L’ECOSOC souligne l’importance des partenariats « transparents, inclusifs et conformes aux valeurs de l’ONU » pour le futur programme de développement durable

ECOSOC 1De nombreux spécialistes se sont réunis aujourd’hui au Conseil économique et social (ECOSOC) pour assister à la deuxième phase, après celle du mois de février, du débat du Forum des partenariats sur le rôle de ces partenariats dans le futur programme de développement pour l’après-2015.  L’ECOSOC en a profité pour lancer le « Réseau global en vue de promouvoir l’utilisation des technologies numériques au service du développement durable ».

2015 est une année charnière entre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et le futur programme de développement pour l’après-2015 porteur de transformations, a rappelé le Président du Conseil économique et social.  Pour mettre en œuvre ce futur programme, il a souligné le rôle « capital » des partenariats avec des acteurs multiples, comme le monde des affaires, les fondations, la société civile et le milieu universitaire.  Le Président a fait remarquer que, depuis 20 ans, on met de plus en plus l’accent sur les partenariats mais aussi sur la nécessité de normes claires afin de garantir une plus grande redevabilité et une plus grande transparence.  Nous devons trouver des moyens d’évaluer l’impact des initiatives par des mécanismes plus efficaces de suivi et de contrôle.  Il nous faudra aussi plus de cohérence, sans oublier de mettre un accent plus fort sur les rapports nationaux de mise en œuvre, a insisté le Président.

Les partenariats ne fonctionneront vraiment que s’ils sont transparents, inclusifs et conformes aux valeurs et principes des Nations Unies, a acquiescé le Vice-Secrétaire général de l’ONU, alarmé devant un paysage mondial « sombre et complexe » caractérisé par la propagation de l’extrémisme violent et du terrorisme, la menace « existentielle » des changements climatiques, sans oublier l’épidémie d’Ebola.  Une chose est claire: aucune entité, aucune nation, aucune organisation ne peut résoudre seule les problèmes d’aujourd’hui.  Il nous faut trouver, a-t-il dit, un nouveau modèle de résolution des problèmes, les mettre au centre et mobiliser tous les acteurs pour un changement réel.  Nous devons passer de l’approche verticale et compartimentée, à l’approche horizontale et transversale.

« Comment profiter des partenariats pour créer demain des systèmes de santé forts et résilients? » s’est demandé la Ministre de la santé et de la protection sociale du Libéria, un pays touché par l’épidémie d’Ebola et qui a besoin de l’assistance technique et financière de ses partenaires.  « Nos pays sont à genoux », a alerté le Ministre guinéen de la santé et de l’hygiène publique.  « Nous avons besoin de tout l’appui possible ».  « Ne quittez pas notre pays trop vite », a plaidé, à son tour, la Vice-Ministre de la santé et de l’assainissement de la Sierra Leone.

Relayant ces appels à l’aide, le Président de la « Clinton Foundation » et ancien Président des États-Unis a fait observer que si les pays touchés par Ebola édifient des systèmes de santé solides, ils n’auront plus besoin de l’aide de la communauté internationale pour circonscrire une autre épidémie.  Il faut, a-t-il prôné, consacrer 15% de l’aide publique au développement (APD) au secteur de la santé de ces pays.  Ce serait un investissement bénéfique sur le long terme, tant pour les pays bénéficiaires que pour les bailleurs de fonds.

Qu’en est-il de la place du secteur privé?  Il a trois approches, a répondu le représentant de « Global Health, Becton, Dickinson and Company »: celle, purement philanthropique, consistant à collecter des dons et à les redistribuer dans les pays qui en font la demande; celle d’investir dans le cadre de la responsabilité citoyenne des entreprises, et celle d’engranger des profits tout en répondant aux besoins de la santé publique.  Est-ce que l’ONU est vraiment prête à développer des partenariats public-privé? s’est demandé le Représentant permanent du Brésil, en estimant que l’Organisation « n’a pas de mécanisme solide de dialogue avec le secteur privé ».  L’ECOSOC est une instance « bureaucratique », « une belle au bois dormant » selon son Président, qu’il faut adapter aux nouveaux défis.

