Forum politique de haut niveau sur le développement durable : prêts à s’attaquer à l’extrême pauvreté avec un nouveau programme, les États lancent « quand on veut, on peut » Conseil économique et social – Débat de haut niveau

« Quand on veut, on peut. »  Ce mot d’ordre a été lancé aujourd’hui par plusieurs intervenants au lancement du débat de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC) et de la Réunion ministérielle du Forum politique de haut niveau sur le développement durable, chargé de suivre la mise en œuvre du successeur des Objectifs du Millénaire pour le développement pour le développement (OMD) dont la date butoir est cette année-même.  Le Secrétaire général de l’ONU, le Président du Rwanda et le Premier Ministre de la Norvège ont participé à cette réunion, en vidéoconférence depuis Oslo, pour lancer officiellement la dernière édition du Rapport sur les (OMD).

Si les êtres humains sont capables du pire, ils sont aussi capables de se dépasser en choisissant le bien pour prendre un nouveau départ.  Cet extrait de l’encyclique sur l’environnement du pape François a été repris par le Vice-Président de l’ECOSOC, M. Oh Joon, qui a estimé que le nouveau départ incombait aux Nations Unies.  Cela implique un « changement d’état d’esprit », a-t-il averti, en ajoutant: « Nous avons la responsabilité de tracer la voie pour les 15 années à venir ».

Les OMD ont déjà permis de sortir plus d’un milliard de personnes de la pauvreté, a indiqué le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, en dressant le bilan de ces 15 dernières années.  La réduction de la mortalité maternelle et infantile, et les progrès dans la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et autres maladies ont été parmi les avancées les plus significatives de toute l’histoire de l’humanité.

Mais les progrès n’ont pas touché tout le monde, a reconnu le Secrétaire général dont le Conseiller pour les OMD et professeur à l’Université de Columbia, M. Jeffrey Sachs, a dénoncé les intérêts égoïstes et l’avidité du monde.  Sommes-nous suffisamment soucieux des pauvres? a-t-il demandé à un monde « incroyablement riche » et techniquement « très perfectionné ».  Le Premier Ministre de la Norvège, Mme Erna Solberg, a appelé à une « volonté politique suffisante » et le Président du Rwanda, M. Paul Kagame, à un travail collectif « mus par l’idée que des millions de personnes sont encore menacées par la pauvreté absolue et des conditions de vie indignes ».

Les États Membres ont entre les mains 17 objectifs « transformateurs » de développement durable, a indiqué le Vice-Secrétaire général de l’ONU, M. Jan Eliasson, en parlant du programme de développement durable pour l’après-2015 qui est encore en négociation, selon le Président de l’Assemblée générale, M. am Kutesa.  Le Vice-Secrétaire général a estimé que « ces objectifs visent haut ».  « Pris ensemble, ils forment une vision holistique d’un développement centré sur l’homme ».  « Ils ont pour objectif ultime l’éradication de la pauvreté et pour moteur, le développement durable.  Ils sont interconnectés, le progrès dans l’un entraînant les progrès dans les autres. »

Le Vice-Secrétaire général n’a pas caché que le test se trouvera dans la mise en œuvre.  L’une des leçons apprises de la mise en œuvre des OMD, a-t-il estimé, est qu’on ne peut plus travailler en silos et se concentrer sur un objectif en oubliant son lien avec les autres.  Les silos ne sont pas en soi intrinsèquement mauvais, a estimé le représentant de la Jamaïque, puisque chaque secteur et chaque partie prenante viennent avec une sphère différente d’influence.  Le représentant faisait le résumé des discussions que le Forum politique de haut niveau a tenues la semaine dernière sur le futur programme de développement d’après-2015.  Ce qu’il faut, c’est faire en sorte que les silos fonctionnent ensemble comme les pistons d’un moteur pour accélérer la mise en œuvre des objectifs de développement durable.

Cette mise en œuvre serait « impossible » sans l’engagement d’une multitude de parties prenantes, a prévenu le représentant jamaïcain en insistant sur l’importance des gouvernements locaux, des parlements mais aussi du secteur privé qui « héberge » la créativité et le capital humain nécessaires.  Les partenariats public-privé peuvent être un instrument déterminant, des partenariats fondés sur la confiance mutuelle et le dialogue constant pour éviter la privatisation des profits et la nationalisation des pertes.

Il faudra, a poursuivi le représentant de la Suisse, créer un mécanisme d’examen et de suivi efficace qui serait volontaire et dirigé par les États, examinerait les progrès et les moyens de mise en œuvre, aiderait les pays à faire des choix politiques informés, serait ouvert à toutes les parties prenantes, s’inspirerait des organes, plateformes et fora existants et appuierait les efforts de renforcement des capacités des pays en développement.  La mise en œuvre et le suivi ne peuvent être considérés séparément, a noté, à son tour, Mme Rima Khalaf, Secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO).  C’est par la mobilisation et l’affectation de ressources adéquates, y compris financières et technologiques, que les choses avanceront.  Plusieurs délégations ont à ce propos souhaité le succès de la troisième Conférence internationale du financement qui se tiendra du 13 au 16 juillet à Addis-Abeba.

La Secrétaire exécutive a insisté sur la dimension régionale et la nécessité d’exploiter les mécanismes existants comme les commissions régionales qui, compte tenu, de leur expertise multidisciplinaire et de leur capacité d’analyse transsectorielle, peuvent suggérer la forme d’une approche intégrée, donner des conseils pour adapter les objectifs de développement durable aux plans et programmes nationaux, contribuer à augmenter les moyens de mise en œuvre et appuyer le suivi.

