau programme car une telle approche, selon elle, permettra de mieux observer combien les objectifs et les cibles sont liés les uns aux autres.  Elle a insisté sur la nécessité de reconnaître qu’il existe des diversités régionales, sous-régionales, puis nationales.  C’est la raison pour laquelle elle a estimé qu’il faudra accorder une certaine flexibilité aux États, afin que ceux-ci puissent mettre en œuvre et entreprendre des démarches pour favoriser un processus qui réponde pleinement à leur propre contexte et situation.  S’agissant des discussions sur la mise en œuvre du programme, la représentante a estimé que celles-ci peuvent avoir lieu tantôt à l’ECOSOC, tantôt à la Deuxième Commission chargée des questions économiques et financières ou dans tout autre Forum, à condition que l’on évite les doublons.

  1. DANIEL PETTERSSON (Suède) a rappelé que seule la mise en œuvre du nouveau programme de développement prouvera si, oui ou non, la communauté internationale a réussi dans sa tâche.  Il a insisté sur le niveau national de cette mise en œuvre et sur le rôle crucial que doit jouer le Forum de haut niveau en matière de suivi et d’examen.  Il a estimé que le Forum devait à tout prix s’appuyer sur les mécanismes d’évaluation existants afin de favoriser un regroupement des ressources.  Il s’est, par ailleurs, dit favorable à une convergence des processus de suivi du programme de développement pour l’après-2015 et du financement du développement.  « Un tel suivi combiné des ODD et de leurs moyens de mise en œuvre renforcerait leur impact », a-t-il conclu.
  2. EVGENY PAVLOVICH VELIKHOV, Président de l’Association internationale des conseils économiques et sociaux et institutions similaires (AICESIS), a déclaré que la transition des OMD aux ODD doit tenir compte des obstacles actuels, dont la situation économique internationale qui est en phase d’assainissement, après la crise financière de 2008 et les menaces contre le développement que sont les violations des droits de l’homme.  Il a aussi parlé de la nécessité pour le secteur privé de s’impliquer davantage dans le développement et de l’importance qu’il y a à respecter l’équilibre entre les États qui ont des défis différents en matière de développement.  Le représentant a souligné le rôle incontournable de la société civile et a rassuré: « la transition est possible si la bonne gouvernance est là ».

Table ronde I: Analyse et suivi des progrès réalisés: qu’avons-nous appris et comment faire avancer la mise en œuvre? (E/HLPF/2015/2E/HLPF/2015/3 et E/HLPF/2015/3/Add.3)

Orateur principal de cette table ronde, l’ancien Premier Ministre de l’Australie, Mme JULIA GILLARD, qui est actuellement Présidente du Partenariat mondial pour l’éducation, s’est félicitée de la réduction de 50% du nombre d’enfants qui n’ont pas accès à l’école primaire, et de 40% au cycle, en regrettant néanmoins que ces progrès ne concernent pas l’Afrique subsaharienne.  Le Partenariat mondial pour l’éducation, a-t-elle indiqué, compte 60 pays en développement, les donateurs, le secteur privé et les entités du système de l’ONU.  Il est financé à hauteur de 75% par des plans d’éducation et les bailleurs de fonds.  Précisant que 30% des ressources sont consacrées à des objectifs choisis par les gouvernements eux-mêmes, elle a insisté sur l’appropriation nationale.  Le Partenariat a alloué 4 milliards de dollars en quatre ans, a-t-elle signalé, regrettant cependant qu’il manque près de 30 milliards par an, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Parmi les points positifs, Mme Gillard s’est félicitée de ce que la communauté internationale ait fait de l’éducation une des priorités essentielles du développement, saluant aussi la création d’une Commission financière à Oslo qui va guider le débat international sur le développement.  Elle a donné plusieurs pistes pour accélérer les progrès, comme promouvoir davantage le secteur de l’éducation pour obtenir plus de ressources, mettre en œuvre une stratégie pour trouver d’autres donateurs et mieux coordonner l’action es donateurs.  Il faut également arriver à mobiliser plus de ressources nationales.

  1. VLADIMIR DROBNJAK (Croatie), Vice-Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a rappelé que le Forum politique de haut niveau sur le développement durable était la plateforme principale de suivi des progrès dans la mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015, qui doit être adopté en septembre prochain.  L’Assemblée générale lui a en effet donné pour mandat d’examiner régulièrement la mise en œuvre nationale de ce programme.  Ces examens, qui commenceront en 2016, remplaceront les anciennes « présentations volontaires nationales » qui avaient lieu lors de l’examen ministériel annuel (EMA) de l’ECOSOC.  Tant les pays en développement que les pays développés pourront participer à ces examens, qui seront volontaires et menés par les États concernés.  Il sera crucial de garantir la cohérence de ce processus d’examen, a prévenu M. Drobnjak, souhaitant notamment qu’il se base sur des données vérifiées et ventilées.