Les partenariats, a promis la Présidente-Directrice générale de « Save the Children », permettront un meilleur rapport qualité-prix des efforts de développement, compte tenu d’une meilleure répartition des coûts.  Les partenariats permettront aussi d’atteindre l’excellence et de responsabiliser les États.  Ils contribueront également, a ajouté, le Directeur général du CERN, à instaurer une « entente internationale » en jetant des ponts entre les cultures.

Justement, le Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT) a annoncé le lancement du « Réseau global en vue de promouvoir l’utilisation des technologies numériques au service du développement durable », une initiative née du partenariat entre l’ECOSOC, ONU-Habitat et l’organisation Talal Abu-Ghazaleh.

LE RÔLE DES PARTENARIATS DANS LA RÉALISATION DU PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT POUR L’APRÈS-2015: PASSER AUX ACTES

Déclarations

Le Président du Conseil économique et social (ECOSOC), M. MARTIN SAJDIK (Autriche), a rappelé que 2015 est une année charnière entre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et le futur programme de développement pour l’après-2015 porteur de transformations.  Pour mettre en œuvre ce futur programme, il a souligné le rôle « capital » des partenariats avec des acteurs multiples, comme le monde des affaires, les fondations, la société civile et le milieu universitaire.  M. Sajdik a souligné que le débat d’aujourd’hui a un but assez simple.  Il s’agit de s’écarter des sentiers battus et d’émettre de nouvelles idées sur la manière de mobiliser le plus large éventail d’acteurs pour appuyer les objectifs de développement.  Les enseignements tirés du processus lié aux OMD peuvent être une source d’inspiration.  Le Président a fait remarquer que, depuis 20 ans, on met de plus en plus l’accent sur les partenariats mais aussi sur la nécessité de normes claires afin de garantir une plus grande redevabilité et transparence.  Nous devons trouver des moyens d’évaluer l’impact des initiatives par des mécanismes plus efficaces de suivi et de contrôle.  Il nous faudra aussi plus de cohérence, sans oublier de mettre un accent plus fort sur les rapports nationaux de mise en œuvre, a insisté le Président.

En février dernier, a-t-il aussi rappelé, l’ECOSOC s’est lancé dans de premières discussions sur ces thèmes qui devraient sous-tendre celles d’aujourd’hui.  La réunion d’aujourd’hui, a-t-il insisté, permettra d’analyser de manière plus approfondie la question des partenariats en matière de santé, en particulier les partenariats en appui au renforcement de systèmes de santé.  Comme l’a rappelé la crise d’Ebola, il faudra de nouveaux partenaires pour résoudre toutes les questions sociales et économiques de cette épidémie, a-t-il dit.  La crise a mis en évidence les lacunes des services de santé de base et de la réponse d’urgence aux pandémies.

Nous vivons sans doute la période la plus éprouvante depuis la création de l’ONU qui fête cette année ses 70 ans, a déclaré M. JAN ELIASSON.  Le Vice-Secrétaire général de l’ONU a cité l’épidémie d’Ebola, la propagation de l’extrémisme violent et du terrorisme et la menace « existentielle » des changements climatiques.  Le paysage mondial est « sombre et complexe », a-t-il commenté.  Mais, a-t-il poursuivi, une chose est claire: aucune entité, aucune nation, aucune organisation ne peut résoudre seule les problèmes d’aujourd’hui.  Il nous faut trouver un nouveau modèle de résolution des problèmes, les mettre au centre et mobiliser tous les acteurs pour un changement réel.  Nous devons passer de l’approche verticale et compartimentée, à l’approche horizontale et transversale, a-t-il prôné.