La semaine de haut niveau de l’ECOSOC et la Réunion ministérielle du Forum politique de haut niveau sur le développement durable se poursuivront demain, mardi 7 juillet, à partir de 10 heures.

OUVERTURE DU DÉBAT DE HAUT NIVEAU DE LA SESSION DE 2015 DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL ET DE LA RÉUNION MINISTÉRIELLE DE TROIS JOURS DU FORUM POLITIQUE DE HAUT NIVEAU SUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

  1. OH JOON (République de Corée), Vice-Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a commencé son intervention en citant le pape François.  Dans son encyclique sur l’environnement, le pape a en effet dit que les êtres humains, tout en étant capables du pire, sont capables de se dépasser en choisissant le bien et en prenant un nouveau départ.  C’est à nous qu’a été confiée la tâche de prendre ce nouveau départ, a estimé M. Oh, afin d’éradiquer la pauvreté extrême sans oublier personne.  Le Vice-Président a appelé à un « changement d’état d’esprit ».  Nous avons la responsabilité, a-t-il averti, de tracer la voie pour les 15 années à venir.

Rappelant que les négociations sur le programme de développement pour l’après-2015 et son financement se poursuivent, il a souhaité que soit mise en place une ossature solide pour parvenir au développement durable et à l’éradication de la pauvreté.  Il a rappelé qu’un débat utile et intéressant avait eu lieu à ce sujet pendant la deuxième session du Forum politique de haut niveau sur le développement durable la semaine dernière, dont les principaux messages seront présentés ce matin.  Il a lui-même présenté le programme du débat de haut niveau de l’ECOSOC, qui comprend une réunion ministérielle et l’examen ministériel annuel (EMA).

Le Vice-Président a espéré qu’on pourrait identifier les questions émergentes et qu’on arriverait à constituer l’ossature voulue.  Nous devons aussi réfléchir aux rôles des autres institutions pour intégrer les efforts de tous, a-t-il demandé.  Nous devons partir des expériences nationales, régionales et mondiales.  Il faut, a-t-il ajouté, que le Forum de haut niveau fonctionne et montre qu’il est une nouvelle plateforme vibrante et capable d’établir des liens forts entre la science et la politique.  Le Forum doit être le chef de file et injecter un nouveau dynamisme.  Il doit pouvoir suivre les progrès dans la mise en œuvre des engagements.

  1. Oh a jugé important que le Forum politique se base sur les enseignements tirés de l’EMA.  Il a dit attendre avec intérêt les exposés nationaux qui seront faits pendant cette semaine.  Il a souhaité que l’ECOSOC fasse preuve de leadership pour mobiliser tout le système de l’ONU et faire en sorte chaque élément dudit système complète les activités du Forum.  Il a appelé à la participation de tous les autres acteurs du secteur privé, de la société civile, des parlements, du milieu universitaire et du monde philanthropique.  Utilisons tout le système des Nations Unies pour nous concentrer sur des politiques qui permettront la mise en œuvre du programme ambitieux qui sera adopté par les dirigeants du monde en septembre prochain.
  2. SAM KAHAMBA KUTESA, Président de la soixante-neuvième session de l’Assemblée générale, a affirmé que l’heure était extrêmement importante pour toute l’histoire de l’humanité, ainsi que pour les Nations Unies.  Les États Membres et toutes les parties prenantes ont une responsabilité collective face au programme de développement pour l’après-2015, qui devra être adopté en septembre, a-t-il souligné, en rappelant que ce programme devra être ambitieux, inclusif et à la hauteur des défis à relever.  « C’est la raison pour laquelle, d’ici à septembre, nous devons redoubler d’efforts pour parvenir à une conclusion positive des négociations et nous devons également mobiliser suffisamment de ressources pour assurer la mise en œuvre du programme », a-t-il ajouté.

Dans ce contexte, M. Kutesa a émis l’espoir que la troisième Conférence internationale sur le financement du développement, qui se tiendra à Addis-Abeba, en Éthiopie, du 13 au 26 juillet 2015, soit couronnée de succès.  Pour accroître les ressources en faveur du nouveau programme de développement, il a également souligné la nécessité de renouveler les nouveaux partenariats pour développement, en particulier vis-à-vis des États qui se trouvent dans une situation particulière, tels que les pays les moins avancés (PMA), les pays en développement, les petits États insulaires en développement ou les pays en développement sans littoral.  En vue d’assurer le bien-être des individus tout en assurant la protection de notre environnement, le Président a également mis l’accent sur la nécessité d’assurer le succès des négociations de la Conférence des Parties (COP-21) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, qui se déroulera à Paris, en décembre 2015.

« Il est évident qu’une issue positive à l’ensemble de ces rendez-vous est essentielle pour baser le nouveau programme de développement sur des processus durables et viables », a-t-il dit.  Il a également insisté sur la nécessité d’assurer la cohérence entre tous ces forums.  Il a rappelé que pendant cette session, il avait convoqué une série de débats et de manifestations thématiques sur les différentes questions liées au nouveau programme de développement.