Les participants ont été invités à s’interroger sur les moyens de se préparer à un suivi transparent et inclusif, et sur le rôle du système de l’ONU et des partenaires de développement.  Qu’avons-nous appris des présentations volontaires nationales, a demandé le modérateur de la discussion, M. NIKHIL SETH, Directeur de la Division du développement durable du Département des affaires économiques et sociales (DAES).

Nous avons accompli des progrès considérables au Bahreïn pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), a déclaré Mme FAEEQA BINT SAEED ALSALEH, Ministre des affaires sociales de Bahreïn, en soulignant les efforts immenses déployés pour y parvenir.  S’interrogeant sur ce qu’il manque à un succès total, elle a souligné l’importance d’avoir un cadre de responsabilité.  Nous avons besoin, a-t-elle expliqué, d’un cadre institutionnel permettant aux États de planifier l’exécution du programme pour l’après-2015 de manière sectorielle.  Elle a estimé que les conseils de développement durable devaient avoir les pouvoirs nécessaires pour mettre en œuvre les législations appropriées.  Notant l’expérience mitigée des pays arabes dans le suivi des OMD, elle a précisé que 40% seulement de ces objectifs avaient fait l’objet d’un examen approprié de la part de ces pays, du fait des déficiences dans la collecte de données.  Elle a donc souligné l’importance du renforcement des capacités et recommandé l’élaboration d’indicateurs pour les pays arabes.  Cela implique l’augmentation des financements et l’intensification du transfert des technologies, a-t-elle dit.

Exposant l’expérience de son pays dans le secteur de l’éducation, M. MARIO NÉSTOR OPORTO, ancien Ministre de l’éducation et Président chargé des technologies de l’information et des communications au Congrès de l’Argentine, a mentionné une loi de son pays de 2006 qui a permis de réaliser l’objectif de l’accès universel à l’éducation primaire.  Nous voulons étendre cette universalisation à l’enseignement secondaire, a-t-il précisé, avant de parler d’une loi qui vise à améliorer la formation des enseignants.  Il s’est cependant demandé si l’éducation était un outil pour sortir les gens de la pauvreté ou pour enrichir les riches sur le dos des pauvres.  Entrer dans le système éducatif ne suffit pas, a-t-il estimé.  Il faut encore que toute la gamme de l’éducation soit couverte, jusqu’à la formation continue.  Il faut aussi s’assurer de l’égalité d’accès aux technologies de l’information et des communications (TIC), a-t-il aussi remarqué.

Faisant le lien entre l’amélioration des systèmes d’éducation et l’importance des institutions de suivi des progrès en matière de développement durable, M. JOSEF MOSER, Secrétaire général de l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques (INTOSAI), a plaidé en faveur d’institutions fortes au niveau national pour garantir un examen efficace des progrès dans la réalisation des objectifs de développement durable.  Citant les résolutions déjà adoptées par l’ECOSOC sur cette question, il a indiqué qu’un projet de résolution qui reconnait le rôle de ces institutions nationales serait présenté pour adoption ce mois-ci.  Il a également appelé à renforcer la responsabilisation des personnes chargées de ce suivi.  Nous avons besoin d’un système « indépendant fiable et objectif », basé sur des informations vérifiées, a-t-il ajouté.

Dans le cas du Togo, a indiqué M. KODJO MENAN (Togo), des progrès tangibles ont été réalisés dans la réalisation des OMD malgré 15 ans de suspension de l’aide au développement, en particulier dans la sécurité alimentaire, l’éducation pour tous et la lutte contre le VIH/sida.  Le programme de développement en cours vise huit objectifs, a-t-il signalé, dont l’amélioration des performances des institutions nationales.  Il vise aussi à créer un système incitatif pour favoriser la participation du secteur privé et des citoyens au développement.  Il s’agit de promouvoir une gouvernance inclusive, a-t-il dit, en expliquant que le pays cherche à réduire la pauvreté en s’appuyant sur la participation des différents acteurs publics et privés.  En matière de coordination institutionnelle, c’est le premier ministre qui garantit la cohésion de tout le dispositif, a indiqué le représentant.  Enfin, pour relever les défis de financement, il a dit que son gouvernement avait développé un plaidoyer pour mobiliser davantage de ressources.

Si le processus de suivi doit, certes, être mené par les États, il doit aussi être assuré par les citoyens et toutes les parties prenantes, a exigé pour sa part M. JOHN ROMANO, TAP (Transparency, Accountability & Participation) Network (États-Unis).  Il a estimé qu’on aurait pu créer des mécanismes dans le cadre du suivi des OMD qui auraient renforcé la responsabilisation.  Il a aussi regretté que toutes les parties prenantes n’aient pas eu la possibilité de participer « activement » à l’examen ministériel annuel.  La société civile a beaucoup à offrir en matière d’examen et d’analyse, a-t-il pourtant assuré.  Si l’on veut aller de l’avant, il faut garantir la participation de la société civile dans le mécanisme de suivi.  Comment encourager les gouvernements nationaux et locaux à collaborer avec la société civile dans le processus d’examen, a interrogé M. Romano en demandant aux délégations de partager leur expérience dans ce domaine.