  1. Eliasson a souligné le caractère « crucial » des mois à venir: en juillet, les États se retrouvent à Addis-Abeba pour convenir d’un cadre global pour le financement du développement, en septembre, l’ONU convoque un Sommet extraordinaire pour l’adoption d’un agenda du développement durable porteur de transformations, et en décembre, la communauté internationale met en œuvre son engagement à finaliser un accord significatif et universel sur les changements climatiques.  La réalisation de tous ces objectifs, a prévenu le Vice-Secrétaire général, exige des partenariats inclusifs à tous les niveaux, local, national, régional et international.

À cet égard, il a estimé que le programme de développement pour l’après-2015 doit être « enrobé » de sciences et de technologies car tous les jours, nous voyons comment ces dernières ouvrent de nouvelles opportunités pour le développement durable.  Les partenariats pour l’éducation sont « un must », a poursuivi le Vice-Secrétaire général, en soulignant le fait que des initiatives telles que « L’éducation avant tout » se fondent sur de fortes coalitions entre États Membres, monde des affaires, société civile, fondations, milieu universitaire et agences, fonds et programmes des Nations Unies.  Le Vice-Secrétaire général n’a pas oublié de mentionner que désormais des millions d’entreprises participante au Pacte mondial, l’initiative de l’ONU sur la responsabilité citoyenne des entreprises dans la protection de l’environnement.

Au lendemain de la crise d’Ebola, a rappelé le Vice-Secrétaire général, le Secrétaire général a composé un Groupe de travail de haut niveau sur la réponse mondiale aux crises de santé.  En outre, le 10 juillet, l’ONU accueillera une Conférence internationale sur la reconstruction après Ebola, alors que l’Union africaine organisera une Conférence internationale sur la lutte de l’Afrique contre Ebola, les 20 et 21 juillet à Malabo.  Avant de conclure, le Vice-Secrétaire général a tenu à prévenir que les partenariats ne fonctionneront que s’ils sont transparents, inclusifs et comptables de leurs actes conformément aux valeurs et principes des Nations Unies.

  1. BILL CLINTON, Ancien Président des États-Unis et Fondateur de la « Clinton Fondation » et de la « Clinton Global Initiative », a rappelé que sa Fondation travaille depuis plusieurs années avec le Libéria où les infrastructures de santé étaient déjà fragiles avant le déclenchement de l’épidémie à virus Ebola.  Aujourd’hui, la situation est encore pire qu’avant, s’est désolé l’ancien Président qui a souligné que la « Clinton Health Access Initiative », un programme mis en place par sa Fondation, était au Libéria pendant l’épidémie, aux côtés d’autres ONG et partenaires du pays.

Maintenant, a convenu M. Clinton, il faut passer de la réaction d’urgence à la mise en place de structures de santé prêtes à faire face à ce genre de situation sur le long terme.  Cette exigence est importante pour le Libéria et les pays touchés par l’épidémie d’Ebola, mais aussi pour tous les autres pays en développement du continent africain.  Si les systèmes de santé de ces pays ne sont pas renforcés, nous nous retrouverons dans quelques années à discuter de nouveau de situations semblables, a prévenu l’ancien Président.

Le Président Clinton a plaidé afin que les fonds demandés par les trois pays touchés par Ebola soient débloqués.  Un taux de 15% de l’aide publique au développement (APD) à ces pays doit être consacré à la résilience du secteur de la santé, car un tel investissement serait bénéfique sur le long terme tant pour les pays bénéficiaires que pour les bailleurs de fonds.  Il faut donc, a dit, à son tour, l’ancien Président, des partenariats dont l’objectif serait de renforcer les capacités de ces pays pour réduire leur dépendance à l’aide.

L’ancien Président a parlé d’un vaste programme de construction de centres de santé et de formation du personnel médical que mène la « Clinton Health Access Initiative » au Rwanda, avec le soutien de donateurs.  Ce programme, s’est-il félicité, a permis d’édifier le seul Centre régional de prise en charge des patients atteints de cancer en Afrique australe.  Si les pays touchés par Ebola édifient des systèmes de santé solides, ils n’auront plus besoin de l’aide de la communauté internationale pour circonscrire une autre épidémie, a insisté M. Clinton, prenant l’exemple du Nigéria et des États-Unis qui ont pu éviter la propagation du virus grâce à des systèmes de santé solides.