  1. JAN ELIASSON, Vice-Secrétaire général de l’ONU, a estimé que nous allions dans la bonne direction.  Les États Membres ont entre les mains 17 objectifs « transformateurs » de développement durable.  « Ces objectifs visent haut.  Ils reflètent les défis et la complexité de notre monde.  Pris ensemble, ils forment une vision holistique d’un développement centré sur l’homme.  Ils militent pour le progrès socioéconomique et la santé de la planète.  Ils reconnaissent l’importance de la paix et le rôle crucial des institutions.  Ils ont pour objectif ultime l’éradication de la pauvreté et pour moteur, le développement durable.  Ils sont interconnectés, le progrès dans l’un entraînant les progrès dans les autres. »  Le Vice-Secrétaire général n’a pas caché que le test se trouvera dans la mise en œuvre.  L’une des leçons apprises de la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), a-t-il estimé, est qu’on ne peut plus travailler en silos et se concentrer sur un objectif en oubliant son lien avec les autres.  Pour illustrer ses propos, le Vice—Secrétaire général a expliqué qu’on peut s’attaquer à la mortalité infantile et maternelle, et au manque d’accès des filles à l’éducation par la mise à disposition de systèmes d’assainissement décent.  C’est la raison pour laquelle, il nous faut une vision intégrée de la mise en œuvre, dans laquelle les liens sont bien compris et bien exploités.

« Nous devons innover », s’est résumé le Vice-Secrétaire général, institutionnaliser les approches participatives et multisectorielles, ce qui a d’ailleurs caractérisé le travail sur le programme de développement pour l’après-2015.  Le nouvel agenda nécessitera le renforcement des capacités nationales, la mobilisation des financements et l’accès aux technologies à une échelle nouvelle et plus grande.  Il a espéré que la Conférence sur le financement du développement répondra à ces exigences.  Le Forum politique de haut niveau, a-t-il poursuivi, doit être mû par la même ambition pour pouvoir servir les besoins des générations futures.  « Il doit être équipé pour apporter les corrections nécessaires en cours de route, identifier les questions nouvelles et façonner les réponses nouvelles », a insisté le Vice-Secrétaire général.

« Le changement ne doit pas être confiné à ce nouveau Forum », a-t-il prévenu.  Le Forum peut contribuer au renouveau du système de l’ONU, encourager de nouvelles manières de travailler et exploiter le travail de chaque plateforme.  Nous avons renforcé l’ECOSOC et nous devons pleinement exploiter ce pouvoir pour aller plus dans l’intégration et mobiliser un éventail d’acteurs au sein et en dehors du système de l’ONU.  Nous devons orchestrer les examens et dessiner dans les moindres détails les mécanismes de suivi du programme de développement pour l’après-2015.

  1. VLADIMIR CUK, Directeur exécutif de la liaison newyorkaise d’« International Disability Alliance – IDA », a rappelé qu’en 2000, les négociations sur la Convention relative aux droits des personnes handicapées avaient été la première occasion pour la société civile de participer à des négociations de l’ONU, créant ainsi un précédent.  Le cadre de développement pour l’après-2015 doit permettre de relever les défis, a-t-il dit, avant de demander au Forum de s’appuyer sur les points forts des processus nationaux et régionaux et de faire fond des processus existants comme la Convention relative aux droits des personnes handicapées et l’expertise des différents segments de la société.  Quant aux progrès réalisés dans la mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015, il a recommandé qu’une session thématique sur les droits des personnes handicapées.  Il faudrait, a-t-il insisté, créer un groupe thématique permanent qui donnerait au Forum des conseils techniques sur les personnes handicapées.  M. Cuk a espéré que le Forum serait le garant de la participation de la société civile aux efforts de développement durable.  Les personnes handicapées doivent être reconnues comme bénéficiaires du programme d’après-2015 mais aussi comme partenaires, a-t-il dit en appréciant d’ailleurs l’absence de discrimination dans ce processus.

LANCEMENT DU RAPPORT SUR LES OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE POUR LE DÉVELOPPEMENT

En vidéo conférence à partir d’Oslo, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a officiellement lancé la dernière édition du Rapport sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qui confirme que leur mise en œuvre a sauvé des millions de vies et amélioré les conditions de vie de millions de gens à travers le monde.  Les OMD, dont la date butoir est cette année-même, ont sorti plus d’un milliard de personnes de la pauvreté et permis à plus de 6 milliards d’individus d’avoir accès à l’eau ou à l’éducation.  La réduction de la mortalité maternelle et infantile, et les progrès dans la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et autres maladies ont été parmi les avancées les plus significatives de toute l’histoire de l’humanité.  En 2014, 13,6 millions de personnes ont reçu des traitements antirétroviraux, ce qui est une augmentation énorme par rapport aux 800 000 personnes en 2003.  Plus de 6,8 millions de morts dues au paludisme ont été évitées, surtout chez les enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne.  Dans les pays développés, l’objectif visant à éliminer les disparités entre les hommes et les femmes dans l’éducation primaire, secondaire et tertiaire a été atteint.  Les femmes se sont installées dans les parlements, doublant leur nombre, au cours de ces 20 dernières années.

Mais, a reconnu le Secrétaire général, les progrès n’ont pas touché tout le monde, en particulier parmi les plus pauvres et les plus vulnérables.  Trop de femmes et d’enfants continuent de mourir pendant la grossesse ou à cause des complications dues à l’accouchement.  Trop d’individus vivent encore sans assainissement, notamment dans les zones rurales.  Les conflits ont poussé 60 millions de personnes sur les routes, soit le nombre le plus élevé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.  Le changement climatique est devenu « un danger existentiel » et avec la dégradation de l’environnement, il affecte surtout les pauvres.