La discussion interactive qui a suivi a en effet mis l’accent sur la responsabilisation dans la mise en œuvre et le suivi du futur programme, ainsi que sur l’inclusion de tous les acteurs dans cette entreprise.

Qu’est-ce qui fait qu’un examen est inclusif, a voulu savoir le représentant de l’Union européenne, en reconnaissant, à l’instar d’autres délégations, dont celle de l’Afrique du Sud, le rôle crucial de la société civile dans ce processus.  Si on a souvent assuré la participation des personnes handicapées, des femmes et des jeunes dans la mise en œuvre du développement, on n’a pas parlé de la participation des pauvres, a noté avec regret le représentant des Palaos.  Le panéliste de TAP Network a rappelé à ce propos qu’un fonds d’affectation spéciale avait permis la participation des pauvres du Sud à la Conférence de Rio+20.

Certains, comme la représentante de la Suisse, ont rappelé que la mise en œuvre commençait au niveau national.  Pour mener à bien cette mission, les mécanismes publics de suivi doivent remplir certaines conditions, ont noté de nombreux intervenants.  Les arguments en faveur de la responsabilisation et de la transparence ont été repris notamment par le représentant de l’Azerbaïdjan qui a donné l’exemple des mécanismes mis en place par son pays.  Le Ghana a aussi un système d’audit performant, a témoigné lepanéliste d’INTOSAI.  Pour garantir cette transparence, la délégation de l’Union européenne a demandé à tous les pays de préparer des rapports qui incluent les vues d’acteurs non étatiques.

Des consignes ont également été données, notamment par la représentante de l’Italie, en ce qui concerne les données utilisées, qui devront être vérifiées et ventilées, ce qui exige un renforcement des capacités des pays en développement.  Le délégué de l’Union européenne a également recommandé de baser les indicateurs de suivi sur les indicateurs existants.

Le rôle du Forum politique de haut niveau, organe onusien précisément chargé du suivi de la mise en œuvre du programme pour l’après-2015, a été précisé au cours du débat: il ne devra pas se cantonner à recevoir des rapports, selon la représentante du Canada, mais devra mener des débats proactifs, comme l’a demandé la délégation de l’Union européenne.

Enfin, revenant à l’objectif de scolarisation universelle, la représentante du Burkina Faso a salué les accords de partenariats qui ont donné un coup de pouce au secteur éducatif de son pays.  Si on veut que plus de jeunes fassent des études et que les adultes complètent leur formation, il faut assumer la charge financière de ce secteur, notamment garantir un salaire adéquat aux enseignants, a remarqué pour sa part l’ancien Ministre argentin de l’éducation.

Table ronde II: Réaliser les objectifs de développement durable: à la mesure des ambitions avec des moyens de mise en œuvre suffisants–ressources, technologies et capacités (E/HLPF/2015/2)

Au cours de cette seconde table ronde, panélistes, États Membres et représentants d’institutions ont exploré plusieurs pistes de ressources et de capacités qui permettront de faciliter la mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015.  Il a notamment été question de l’aide publique au développement (APD), du financement privé, des dispositifs incitant le secteur privé à investir dans le développement durable, des accords de coopération en matière de recherche et développement, de la libre circulation des savoirs, des technologies de l’information et des communications (TIC), de la lutte contre les flux illicites de capitaux et du rôle des volontaires de la société civile.

Avant de céder le parole aux différents intervenants, Mme MARÍA EMMA MEJÍA VÉLEZ, Vice-Présidente du Conseil économique et social, a rappelé combien le thème des ressources et des capacités était pertinent pour le Forum politique de haut niveau sur le développement durable, compte tenu du fait que le principal défi de la communauté internationale sera, au cours des prochains mois, de compléter le programme de développement pour l’après-2015 de moyens et de ressources financières nécessaires à sa mise en œuvre.

Chargé d’animer les échanges, M. JOS VERBEEK, Conseiller au Bureau de l’Envoyé spécial du Président du Groupe de la Banque mondiale sur les enjeux de développement pour le programme de développement pour l’après-2015, a brièvement mis en évidence le travail de son Groupe en faveur du financement du développement, en partenariat, notamment, avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque européenne d’investissement (BEI).