Mme BERNICE DAHND, Ministre de la santé et de la protection sociale du Libéria, a relevé que son pays, qui a connu un long conflit, a commencé à remettre sur pied son système de santé en 2006.  Il a ainsi pu atteindre l’OMD 4 sur la réduction de la mortalité infantile, trois ans avant la date prévue.  Le nombre des cas de paludisme, de sida et de tuberculose a considérablement baissé.  Ebola n’a pas seulement touché le système de santé mais a aussi causé une « perturbation » sociale importante.

« Comment profiter aujourd’hui des partenariats pour créer demain des systèmes de santé forts et résilients? »  La Ministre a voulu tout d’abord donner la définition d’un système de santé fort et résilient: c’est un système qui doit donner à la population les moyens de répondre à une crise tout en préservant les services essentiels.  La Ministre a fait remarquer que les programmes horizontaux et les mesures diagonales avaient permis d’arriver à de bons résultats, le Libéria ne comptant plus un seul cas à ce jour.  Mais, a-t-elle prévenu, l’intervention extérieure devrait arriver plus tôt pour réduire l’impact des crises sanitaires et sauver des vies.

Le Plan d’investissement développé par le Libéria pour créer un système de santé résilient se base sur une main-d’œuvre « très motivée ».  Dans cet effort, le Libéria a besoin de ses partenaires, a reconnu la Ministre qui a lancé à ces derniers un appel à l’assistance technique et financière.  La Ministre a en effet estimé que le budget annuel du secteur de santé du Libéria, qui est inférieur à 500 millions de dollars, méritait d’être étoffé par l’aide extérieure.

  1. REMY LAMAH, Ministre de la santé et de l’hygiène publique de la Guinée, a énuméré les documents adoptés par la Guinée pour améliorer son secteur de santé, à savoir une politique nationale de santé, un plan de développement sanitaire 2015-2024 et un plan de santé post-Ebola.  Le premier objectif est de réduire le taux de mortalité due aux maladies transmissibles, sans oublier pour autant les maladies non transmissibles et les crises sanitaires d’urgence.  Les autres objectifs sont d’améliorer le niveau de santé générale et les performances des services de santé.

En ce qui concerne la lutte contre Ebola, il a souligné notamment l’importance qu’il y a à engager les communautés et à communiquer.  Il a aussi souligné l’importance du soutien nutritionnel et social aux familles qui sont en contact avec les patients.  La mobilité d’un « contact » reste un problème, a-t-il reconnu, tout en assurant que les partenaires de santé étaient tous mobilisés pour maîtriser la situation.  Sur le plan nutritionnel et social, le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Gouvernement arrivent à fidéliser les familles placées en quarantaine.  Le Ministre a aussi parlé des difficultés à trouver des cas dans certaines zones.

Il a reconnu la nécessité de renforcer la formation initiale du personnel de santé et prévenu de la pénurie de ressources humaines qualifiées.  Il faut aussi donner plus de ressources aux laboratoires, a-t-il ajouté.  « Nos pays sont à genoux » sur le plan économique et sur le plan social, de nombreuses personnes ayant perdu leur emploi, a dit le Ministre en tirant une sonnette d’alarme: nous avons besoin de tout l’appui possible.

Mme MADINA RAHMAN, Vice-Ministre de la santé et de l’assainissement de la Sierra Leone, a annoncé que trois nouveaux cas d’Ebola ont été diagnostiqués hier dans le pays, et un autre cas aujourd’hui.  « Ne quittez pas notre pays trop vite », a-t-elle lancé aux partenaires internationaux, ajoutant que « la Sierra Leone n’est pas encore tirée d’affaire ».  La Vice-Ministre a aussi plaidé pour que la communauté internationale soutienne la reconstruction du système national de santé.  Elle a demandé des équipements médicaux, des meilleurs systèmes de gestion des déchets, de meilleurs moyens de communication pour sensibiliser les malades et le public, surtout dans un contexte social où la culture et les préjugés ont fait le lit de l’épidémie.  Elle a également demandé une aide à l’amélioration de la gestion des systèmes de santé.