Les enseignements tirés des OMD peuvent propulser les progrès, a rassuré le Secrétaire général.  « Les OMD ont montré que l’action collective, ça marche, qu’établir des liens, ça marche.  Nous avons su apprécier la valeur de la bonne gouvernance et des institutions.  Nous avons mesuré l’importance fondamentale de l’appropriation nationale et nous avons vu l’immense apport des partenariats. »  Les OMD ont fonctionné à tous les niveaux -mondial, national et local- réunissant non seulement les diplomates et les technocrates dans les salles de conférence mais aussi les communautés dans les places du village.

À l’avenir, a estimé le Secrétaire général, nous devons faire plus pour toucher les plus vulnérables, les laissés-pour-compte et ceux qui n’ont pas ressenti les améliorations au cours de ces 15 dernières années.  Nous devons travailler ensemble pour finir le travail qui a commencé avec les OMD et partir des succès pour prendre un nouvel élan.

Par vidéoconférence à partir d’Oslo, Mme ERNA SOLBERG, Premier Ministre de la Norvège, a jugé crucial de mettre en place une bonne communication sur les objectifs de développement durable, visant en particulier les dirigeants.  Ces objectifs doivent être promus de manière à mobiliser tous les acteurs.  Nous devons, a-t-elle ajouté, utiliser les synergies entre tous les secteurs, notamment ceux de l’éducation et de la santé.  Le Premier Ministre a demandé aux gouvernements une volonté politique suffisante, les objectifs de développement durable devant s’appuyer sur des politiques et des stratégies nationales adéquates, et les renforcer.  Le Premier Ministre a demandé à la communauté internationale d’aider les régions touchées par les crises et les conflits à avancer.

Toujours depuis Oslo, en Norvège, M. PAUL KAGAME, Président du Rwanda, s’est félicité des progrès « sans précédent » présentés dans le Rapport sur les OMD.  Il a cependant déploré le fait que des objectifs n’aient pu être atteints dans certains pays, notamment ceux qui ont connu un conflit ou qui en sortent.  « Nous avons appris ce qui est possible.  Nous savons que la mobilisation des dirigeants est indispensable.  Nous savons qu’il faut se concentrer sur les ressources et leur utilisation pour un effet optimal.  Nous savons l’importance des partenariats entre les pays et la nécessité de renforcer ceux avec le secteur privé », a-t-il résumé.  Le Président rwandais a invité les États à continuer de travailler ensemble « mus par l’idée que des millions de personnes sont encore menacées par la pauvreté absolue et des conditions de vie indignes ».

  1. JEFFREY SACHS, Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les Objectifs du Millénaire et Directeur du « Earth Institute » de l’Université Columbia de New York, a rappelé que les OMD avaient eu le mérite d’attirer l’attention du monde sur les plus pauvres, se félicitant que cet effort ait duré jusqu’à présent.  Le monde, a-t-il estimé, est « incroyablement riche » et pourtant, beaucoup de gens vivent dans une grande pauvreté.  Le monde est très perfectionné sur le plan technique et, franchement, il n’y a rien que nous ne puissions faire, a fait observer M. Sachs.  Il a dit apprécier que les OMD aient porté l’attention sur « le possible » car le problème n’est pas le manque de capacités mais l’absence d’efforts.  Il a dénoncé les intérêts égoïstes et l’avidité.  Sommes-nous, s’est-il demandé, suffisamment soucieux des pauvres?  Quelque 6 millions d’enfants sont morts l’année dernière de cause évitable.  Aujourd’hui, nous avons une catastrophe environnementale à éviter.  Le monde est-il prêt à faire quelque chose?  Tirons la leçon des OMD, a-t-il recommandé: si nous essayons, nous réussissons.  Il faut regarder les problèmes en face si nous voulons les résoudre.

MESSAGES ÉMANANT DU FORUM POLITIQUE DE HAUT NIVEAU SUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

  1. COURTENAY RATTRAY (Jamaïque) a présenté l’aperçu des discussions que le Forum a tenues la semaine dernière, en s’attardant d’abord sur le domaine de la communication qui, aux yeux de tous, sera un élément essentiel du succès de la mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015.  Cette mise en œuvre, a-t-il dit, commence dès le moment où nous remettons le Forum politique à « nous les peuples des Nations Unies » et passons de la planification à l’action concrète.  La mise en œuvre, a-t-il insisté, est vraiment là quand elle devient « virale », pour employer un terme des médias sociaux.  Quand les objectifs de développement durable seront adoptés, en septembre prochain, nous voulons que tout le monde se sente partie prenante.  Pour ce faire, le message doit être compréhensible: « nous devons parler l’humain ».  En soi, les silos ne sont pas intrinsèquement mauvais puisque chaque secteur et chaque partie prenante vient avec une sphère différente d’influence.  Non, a dit le représentant, ce qu’il faut, c’est faire en sorte que les silos fonctionnent ensemble comme les pistons d’un moteur pour accélérer la mise en œuvre des objectifs de développement durable.

La communication doit se faire dans tous les pays et à tous les niveaux, a insisté le représentant.  Les techniques classiques de mobilisation de la société civile devront être conjuguées aux nouveaux médias sociaux.  Les histoires et les contenus utilisables seront importants pour faire en sorte que le programme et ses objectifs soient diffusés sous une forme que les gens comprennent, à laquelle ils s’identifient et qu’ils peuvent exploiter.