Mme ENDAH MURNININGTYAS, Vice-Ministre des ressources naturelles et de l’environnement au Ministère de la planification nationale de développement de l’Indonésie, a ensuite insisté sur la nécessité de mobiliser différentes pistes de financement, y compris celles issues du secteur privé.  Elle a par ailleurs estimé que le Forum politique de haut niveau sur le développement durable devrait se doter d’un secrétariat solide et efficace, qui sera en mesure de cerner les subtilités et les enjeux de chacun des pays, d’aider à fixer le thème des discussions annuelles et d’appuyer un processus progressif de réalisation.

  1. SHIN DONG-IK, Vice-Ministre aux affaires multilatérales et mondiales au Ministère des affaires étrangères de la République de Corée, pour sa part, a affirmé que l’aide publique au développement (APD) conserverait un rôle important en tant qu’élément « catalyseur » pour mobiliser les ressources.  Il a cependant invité les pays à ne pas négliger les ressources du secteur privé et les ressources internes.  Il a ainsi fait part de l’expérience acquise par son pays à la suite de la guerre de Corée, peu après la mise en place de plans quinquennaux de développement auxquels a largement contribué le secteur privé, à la fois en matière de financement et en matière d’innovation.  Il a ainsi souligné l’importance vitale, selon lui, de fournir des mesures d’incitation au secteur privé afin qu’il investisse dans le programme de développement.  Enfin, le Vice-Ministre a aussi mis l’accent sur l’importance de la coopération au développement, en précisant que son gouvernement avait lancé un « programme d’échange d’expérience en matière de développement et de partenariats » qui vise à renforcer les capacités des pays récipiendaires.
  2. ROLF-DIETER HEUER, Directeur général de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, a effectué un vibrant plaidoyer en faveur de la science et de la recherche.  « Aucun développement durable n’aura lieu dans une société qui n’est pas éduquée en matière scientifique », a-t-il lancé.  C’est la raison pour laquelle, a-t-il estimé, les pays doivent mettre l’accent sur le transfert de connaissances à leur population, sur le transfert des techniques et technologies et sur la libre diffusion de l’information, a-t-il souligné.  Le professeur a également invité les États à se mettre d’accord sur des investissements dans la recherche fondamentale et dans l’éducation à la science.

Ce plaidoyer a été suivi par une illustration concrète d’un important projet de coopération scientifique entre plusieurs pays.  M. EVGENY PAVLOVICH VELIKHOV, Membre de l’Académie des sciences de Russie, Président de l’Association russe pour le soutien aux sciences et Secrétaire honorable de la Chambre civique de la Fédération de Russie, a en effet présenté le projet de « réacteur thermonucléaire expérimental international », qui réunit les pays de l’Union européenne, la Chine, la République de Corée, l’Inde, le Japon et la Fédération de Russie.  Ce projet, qui est actuellement en construction en Provence, dans le sud de la France, a été initié en 1988 et est le fruit d’un accord de coopération signé en 2006.  Il vise à produire des quantités d’énergie hors normes, par le biais de la fusion nucléaire, a-t-il précisé.

  1. ALDO LALE-DEMOZ, Directeur exécutif adjoint de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, a ensuite encouragé les États à reconnaître qu’il existe un lien étroit entre les flux illicites de capitaux et la réussite de la mise en œuvre des ODD.  « Les flux illicites érodent les capacités nationales des États à produire des ressources en faveur du développement durable », a-t-il dit.  C’est pourquoi, il a invité les pays à faire preuve de courage politique pour lutter de façon urgente contre les flux illicites, contre le blanchiment et contre l’argent sale, et à renforcer les capacités des gouvernements dans ce domaine.

Mme MEGAN ARROWSMITH HADDOCK, Directrice des projets de recherche internationaux au Centre for Civil Society Studies de l’Université Johns Hopkins (États-Unis), a ensuite présenté les résultats d’études menées par son organisation sur les partenariats entre les gouvernements et la société civile dans une quarantaine de pays.  Ces travaux ont mis en évidence le puissant poids des volontaires dans les processus de mise en œuvre de ces partenariats.  « Les volontaires de la société civile jouent un rôle clef dans la mise en œuvre », a-t-elle souligné, en déplorant toutefois le fait que de nombreux pays n’aient pas une bonne compréhension du véritable rôle de la société civile et de ses réseaux de volontaires.

Lors de la discussion interactive, le représentant de l’Arménie a mis l’accent sur des programmes d’investissement mis en place par son pays en vue de développer des infrastructures de transport ferroviaires et routières.  Ces projets se concentrent sur l’axe Nord-Sud, « compte tenu du blocage des frontières avec la Turquie et l’Azerbaïdjan », a-t-il fait remarquer.  Il a considéré que les blocus constituaient des barrières aux échanges commerciaux et qu’ils devaient donc être abolis dans le monde de l’après-2015.