Nous sommes en phase de transition, mais nous devons fournir davantage d’efforts pour arriver à zéro nouveau cas, a-t-elle encore lancé.  Les 3 545 survivants d’Ebola doivent pouvoir compter sur notre soutien, a souligné Mme Rahman, expliquant que certains de ces patients souffrent aussi de problèmes mentaux.  En outre, a-t-elle regretté, le confinement dû à l’épidémie d’Ebola a eu pour conséquence une augmentation des cas de grossesses chez les adolescentes.  La Vice-Ministre a aussi parlé de la nécessité de protéger les centaines de milliers d’enfants qui retournent à l’école après des mois de quarantaine.  Dans le secteur de l’agriculture, environ 100 000 fermiers ont perdu leur emploi, a-t-elle également fait observer, en appelant la communauté internationale à ne pas abandonner la Sierra Leone en ce moment critique.  Si l’épidémie n’est pas complètement vaincue en Sierra Leone, aucun pays ne sera à l’abri.

Dialogue sur les partenariats en faveur du renforcement des systèmes de santé: renforcer la capacité de résistance aux pandémies

Il faut se montrer crédible dans les actions menées pour améliorer les systèmes de santé, a prévenu le Professeur PAUL FARMER, Conseiller spécial du Secrétaire général pour la médecine de proximité et les enseignements tirés de la situation en Haïti, cofondateur de « Partners in Health » et le Président du Département de santé publique et de médecine sociale de la Faculté de médecine de l’Université Harvard.  Les efforts doivent couvrir tous les aspects de la santé, a-t-il recommandé, en utilisant la métaphore du champ visuel qui ne doit pas souffrir d’aucune cécité partielle.  Ce n’est pas parce que le produit national  brut (PNB) s’élève que le secteur de la santé s’améliore.  Il faut donc mobiliser des ressources suffisantes.  L’Afrique a les ressources humaines, ce qu’il faut, c’est la former.

Les soins prodigués aux patients d’Ebola nécessitent des moyens importants, a prévenu, le Docteur ANTHONY FAUCI, Directeur à l’Institut américain de l’allergie et des maladies infectieuses, en ajoutant que la capacité d’enrayer la propagation dépend de celle du système de santé d’identifier et d’isoler les cas.  Outre l’identification et l’isolement, il faut aussi un système qui sache tracer les personnes qui ont été en contact avec les malades.  Comme exemple de succès, le Docteur Fauci a mentionné le Plan présidentiel d’urgence contre le SIDA (PEPFAR), une initiative d’appui à la lutte contre le VIH/sida dans le monde.

Mais avant de se lancer à la quête du soutien international, les pays en développement doivent eux-mêmes investir dans le secteur de la santé, a tranché Mme MATSHIDISO REBECCA MOETI, Directrice régionale pour l’Afrique à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui intervenait par visioconférence depuis Genève.  Comment financer un tel système, en sachant, a-t-elle reconnu, que les bailleurs de fonds ne sont pas souvent prompts à investir dans la santé?  Le premier défi est donc de les convaincre.

Le secteur privé peut investir selon trois approches particulières dont la première, purement philanthropique, consiste à la collecte des dons et à leur redistribution dans les pays qui en font la demande, a expliqué M. GARY COHEN, Vice-Président exécutif et Président de Global Health, Becton, Dickinson and Company.  La deuxième option est d’investir dans le cadre de la responsabilité citoyenne des entreprises et la troisième consiste à engranger des bénéficies tout en répondant aux besoins de la santé publique.  Ebola a montré qu’il faut investir « en amont » pour avoir des systèmes de santé plus résilients, a-t-il reconnu.  Les partenariats public-privé initiés par la « Clinton Foundation » ont, par exemple, permis de faire baisser considérablement le prix des tests de dépistage du VIH en Afrique.  Il faut, a-t-il plaidé, valoriser ce type de financements « mixtes », qui mettent en branle les fonds publics et privés dans un objectif commun.