Quant à la mise en œuvre proprement dite, il faut que les pays s’approprient le programme de développement pour l’après-2015.  Il faut aussi de la transparence et de la responsabilité et, en l’occurrence, le Forum pourrait jouer un rôle important mais aussi donner les directives pour l’établissement des liens entre les différentes éléments du programme.

S’agissant du cadre institutionnel, tous ont reconnu la nécessité d’une cohérence au niveau du système de l’ONU et d’une complémentarité entre le Forum et les autres institutions et organes existants.  Il sera nécessaire, dans ce contexte, de créer une architecture à étages pour appuyer la mise en œuvre du programme.  Certains ont suggéré le recours à des forums régionaux pour identifier les spécificités régionales et soumettre des recommandations au Forum.

Les participants aux discussions ont aussi reconnu que la mise en œuvre du programme d’après-2015 serait « impossible » sans l’engagement d’une multitude de parties prenantes.  Des partenariats novateurs avec le secteur privé, les entreprises publiques, la société civile et les universités, aux niveaux local, national et mondial, seront vitaux pour assurer le succès.  Ici aussi le Forum pourrait donner des directives.  Le représentant a insisté sur l’importance des gouvernements locaux, des parlements mais aussi du secteur privé qui « héberge » la créativité et le capital humain nécessaires à une bonne mise en œuvre du programme post-2015.  Les partenariats public-privé peuvent être un instrument déterminant.  Des partenariats fondés sur la confiance mutuelle et le dialogue constant sont importants pour éviter que « les profits soient privatisés et les pertes nationalisées ».

Le principe selon lequel « personne ne doit être abandonné sur le bord de la route » doit guider toute la mise en œuvre du nouveau programme.  Cela exigera l’utilisation de données ventilées pour compter tout le monde et le réexamen de l’impact de toutes les politiques sur les différents sous-groupes de la population.

Si le représentant de la Jamaïque a parlé de la « mise en œuvre », M. PAUL SEGER (Suisse) s’est attardé sur le « suivi ».  La semaine dernière, les participants au Forum ont jugé nécessaire de créer un mécanisme d’examen et de suivi efficace qui serait volontaire et dirigé par les États, examinerait les progrès et les moyens de mise en œuvre, aiderait les pays à faire des choix politiques informés, serait ouvert à toutes les parties prenantes, s’inspirerait des organes, plateformes et fora existants et appuierait les efforts de renforcement des capacités des pays en développement.

Un tel mécanisme ne serait pas là pour accuser tel ou tel pays mais pour promouvoir le changement, le partage d’expériences et les discussions sur les solutions à apporter à tel ou tel problème.  Il créerait une culture d’ouverture et fonderait ses discussions sur des preuves.  Le suivi devrait se faire à tous les niveaux, du local au mondial, le point de départ étant les pays.  Au niveau mondial, le Forum devrait jouer un rôle décisif et ses examens thématiques devraient s’inspirer de ceux qui ont lieu ailleurs comme à l’ECOSOC.  Il faudrait aussi une approche multisectorielle pour éviter les silos.

Mais des questions subsistent.  Comment organiser l’examen des progrès nationaux et les lier aux différents niveaux?  Comment organiser les examens thématiques?  Quelle serait l’ampleur et la méthodologie du Rapport mondial sur le développement durable?  Quelle serait la place du Forum dans le système de développement de l’ONU?

Les participants aux discussions se sont aussi attardés sur l’interface sciences-politiques et ont estimé que le Forum pourrait servir de plateforme pour un dialogue constant entre ces deux milieux.  Il ne s’agirait pas seulement de la « science occidentale » mais aussi du savoir traditionnel et des autres perspectives.  Le Forum pourrait ainsi faire en sorte que les éléments du programme de développement pour l’après-2015 soient dans l’agenda de la recherche scientifique à travers le monde.

S’attardant, pour sa part, sur la dimension « intégration », Mme RIMA KHALAF, Secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), a souligné que cette intégration sera nécessaire à tous les niveaux –géographique, institutionnel et sectoriel– et à travers une grande diversité d’acteurs et de sphères d’activités.  Les 17 futurs objectifs de développement durable sont indivisibles par nature et doivent être appliqués aux spécificités nationales et régionales.  L’intégration est une question de cohérence politique, d’inclusion et de participation.  L’intégration, c’est aussi créer une interface adéquate entre les niveaux local, national, régional et international.

La mise en œuvre et le suivi ne peuvent être considérés séparément, a-t-elle poursuivi.  C’est par la mobilisation et l’affectation de ressources adéquates, y compris financières et technologiques, que les choses avanceront.  C’est par les approches inclusives et participatives que personne ne sera abandonné sur le bord de la route, et c’est par des mécanismes et des capacités institutionnels adéquats que le suivi aura lieu.  La semaine dernière, les participants ont souligné le rôle crucial de la collecte et de l’analyse des données pour la planification, la mise en œuvre et la prise de décisions fondées sur des preuves.  Les participants ont aussi souligné l’importance de la dimension régionale et la nécessité d’exploiter les mécanismes existants comme les commissions régionales qui, compte tenu, de leur expertise multidisciplinaire et de leur capacité d’analyse transsectorielle, peuvent suggérer la forme d’une approche intégrée, donner des conseils pour adapter les objectifs de développement durable aux plans et programmes nationaux, contribuer à augmenter les moyens de mise en œuvre et appuyer le suivi.