Réagissant à ces propos, le représentant de l’Azerbaïdjan a précisé que l’Arménie s’était isolée elle-même en raison d’une attitude hostile vis-à-vis de ses voisins.  Il a indiqué que son homologue de l’Arménie avait oublié de mentionner que son pays occupait 20% du territoire de l’Azerbaïdjan et l’a invité à mettre en œuvre les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment en engageant un dialogue constructif au sujet du Haut-Karabach.

Un représentant du grand groupe de la jeunesse a ensuite invité les pays à mobiliser davantage leurs jeunes en tant que force vive capable de catalyser la mise en œuvre des ODD, tandis qu’une responsable de l’Organisation internationale du Travail (OIT) a insisté sur le fait que les technologies de l’information et des communications pouvaient aussi se révéler de puissants leviers de mise en œuvre du programme de le développement pour l’après-2015.

Deux des panélistes ont d’ailleurs abondé dans le sens de cette dernière.  Mme Endah Murniningtyas a ainsi souligné le rôle qu’avaient joué les technologies de l’information et des communications (TIC) dans la mise en œuvre des OMD en Indonésie, et ce, en raison de la géographie et du nombre d’îles de ce pays.  Pour sa part, M. Shin Dong-ik a expliqué que la République de Corée avait récemment mis en place un centre de coopération des technologies de l’information et des communications.

Clôture du Forum politique de haut niveau sur le développement durable, convoqué sous les auspices du Conseil économique et social

  1. MACHARIA KAMAU (Kenya), Cofacilitateur des négociations du Programme de développement pour l’après-2015, a reconnu que les enjeux du programme de développement sont immenses.  « Nous sommes aussi conscients des menaces émergentes comme les inégalités, les changements climatiques et les menaces à la paix et la sécurité internationales », a-t-il ajouté.  Malgré tous ces obstacles, nous disposons d’une feuille de route.  La question est de savoir comment suivre cette voie.  C’est là que le Forum politique a un rôle à jouer.  C’est pourquoi il est important de se doter des moyens nécessaires pour atteindre les objectifs.  Le programme sera doté en septembre prochain de capacités importantes pour envoyer un message fort à la communauté internationale, a indiqué le cofacilitateur.

Le Forum politique de haut niveau sera-t-il en mesure de s’acquitter de son mandat?  Est-il adapté à sa tâche?  Est-ce que tous les éléments des objectifs de développement durable peuvent être examinés par une seule instance comme le Forum?  L’ECOSOC sera-t-il en mesure de s’adapter pour intégrer les nouvelles exigences au fur à et mesure que ces objectifs sont mis en œuvre?  En outre, ce programme exige l’inclusion de la société civile, des organisations régionales et des parlements qui doivent tous se considérer comme des moteurs du financement du programme.

Le représentant a estimé qu’il faudrait assembler tous les éléments nécessaires pour aboutir à des résultats cohérents.  Ce sera difficile mais pas impossible pour le Forum.  Il faudrait travailler d’une façon différente de celle adoptée pour la réalisation des OMD, a-t-il dit.  Il faudrait aussi atteindre un équilibre entre les moyens de mise en œuvre et les objectifs annoncés et être capable de mesurer les actions menées pour atteindre les objectifs.  Cela devrait passer notamment par des concepts transversaux.  Il faudrait en outre tenir compte des synergies des objectifs entre eux.

Quels sont les changements attendus au cours des 12 prochains mois? a continué M. Kamau.  En répondant à cette question, il a avancé cinq pistes: les objectifs nationaux, régionaux et internationaux doivent se compléter; les rapports annuels et quadriennaux devront aussi se compléter aux niveaux national, régional et international; en matière de gestion, il nous faut être capables de coopérer tous ensemble et de façon cohérente; s’agissant de l’interface science-politique, nous devons être en mesure de coopérer en matière de collecte de données avec le milieu scientifique et le Forum doit ainsi trouver des moyens pour intégrer ces outils et ces informations; enfin, nous devons travailler de façon plus prudente dans la collecte des informations.  Le programme de développement pour l’après-2015 reprendra tous ces éléments, a indiqué le représentant qui, en terminant, s’est interrogé sur la capacité des pays d’être à la hauteur de ce programme ambitieux ».

La représentante de la Turquie a répondu à son homologue de l’Arménie en lui rappelant que sa déclaration ne reflétait pas la réalité sur le terrain.  Elle a expliqué que la frontière terrestre entre les deux pays avait été fermée en 1993 après l’invasion de l’Azerbaïdjan par l’Arménie.  Par cette fermeture, a-t-elle précisé, son pays n’entendait pas imposer un blocus.  Parmi les arguments qu’elle a présentés, elle a fait remarquer qu’il y avait toujours la possibilité de transporter des marchandises par la voie maritime.