On peut financer le secteur de la santé publique en faisant appel au secteur de l’agriculture et de l’industrie extractive, a acquiescé M. JEFFREY WRIGHT, Fondateur d’« Ebola Survival Fund », en préconisant aussi des ponctions dans l’aide reçue lors des crises et des conflits.  Revenant tout juste de la Sierra Leone, M. Wright a dit avoir travaillé dans les zones rurales contre Ebola, en collaboration avec les organisations locales et les fondations.  En 2012, il était au Rwanda où il a été « ébahi » par la modernité des structures de santé.  Les outils sont là, y compris contre l’Ebola, il faut seulement avoir des moyens pour les déployer, en a-t-il conclu.  Imaginez ce que peut faire une communauté avec 10 000 dollars?

Ce qu’Ebola nous a surtout montré, c’est l’importance des investissements dans le système de santé, a tranché le Professeur RIFAT ATUN spécialiste des systèmes de santé dans le monde au Département de la santé publique et de la population de l’Université Harvard.  Le Rwanda et l’Éthiopie ont su utiliser les décaissements du Fonds mondial de lutte contre le sida, fruit du partenariat mondial, pour améliorer leurs systèmes de santé non seulement pour le sida mais aussi pour la tuberculose, la malaria et les maladies infantiles.  Mais il a prévenu que les systèmes de santé ne peuvent devenir durables et résilients sans la participation de la société civile, qui contribue à la santé de proximité.  Il nous faut de nouveaux modèles d’investissements car si l’épidémie d’Ebola revient dans 10 ans, non seulement en Afrique de l’Ouest mais aussi en Afrique de l’Est, il sera trop tard pour regretter de n’avoir pas investi suffisamment dans les systèmes de santé.

La recherche d’un vaccin contre Ebola est une priorité de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (Gavi), a affirmé sa représentante.  Le secteur privé peut faire mieux, a souligné le représentant du Forum économique mondial.  Le principe de la responsabilité citoyenne peut servir de fondement à des interventions plus concrètes de ce secteur privé dans les soins de santé.  Une entreprise n’a pas forcément besoin d’être dans un pays pour y investir socialement, a-t-il même argué.  Le secteur privé peut investir dans l’assainissement, dans l’informatisation des systèmes de santé et dans l’électrification des centres de santé.

Les besoins sont connus et il est temps que le secteur privé pense à autre chose qu’à ses profits, a poursuivi le panéliste de Becton, Dickinson and Company.  Il doit comme citoyen responsable tenir compte de l’impact social de ses actions et d’ailleurs les investissements sociaux sont tout à fait capitalisables en termes monétaires.  Les ressources fiscales doivent être affectées au secteur de la santé, a insisté le panéliste d’« Ebola Survival Fund ».

Investir dans de ce secteur est peut-être important, mais sans appropriation nationale, les efforts risquent de rester vains, a averti le représentant de la Suède.  En plus des fonds, il faut former les professionnels de la santé et combattre la corruption dans l’administration publique.  L’appropriation nationale est importante pour les systèmes de santé, en particulier, et pour tous les programmes de développement, en général, a acquiescé le panéliste de l’Institut américain de l’allergie et des maladies infectieuses.

Partenariats pour l’après-2015: confrontation à la réalité

Comment obtenir des partenariats multipartites qu’ils appuient la réalisation des objectifs de développement durable? a demandé Mme BRENDA KILLEN, Directrice adjointe de la Direction de la coopération pour le développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).  Tout doit partir du postulat que les partenariats internationaux doivent soutenir et financer la mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015.  Le nouveau cadre de développement devra donc être clair sur la participation des parties prenantes.