Table ronde 1: Un agenda intégré porteur de changement: comment les gouvernements, les sociétés et l’ONU peuvent-ils être à la hauteur du défi?

Avant de lancer la table ronde, le Vice-Président de l’ECOSOC a rappelé les espoirs de voir adopter un programme de développement de l’après-2015 véritablement transformateur.  Il a souligné combien les gens aspirent à des sociétés dans lesquelles tout le monde vit dans la dignité et en bonne santé.  Cela exige, a-t-il prévenu, des sociétés démocratiques et respectueuses de l’état de droit, des institutions efficaces, des partenariats innovants et des entreprises citoyennes.

Coordonnons nos efforts dans l’économique, le social et l’environnemental, à savoir les trois piliers du développement durable, a encouragé M. KARMENU VELLA, Commissaire en charge de l’environnement, des affaires maritimes et de la pêche de la Commission européenne.  Tous les pays auront la responsabilité de parvenir aux objectifs et aux cibles au plan national, tout en les faisant progresser au niveau international, a-t-il ajouté, rejetant toute approche isolée.  Le Commissaire européen a assuré que l’Union européenne était prête à garantir une politique cohérente entre les objectifs de protection de l’environnement et les politiques pour la croissance et l’emploi.  Il a appelé à la transparence et à la redevabilité, des conditions nécessaires aux progrès.

Toute question de développement durable passe par les réponses aux défis auxquels fait face la frange la plus importante de la population dans les pays en développement, à savoir les jeunes.  Tel est le message qu’a fait passer M. SALIFOU DEMBÉLÉ, Ministre de la jeunesse, de la formation professionnelle et de l’emploi du Burkina Faso, pays doté d’une population à majorité jeune qui semble de plus en plus désemparée au regard du déficit d’emplois.  Le Burkina Faso met l’accent sur la formation professionnelle, a-t-il dit en parlant de sa politique de « créneau porteur » qui vise à adapter la formation aux exigences du marché de l’emploi.  Le Burkina Faso, qui s’attache à encourager l’entreprenariat chez les jeunes, a besoin de fonds pour évaluer et suivre les projets.  Le Ministre a plaidé pour que le programme de développement pour l’après-2015 s’inscrive dans une dynamique qui tranche avec le passé.  Tirons parti des espaces communautaires, comme l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), a-t-il dit, sans oublier d’appeler à une réaction à la menace terroriste pour éviter le pire aux jeunes.  M. Dembélé s’est voulu « ambassadeur » du développement durable en portant aujourd’hui un costume tissé par des femmes et des jeunes du milieu rural.

Représentant un pays dont les efforts de développement portent des fruits, Mme LISEL ALAMILLA, Ministre de la foresterie, des pêches et du développement durable du Belize, a parlé de la stratégie de la croissance et de l’élimination de la pauvreté adoptée il y a deux semaines, considérée comme un projet pilote par le Département des affaires économiques et sociales de l’ONU (DAES).  Nous avons abordé toutes les composantes du développement durable, en tenant dûment compte du patrimoine culturel et environnemental de la société, a-t-elle expliqué en mettant l’accent sur la biodiversité qui fait partie de l’identité nationale du Belize.  Étant entouré de pays aux besoins importants, le Belize a aussi tenu compte de la question de l’immigration dans sa stratégie de développement.  La Ministre a fait remarquer que des petits pays comme le sien ont des ressources humaines limitées, ce qui pousse au réalisme sur ce qu’il est possible d’accomplir.

Comment les gouvernements, les sociétés et l’ONU peuvent-ils se montrer à la hauteur et adopter un « agenda intégré transformateur »?  C’est la question à laquelle M. JOSEPH SEVERE, Union des Amis socioculturels d’Action en développement d’Haïti (UNASCAD), a répondu en appelant à des idées novatrices pour assurer « l’oxygénation » du Forum politique.  Je vous invite à déployer toutes vos compétences, vos talents et vos savoirs pour que ce débat soit « surprenant », a-t-il lancé.  Si nous faisons bien les choses aujourd’hui, nous garantissons un avenir meilleur, prospère et durable aux générations futures, même au-delà des 15 prochaines années.  M. Severe a aussi souligné l’importance du cadre d’action sur la réduction des risques de catastrophe adopté à Sendai en mars dernier.

Si les objectifs de développement durable sont importants, ils ne seront pas suffisants car il faut des outils pour leur mise en œuvre, a prévenu le Commissaire européen.  Le Ministre burkinabé a en effet mis l’accent sur les difficultés des États pour budgétiser les ressources nécessaires.  Il a pointé le doigt sur la faiblesse des recettes fiscales dans des pays comme le sien, due au fait que seuls les salariés et les entreprises sont assujettis à l’impôt.  Les agriculteurs burkinabé, par exemple, ne payent aucun impôt.  Son homologue Belize a insisté sur la communication.  Mon gouvernement, a-t-elle donné pour exemple, ne parle toujours pas des objectifs de développement durable au cours de ses réunions ministérielles.

La discussion s’est ensuite engagée sur le rôle que doivent jouer chacun des acteurs du développement durable et sur la coordination des actions.  Les gouvernements doivent attirer les investissements privés grâce à des politiques claires et en faveur de la stabilité macroéconomique, a prôné le Commissaire européen.  Il a aussi recommandé au secteur privé de faire des investissements viables et durables, avant que le Ministre burkinabé n’insiste sur le rôle moteur du secteur privé.  Le Modérateur de la discussion, Président de l’Institut international pour le développement durable, et ancien Commissaire canadien pour l’environnement et le développement durable, M. Scott Vaughan a insisté sur la cohérence entre toutes les mesures prises.