Adoption du projet de déclaration ministérielle du Forum politique de haut niveau sur le développement durable(E/2015/L.19–E/HLPF/2015/L.2)

Adoption du projet de rapport du Forum politique de haut niveau sur le développement durable pour 2015 (E/HLPF/2015/L.1)

Le Forum politique de haut niveau sur le développement durable a adopté sa déclaration ministérielle(E/2015/L.19–E/HLPF/2015/L.2) et son rapport (E/HLPF/2015/L.1).

Dans cette déclaration, les ministres expriment leur détermination à élaborer, pour les 15 prochaines années, un programme de développement qui soit « solide, ambitieux, inclusif » et « centré sur l’humain ».  Le programme pour l’après-2015, ont déclaré les ministres, sera fondé sur les bases jetées et l’expérience acquise durant le processus des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), en vue de « mener à bien les tâches inachevées et de relever les nouveaux défis ».

Les OMD ont défini une « vision commune » et permis des « progrès remarquables », ont aussi noté les ministres dans la Déclaration, en se félicitant aussi des progrès accomplis dans les processus de préparation à la prochaine troisième Conférence internationale sur le financement du développement, qui se tiendra la semaine prochaine à Addis-Abeba.  Il a été décidé, à cet égard, qu’un résumé des délibérations des débats de haut niveau serait publié, à titre exceptionnel et sans créer de précédent, pour contribuer à cette Conférence.

Les ministres ont également salué les progrès accomplis dans les négociations intergouvernementales sur le programme de développement pour l’après-2015.

Observations finales

Au cours de cette réunion de haut niveau du Forum, nous avons mieux compris les enjeux, a assuré M. MOHAMED KHALED KHIARI (Tunisie), Vice-Président de l’ECOSOC, dans ses observations de clôture.  Il a noté la volonté des délégations de réaliser tous les objectifs et pas seulement quelques-uns.  « Nous pouvons réduire les inégalités, adopter des systèmes de production et de consommation durables », a-t-il lancé.  Se disant impressionné par la richesse des débats, il a indiqué qu’un résumé du Président serait présenté.

Sur la mise en œuvre du futur programme de développement, il a noté la détermination des délégations à ne laisser personne de côté.  Les groupes marginalisés doivent recevoir toute l’attention possible, ce qui oblige à ne pas se contenter d’analyser des moyennes, a-t-il souligné.  M. Khiari a noté l’intérêt exprimé par les États Membres pour qu’une bonne communication soit établie sur les objectifs de développement durable, en précisant que chacun voulait que les messages soient compris à tous les niveaux, du sommet à la base.

Il faudrait également permettre la participation de tous les acteurs qui contribuent au développement, en favorisant des partenariats novateurs avec la société civile, les entreprises et le monde universitaire.  Les autorités locales sont sur le devant de la scène pour mettre en œuvre le développement, a-t-il aussi constaté.  En ce qui concerne le monde des affaires, il a noté les avantages que ce secteur présente en termes de créativité.  Le cadre institutionnel a aussi été débattu en mettant l’accent sur l’architecture à mettre en place à tous les niveaux pour garantir une bonne mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015.  Il faudrait aussi assurer une bonne cohérence à l’échelle du système des Nations Unies.

L’efficacité du mécanisme de suivi sera essentielle pour le succès du nouvel agenda, dans l’attente des directives que donnera à cet égard le sommet de septembre, a rappelé le Vice-Président de l’ECOSOC.  Le mécanisme d’examen devrait éviter de jeter la pierre mais plutôt prévoir des mesures d’incitation.  Il devrait se fonder sur des éléments concrets et s’effectuer à tous les niveaux.  Le Forum politique de haut niveau pourra jouer un rôle décisif dans ce suivi, a-t-il estimé, en précisant qu’il constitue la moelle épinière du processus d’examen.

Le Forum devrait aussi veiller à ce que les scientifiques du monde entier examinent eux aussi la mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015.  À cet égard, M. Khiari a noté l’intérêt porté au rapport sur les objectifs de développement durable, établi par le DAES, qui contient les avis de centaines de scientifiques et d’institutions.  Il a également pris note des attentes en matière de collecte de données pour assurer un bon suivi de la mise en œuvre des objectifs, notamment pour les pays qui ont besoin de renforcer leurs capacités dans ce domaine, comme les petits États insulaires en développement (PEID).

DÉBAT DE HAUT NIVEAU

Adoption de la Déclaration ministérielle du Débat de haut niveau de la session de 2015 de l’ECOSOC (E/2015/L.19–E/HLPF/2015/L.2)

L’ECOSOC a adopté la même déclaration que le Forum politique de haut niveau sur le développement durable, par laquelle les ministres se disent notamment « déterminés à élaborer pour l’après-2015 un programme de développement qui soit solide, ambitieux, inclusif et centré sur l’humain, fondé sur les bases jetées et l’expérience acquise durant le processus des Objectifs du Millénaire pour le développement, qui permettra de mener à bien les tâches inachevées et de relever les nouveaux défis ».