Nous avons besoin de la participation financière de tous les acteurs du développement, a insisté, Mme CAROLYN MILES, Présidente-directrice générale de l’organisation Save the Children, prévenant que les promesses resteront vaines si les besoins en financement ne sont pas satisfaits.  Elle a salué les partenariats innovants tels que l’initiative du Secrétaire général de l’ONU « Chaque femme chaque enfant », ou encore l’Alliance du vaccin (GAVI).  Elle a dit placer beaucoup d’espoir dans la Conférence internationale sur le financement du développement prévue en juillet prochain, qui sera l’occasion de mobiliser des engagements financiers pour les 15 prochaines années.

Elle a appelé à la mise en place d’un fonds de financement pour la santé génésique, maternelle, infantile et adolescente et à un partenariat en faveur de l’éducation.  Il faut aussi un partenariat mondial pour la collecte de données ventilées, avec la participation des communautés.  Les partenariats permettront un meilleur rapport qualité-prix des mesures, car le coût de la mise en œuvre des objectifs de développement durable serait mieux réparti.  Ces partenariats permettront aussi d’atteindre l’excellence et de responsabiliser les États.

Les partenariats contribueront en outre à instaurer une « entente internationale » en jetant des ponts entre les cultures, a ajouté le Professeur ROLF-DIETER HEUER, Directeur général de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, qui a décrit son Centre d’excellence, créé après la Deuxième Guerre mondiale et où plus de 3 000 scientifiques soumis à la concurrence et à la pression arrivent à travailler ensemble.  Les objectifs de développement durable doivent prévoir un minimum de cibles pour les investissements publics et privés dans la recherche.

  1. G. S. KRISHNAN, Président de Novozymes en Inde, a précisément parlé de sa multinationale portée sur l’innovation biotechnologique et présente dans 130 pays dans le monde.  Adepte des partenariats « mixtes » pour le développement durable, il s’est enorgueilli de celui qui lie Novozymes à l’ONU dans le domaine de l’énergie durable.

Dans le domaine des vaccins, Mme MERCY AHUN, en sa qualité de Représentante spéciale des pays remplissant les conditions pour bénéficier d’une aide de GAVI, a dit que grâce à l’Alliance, plus de 500 millions d’enfants ont pu être vaccinés dans le monde.  Elle a salué ce partenariat « inédit » qui a su créer des synergies tout en évitant les doubles emplois.  La clef du succès aura été de faire que les pays en développement, bénéficiaires de l’initiative, se l’approprient et y jouent un rôle de premier plan.

Mme Ahun a pris un exemple concret du succès de GAVI: un vaccin contre la diarrhée du nourrisson a pu être commercialisé au prix de 2,5 dollars dans les pays en développement, alors que le même produit est vendu à 75 dollars pièce aux États-Unis.  Cela a été possible grâce à l’entremise du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) qui a su mobiliser le secteur privé.  Mme Ahun a invité les entreprises à s’impliquer davantage dans ce type de partenariat, en y apportant des fonds et des compétences.  Elle a souligné que dans tout partenariat, « la transparence est une valeur cardinale ».

La transparence des partenariats existants et la possibilité d’harmoniser les différentes initiatives doivent être étudiées de près, a reconnu M. GUILHERME DE AGUIAR PATRIOTA, Représentant permanent du Brésil.  Est-ce que l’ONU est vraiment prête à développer des partenariats public-privé? c’est la question qu’il faut poser, a estimé M. de Aguiar Patriota.  Sa sentence n’a pas tardé: « je crois que nous n’avons pas de mécanisme solide à l’ONU qui permet de dialoguer avec le secteur privé ».  L’ECOSOC, a-t-il déploré, est une instance « bureaucratique » qui rend difficile un tel dialogue.  Il a prôné un dialogue « systématique » avec le monde des affaires.  Le Président de l’ECOSOC et Président du Forum politique de haut niveau a reconnu le côté bureaucratique de l’ECOSOC.  Il faut, a-t-il dit, « dépoussiérer » un organe qui a été pendant des années « la belle aux bois dormant ».  Il faut adapter l’ECOSOC aux nouveaux défis.  La transparence, des dates butoirs et un calendrier clair, tels sont les facteurs du succès, a dit le Président de Novozymes.  Il faut ajouter une bonne répartition des rôles dans les partenariats, a précisément ajouté le Professeur du CERN.