S’il y a un consensus politique autour du développement durable, ce concept ne peut prospérer que s’il recueille l’adhésion de la population, a remarqué le représentant de la Côte d’Ivoire.  Cela exige une volonté politique des pouvoirs publics, a-t-il dit en mentionnant, dans le cas de son pays, le Ministère du développement durable et l’adoption des Codes électrique, forestier et minier qui intègrent des mesures favorables au développement durable.

La Côte d’Ivoire a aussi créé un Comité du développement durable pour vulgariser le concept et faire en sorte que chaque citoyen se sente concerné.  Il est vrai que le jargon ne fait pas partie du quotidien, a noté le représentant du Brésil, avant de mentionner la Commission nationale brésilienne pour le développement durable qui regroupe 27 institutions nationales.  La Ministre du Belize n’a pas été en reste.  Elle a aussi énuméré les différents comités mis en place dans son pays.

Quant au pilier « environnement » du développement durable, le Commissaire européen a appelé à une utilisation plus rationnelle des ressources, prônant « une économie circulaire ».  Il a parlé, à cet égard, du réseau Natura 2000, un ensemble de sites naturels européens.  En ce qui concerne le droit fondamental à l’eau et à l’assainissement, le représentant des Palaos a dit avoir constaté une certaine réticence à le reconnaitre comme droit de l’homme à part entière.  Les objectifs de développement durable en tiennent-ils compte?

Les mesures visant à faire face à l’explosion de la population urbaine dans le monde ont été au cœur des préoccupations du représentant du Bangladesh, tandis que son collègue du Bahreïn a plutôt parlé du transfert des technologies.  La représentante de l’Union internationale des télécommunications (UIT) a précisément attiré l’attention sur le rôle crucial des technologies de l’information et des communications (TIC) comme moteur de la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Pour Israël, pays qui n’a pas de ressources naturelles, le transfert des connaissances est un élément « essentiel » du développement.

Le délégué du Nigéria, suivi de son collègue de l’Ouganda, est revenu sur les ressources financières et humaines.  Leur homologue du Burkina Faso, dont le pays est très engagé dans l’entreprenariat des femmes, a demandé une « enveloppe » spéciale pour l’autonomisation des femmes.  Inclure les femmes comme agents de transformation est essentiel pour la mise en œuvre du programme d’après-2015, a confirmé le grand groupe des femmes.

« Nous sommes là pour participer à l’élaboration et à la mise en œuvre du programme, a assuré à son tour le représentant du grand groupe des jeunes et des enfants avant de demander comment leur participation se ferait au niveau européen.  Le délégué de l’Azerbaïdjan, pays qui a reçu un prix de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour ses résultats dans la réduction de la pauvreté, a souligné les obstacles nés de l’occupation de 20% de son territoire par l’Arménie, qui a causé de nombreux déplacements de population et la destruction des infrastructures de santé.

Table ronde 2: Penser prospectivement: les nouveaux problèmes qui auront de l’importance dans le futur (E/HLPF/2015/2)

Quelles sont les nouveaux problèmes auxquels les dirigeants de ce monde seront bientôt confrontés en matière de développement durable?  Comment le Forum politique de haut niveau sur le développement durable va-t-il traiter ces nouveaux problèmes et les inscrire à son ordre du jour?  Ces deux questions ont dominé cette table ronde animée par la Directrice générale de l’Organisation internationale de droit du développement, Mme IRENE KHAN.

  1. Kazuyuki Nakane, Vice-Ministre parlementaire des affaires étrangères du Japon, est d’abord venu rappeler que les questions internationales urgentes comme le développement, les changements climatiques, l’environnement et les risques de catastrophe étaient à la fois intimement liées entre elles, complexes et diversifiées.  Il est ensuite revenu sur la troisième Conférence mondiale des Nations Unies sur la réduction des risques de catastrophe, réunie à Sendai, au Japon, en mars 2015, à l’issue de laquelle les représentants de 187 États Membres ont adopté un nouveau cadre visant à réduire considérablement les pertes en vies humaines et les dommages matériels causés par les catastrophes naturelles d’ici à 2030.

Il a particulièrement mis en évidence trois éléments de ce cadre, à savoir la nécessité d’investir dans la réduction des risques de catastrophe; celle de renforcer la résilience aux catastrophes; et celle d’impliquer l’ensemble des parties prenantes dans la gestion des risques, en particulier les gouvernements locaux, le secteur privé, les femmes ou encore les personnes qui souffrent d’un handicap.

« L’heure est venue de passer à l’action », a-t-il dit, en appelant les États Membres à la mise en place d’une coopération à la fois internationale et régionale.  Il a également réitéré le souhait du Japon de voir l’ONU proclamer le 5 novembre « Journée internationale de la sensibilisation aux tsunamis ».  Il a aussi émis l’espoir que le Forum politique de haut niveau devienne une plateforme de discussions de ces nouveaux problèmes, ainsi que le lieu où s’exprime un « leadership politique fort » en matière de développement durable, de changements climatiques et de gestion des catastrophes. Mme Risnawati Utami, de l’organisation Christian Blind Mission (CBM) (Indonésie), a mis en évidence l’effet des catastrophes naturelles sur les personnes âgées et les personnes handicapées.  C’est la raison pour laquelle le principe de la participation de ces personnes doit être inscrit dans les processus de suivi et d’examen du programme de développement durable pour l’après-2015, a-t-elle insisté.