Examen ministériel annuel

Dans ses observations liminaires, M. MOHAMED KHALED KHIARI (Tunisie), Vice-Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a invité à voir au-delà des chiffres et des mots pour se remémorer plutôt les OMD qui concernent avant tout les personnes.  Il a rappelé que les OMD avaient permis d’autonomiser les communautés locales et de réaliser de réels progrès dans la vie des citoyens.  On se souviendra à l’avenir des OMD et des objectifs de développement durable comme des changements tangibles qui ont amélioré le bien-être de la population mondiale.  En soulignant la tâche qu’il reste à accomplir, il a averti qu’il faudrait adopter des politiques fortes, mettre sur pied des institutions solides et respecter l’état de droit: telles sont les pierres angulaires d’un environnement propice au développement durable.  Il faudrait aussi un bon leadership et des populations résilientes sans oublier, a-t-il ajouté, d’investir dans les personnes.

Les débats des deux prochains jours donneront lieu à des discussions intenses sur les moyens de réaliser une bonne transition entre l’ère des OMD et celle des objectifs de développement durable.  Les fondations que nous posons aujourd’hui seront celles du programme de développement pour l’après-2015, a-t-il fait remarquer.  Le rôle de l’ECOSOC dans cette transition, a-t-il expliqué, sera de fournir des directives sur le plan politique.  Le segment de haut niveau permet, notamment, d’établir un dialogue mondial sur des thèmes particuliers relatifs au développement durable.  Il a émis l’espoir qu’il sera possible de s’appuyer sur l’expérience acquise avec les examens ministériels annuels et les présentations volontaires nationales.  L’examen ministériel de cette année, a-t-il indiqué, permettra d’entendre les présentations du Kirghizstan, de la Mongolie, des Philippines et de la Zambie.  Il comportera également, cette année, la mise en œuvre du Programme d’action pour les pays les moins avancés (PMA) pour la décennie 2011-2020.

Interventions

Mme SONJA STEßL, Secrétaire d’État chargée de l’administration et de la fonction publique auprès de la Chancellerie fédérale de l’Autriche, qui a parlé au nom du M. Werner Faymann, Chancelier de l’Autriche, a déclaré que l’élimination des inégalités sera d’une importance cruciale pour assurer le succès de la mise en œuvre du futur programme de développement.  C’est après avoir appliqué les droits du travail et réalisé l’égalité des sexes et le commerce équitable que nous pourrons parvenir à un développement durable de nos sociétés.  Nous devons aussi faire de sorte que les progrès soient inclusifs pour tous les peuples à travers la promotion de sociétés ouvertes, exemptes de toute forme de discrimination et fondées sur la démocratie.

Le nouveau programme de développement est ambitieux et reprend les enjeux des pays en développement et développés.  Les ODD seront applicables à tous les pays.  Il présentera des défis qui devront être résolus comme la pauvreté, l’éducation, la santé, les inégalités des sexes, l’environnement.  Le programme doit être compris et adopté par les gouvernements, la société civile et les parlements.  La clef du succès réside dans la capacité à mobiliser des moyens de mise en œuvre.  Des ressources financières significatives des secteurs public et privé, le renforcement des capacités, l’implication du secteur privé et des politiques et des mesures d’appui seront nécessaires.

Un suivi et un examen transparents et opérationnels aux niveaux national, régional et mondial seront également nécessaires.  C’est la clef pour assurer la reddition de comptes envers les citoyens.  Pour y parvenir, des microdonnées sont nécessaires pour aider à mesurer les progrès.  Dans de nombreux pays, la disponibilité des données reste un énorme défi et il sera essentiel de renforcer les systèmes statistiques nationaux et les institutions.  Un cadre de reddition de comptes doit aussi être créé.  Il devrait constituer un processus qui va de bas en haut et repose sur l’utilisation de mécanismes nationaux de reddition de comptes.  Au niveau national, les parlements, les autorités locales et gouvernementales, la société civile, le milieu scientifique et académique ainsi que le milieu d’affaires jouent un rôle central dans ce contexte.

Les efforts régionaux pourraient stimuler l’examen par les pairs, les échanges de meilleures pratiques et en contribuant au suivi et examen global.  Les progrès des processus nationaux et régionaux convergeraient ainsi vers le Forum politique de haut niveau qui a été mandaté pour assurer un leadership politique et un examen de la mise en œuvre des engagements de développement durable.