L’ONU devrait envisager la création d’un fonds d’innovation relatif aux objectifs de développement durable, auquel participerait des entrepreneurs prêts à contribuer à la solution, a estimé le représentant du Forum mondial pour les partenariats.  Nous comptons créer un portail de partenariats pour recenser l’offre et la demande dans ce domaine, a-t-il annoncé, tout en prévenant que les pays donateurs ne devraient pour autant pas rester sourds aux appels à une augmentation de l’aide publique au développement (APD).  Un fonds d’innovation serait une bonne idée à priori mais il faudra éviter les pièges sans quoi il risque de ne servir à rien, a prévenu le professeur du CERN.

La relance des partenariats aiderait les pays en développement à relever les grands défis, a tenu à souligner le représentant de l’Indonésie.  En effet, les partenariats ne sont pas nouveaux, il faut simplement les développer, a ajouté le représentant d’une Coalition sur la sécurité routière.  Celui de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) s’est félicité des partenariats mis en place dans le domaine de la lutte contre la criminalité transnationale.  Un autre représentant de la société civile a vanté les mérites de la télémédecine en Chine qui permet d’offrir aux régions pauvres l’expertise médicale des grands hôpitaux.

Lancement du Réseau global en vue de promouvoir l’utilisation des technologies numériques au service du développement durable

  1. JOAN CLOS, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT), a déclaré qu’avec l’urbanisation croissante, il est essentiel d’exploiter tout le potentiel des villes pour le développement durable.  Il a annoncé le lancement du Réseau global en vue de promouvoir l’utilisation des technologies numériques au service du développement durable, une initiative découlant d’un partenariat entre l’ECOSOC, ONU-Habitat et l’Organisation Talal Abu-Ghazaleh.  De nouvelles façons d’intégrer la technologie seront en effet nécessaires pour s’attaquer à la nouvelle configuration des villes et fournir les services nécessaires aux citadins.  L’intégration est le mot clef d’une urbanisation durable et les technologies numériques vont permettre de générer des recettes, de créer de l’emploi et de renforcer la participation citoyenne à la prise de décisions.  Cette participation, qui garantira la transparence dans la gestion des villes, donnera une légitimité sociale à la gouvernance.

Le Réseau entend démontrer que l’urbanisation est un moteur du développement et le futur moteur du développement durable, a affirmé M. Clos.

L’intégration est en effet la seule approche pour le succès des projets et programmes de développement durable, a confirmé M. TALAL ABU-GHAZALEH, Président et Fondateur de l’Organisation Talal Abu-Ghazaleh.  Il faut désormais un « urbanisme raisonné et intelligent » tourné vers le long terme.  Le Réseau devrait servir de plateforme entre le public et le privé, ainsi qu’avec la communauté des chercheurs, afin d’apprendre aux uns et aux autres ce qu’être citadin signifie aujourd’hui.  Il a annoncé que le premier Forum sur les technologies et l’urbanisation aura lieu à Dubaï.

Le Directeur des opérations de TEKsystems a reconnu qu’il ne fallait pas recommencer à zéro mais plutôt utiliser ce qui existe déjà dans les villes et le multiplier.

Résumant les discussions de la journée, le Président du Conseil économique et social a relevé que les partenariats doivent être fondés sur la confiance.  L’idée de créer un fonds d’innovation de l’ONU pour les objectifs de développement durable doit être transmise aux « délégations de la salle d’à côté » qui négocient le document final de la Conférence internationale sur le financement du développement prévue en juillet à d’Addis-Abeba.