Chaque nouvelle découverte scientifique nous montre à quel point le comportement humain peut être destructeur, a commenté Mme Rita Schwarzelhür-Sutter, Secrétaire d’État à l’environnement du Ministère fédéral allemand de l’environnement, de la préservation de la nature, du bâtiment et de la sécurité nucléaire.  Elle a estimé que les recherches menées sur les « limites planétaires » -c’est-à-dire les limites à ne pas dépasser si l’humanité veut se développer dans un écosystème sûr-, ainsi que les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), étaient tout à fait pertinentes en la matière.  Selon elle, le Forum devra s’imposer comme le lieu où les dirigeants du monde, et cela, au plus haut niveau politique, pourront examiner les meilleures options possibles face à ces nouveaux problèmes.  Le Forum doit aussi devenir la plateforme qui leur permet de mettre en commun les enseignements tirés en matière de développement, a-t-elle insisté.

Comment préserver la biodiversité et les services écosystémiques?  Ces deux questions « fondamentales » pour que l’humanité ait des moyens de subsistances viables, ont été posées par M. Abdul Hamid Zakri,Conseiller scientifique auprès du Premier Ministre de la Malaisie.  Il a conseillé d’investir massivement dans la recherche et dans l’éducation et modifier l’actuel paradigme énergétique afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.  Dans ces différents efforts, « la communauté scientifique doit figurer aux côtés des décideurs politiques car nous devons nous appuyer sur des données scientifiques pointues », a-t-il insisté.  Il a souhaité que les scientifiques participent de façon plus officielle au Forum politique et non en tant que « simples conseillers ».

À chaque jour, son lot d’incertitudes, a déclaré le Directeur adjoint du Département du Moyen-Orient et de l’Asie centrale du Fonds monétaire international, M. Alfred Kammer.  Le monde assiste, par exemple, à l’émergence de nouveaux marchés dans les pays en développement ou à l’apparition de nouveaux acteurs non étatiques et de nouveaux groupes d’individus qui exercent une influence plus forte sur les gouvernements.  Tout cela rend la conduite des processus politiques plus complexe.  Les liens économiques et financiers entre les pays ont cru de manière exponentielle grâce à un plus grand accès aux technologies de l’information et des communications (TIC).  La nature des échanges a changé.  La diffusion et le traitement de l’information ont été profondément modifiés.  « Nous pouvons à la fois en tirer parti mais nous devons aussi, dans le même temps, faire en sorte de contenir les effets, les coûts et les risques de crise dans ce nouvel environnement interconnecté. ».  Le Directeur adjoint a ajouté à cela d’autres facteurs d’incertitude, tels que les questions de démographie, d’accès aux ressources naturelles ou de leur viabilité.

  Comment faire quand 7 millions de personnes sont affectées par la mauvaise qualité de l’air, que 2 millions d’enfants souffrent de la mauvaise qualité de l’eau et que le nombre des cas de violence extrême et des conflits continuent d’augmenter? a demandé M. Ibrahim Thiaw, Directeur exécutif adjoint du Programme des Nations Unies pour l’environnement.  Il a particulièrement mis l’accent sur les défis auxquels sera confronté le continent africain qui comptera 4 milliards d’individus d’ici à la fin du siècle.  Il a invité le Forum à jouer un rôle fondamental dans cet environnement.  Il a aussi insisté sur la nécessité pour les gouvernements de faire de ce Forum une plateforme d’échanges et de résultats concrets.

Le Ministre de l’environnement de l’Irlande a reconnu, lors de la discussion qui a suivi, combien l’élaboration de pratiques viables demeurait un défi pour les pays industrialisés.  L’Irlande, par exemple, est un important exportateur agricole.  Sa production a intégré la protection de l’environnement, dont une faible consommation d’eau.  Malgré d’importantes mesures, l’agriculture représente encore 20% des émissions de gaz à effet de serre du pays, a-t-il expliqué.  Le Ministre s’est dit prêt à partager l’expérience de son pays.  Plusieurs intervenants, dont la représentante de l’Italie, ont insisté sur la nécessité d’un dialogue renforcé et constant avec la communauté scientifique.  Les défis comme la sécheresse, la rareté de l’eau, la dégradation de l’environnement n’ont pas encore de solutions.  « De nouveaux défis se présentent parce qu’il n’y a pas eu un travail efficace sur des questions sur des problèmes anciens, a-t-elle conclu.  Parmi ces problèmes, la représentante du grand groupe des enfants et des jeunes a cité la migration qui ne figure nulle part dans les 17 futurs objectifs de développement durable.  Son homologue du grand groupe des femmes a ajouté: les changements climatiques ne sont pas un problème nouveau.  Elle a réclamé une « justice climatique » étant donné que leurs conséquences pèsent plus sur les femmes que les hommes.

Le représentant du Nigéria a quant à lui cité les conflits qui font obstacle aux efforts de développement.  Ce sont ces conflits qui entrainent les déplacés et les migrants.  C’est la circulation des armes légères et de petit calibre qui alimente ces conflits.  Comment inclure ces questions dans le futur programme de développement pour l’après-2015?  Son homologue de l’Azerbaïdjan a particulièrement insisté sur la situation de pays sans littoral et celui des Palaos sur la nécessité d’inclure dans le nouveau programme l’approche visant « le bien-être psychosocial des populations ».