Mme ROZA OTUNBAYEVA, Fondatrice de l’Initiative Roza Otunbayeva, ancienne Présidente du Kirghizistan et Membre du Club de Madrid, a parlé de l’expérience de son pays en matière de développement au cours des 20 dernières années.  Le Kirghizistan a notamment pu améliorer la nutrition et réduire la mortalité infantile et maternelle.  En outre, le pays a atteint un taux d’alphabétisation de près de 100% pour les hommes et les femmes.  Les OMD n’ont cependant pas assez mis l’accent sur les inégalités au sein de ce secteur, a-t-elle dit, en expliquant que sa fondation avait pour rôle d’y remédier.  Le Gouvernement a aussi investi près de 10 millions de dollars par an dans un programme de fourniture de repas à l’école primaire.  « Nous travaillons maintenant avec le Programme alimentaire mondial (PAM) pour réduire les coûts de la nutrition tout en améliorant la qualité », a assuré Mme Otunbayeva.  Elle a ensuite invité à privilégier les échanges d’expériences nationales en matière d’éducation, avant de saluer ce qui est accompli grâce à la Fondation Bill et Melinda Gates.

L’ancienne Présidente du Kirghizistan avait également recommandé de redoubler d’efforts en faveur de l’autonomisation des femmes, a indiqué Mme Otunbayeva.  Elle a apprécié par ailleurs que la lutte contre la corruption figure dans les objectifs de développement durable, tout en souhaitant que cette question ait été envisagée de manière plus ambitieuse.  Elle a aussi souligné les besoins élevés des pays en développement en termes de renforcement des capacités.  Enfin, la question des travailleurs migrants a retenu toute son attention car, a-t-elle fait remarquer, une forte part du revenu national de son pays provient des envois de fonds de l’étranger.  Notant que les travailleurs migrants travaillent souvent dans des conditions dangereuses, elle a mis l’accent sur leurs droits et s’est félicitée de l’intégration dans le futur programme de développement d’un objectif les concernant.  Le projet de texte final de la Conférence d’Addis-Abeba sur le financement pour le développement contient d’ailleurs un paragraphe sur la réduction des coûts de transfert de fonds par les migrants, s’est-elle félicitée avant de conclure.

  1. JEFFREY SACHS, Conseiller spécial auprès du Secrétaire général pour les OMD et Directeur de l’Earth Institute à Columbia University, a fait remarquer que si la croissance économique dans le monde était en progression, l’économie de marché, malheureusement, ne prend pas en compte la situation des personnes vivant dans la pauvreté extrême.  Les affaires ne permettent pas de créer l’avenir que nous voulons.  M. Sachs en a déduit qu’il faudrait attirer l’attention sur les plus pauvres, le seul moyen de réaliser des progrès, comme on l’a fait pour réussir à réduire de 60% des cas de paludisme en Afrique.  Il est insensé de courir le risque de voir tant d’enfants ne pas finir leur scolarité, a-t-il dit en déplorant le manque de progrès dans le secteur de l’éducation.

Les objectifs de développement durable sont « de bons objectifs », a-t-il affirmé en conseillant aux délégations de les mémoriser pour mieux se les approprier.  Pour les réaliser, les pays doivent adopter des plans nationaux bien structurés.  Il a aussi misé sur les perspectives immenses qu’ouvrent les téléphones portables.  M. Sachs a en outre suggéré la création d’un ministère du développement durable aux États-Unis.  Estimant que les gouvernements ne peuvent pas faire cavaliers seuls, il leur a recommandé d’agir de concert avec les autres acteurs.  Nous avons aussi besoin d’un fonds mondial pour l’éducation, a-t-il dit, avant de demander que des données soient établies pour mesurer les progrès.  « Google en sait plus que vous sur vos pays », a-t-il ironisé.

Enfin, M. Sachs a parlé du réseau de solutions en matière de développement qu’il a créé en 2012 à la demande du Secrétaire général et qui est constitué de centres de recherches et de groupes de réflexion du monde entier.  « Nous voulons fournir des idées et des outils pour les réaliser », a-t-il expliqué, en engageant les universités à rejoindre ce réseau.

Mme NANXI LIU, Cofondatrice et Directrice générale de « Enplug, Inc. » et Cofondatrice et Membre du Conseil de Nanoly Bioscience (États-Unis), a parlé des conséquences des ODD sur les jeunes.  Elle a aussi parlé de la création de la société Nanoly Bioscience qui aide à transporter les vaccins en milieu rural et sans réfrigération grâce à une innovation technologique reposant les polymères.  Si l’on veut construire quelque chose, il faut prendre des risques; ensuite, il faut convaincre des gens intelligents pour collaborer avec eux et pour travailler ensemble sur des projets utiles à la société, a-t-elle souligné, en tirant les leçons des activités de cette entreprise.  Elle a ajouté que les gouvernements devraient trouver les moyens d’aider les jeunes dans leurs pays, comment leur donner l’argent et les bourses pour qu’ils réalisent leurs projets afin d’atteindre les objectifs qui ont été fixés.  Mme Liu a terminé en révélant que le service fourni par Nanoly Bioscience est actuellement utilisé dans 12 pays.